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Soudan. Les responsables d'homicides illégaux et d'actes de torture doivent être traduits en justice

il y a 3 heures 57 minutes

Il faut mettre un terme à la répression brutale de la contestation au Soudan, et les membres des forces de sécurité qui ont tué, blessé ou torturé des manifestants doivent être amenés à rendre compte de leurs actes, déclarent Amnesty International et le Centre africain d'études sur la justice et la paix (African Centre for Justice and Peace Studies, ACJPS) dans un rapport publié le 3 septembre.

Ce rapport, intitulé Excessive and deadly : The use of force, detention and torture against protesters in Sudan, examine un certain nombre d'informations faisant état de violations des droits humains commises ces deux dernières années contre des manifestants qui, dans la majorité des cas, se comportaient de manière pacifique. Il met en évidence une série inquiétante d'arrestations et de détentions arbitraires, d'actes de torture et de cas d'usage excessif de la force – notamment l'utilisation de balles réelles, qui a fait de très nombreux morts et blessés. Il fait ressortir aussi un climat d'impunité généralisé dans lequel les responsables présumés de ces violations ne sont pas amenés à rendre compte de leurs actes.

« La répression violente de la contestation, cela signifie que l'on emploie matraques, coups et tirs contre des personnes qui expriment un mécontentement légitime face aux mesures d'austérité et aux abus du gouvernement », a déclaré Manar Idriss, chercheuse sur le Soudan à Amnesty International.

« L'usage par les services de sécurité d'une force injustifiée ou disproportionnée, y compris parfois d'une force meurtrière, est le signe d'une volonté délibérée d'écraser la contestation, a déclaré Katherine Perks, directrice de programme à l'ACJPS. Fait alarmant mais emblématique de la culture de l'impunité qui prévaut au Soudan, les membres des forces de sécurité ne sont pas amenés à rendre de comptes. »

Le rapport se penche sur quatre mouvements de protestation qui ont été brutalement dispersés par la police, le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS) et d'autres forces de sécurité : des manifestations tenues dans le cadre de contestations à l'échelle du pays en juin 2012 et septembre-octobre 2013, ainsi que les manifestations intervenues à l'université de l'État d'Al Djazirah en décembre 2012 et à l'université de Khartoum en mars 2014.

Face à ces rassemblements, les autorités sont intervenues en faisant usage d'une force excessive, ont procédé à des arrestations arbitraires, soumis des personnes à des actes de torture et d'autres mauvais traitements, frappé des manifestants et tiré à balles réelles. Au moins 185 personnes ont été tuées lors des manifestations de 2013.

Usage illégal de la force

Pendant les manifestations de 2012, 12 protestataires – dont 10 étaient des enfants – ont été tués par balles en l'espace d'une journée. La majorité des 185 personnes tuées pendant les protestations de 2013 sont mortes après avoir reçu une balle dans la tête ou dans la poitrine. Beaucoup d'autres ont été abattues de dos. Dans un cas, on a établi que la victime avait été blessée par un premier coup de feu, puis achevée par un tir à bout portant.
Dans de nombreux cas la police et le NISS auraient empêché l'admission à l'hôpital de manifestants blessés ; des arrestations de personnes arrivant pour être soignées ont également été signalées. Certains manifestants ont renoncé à se rendre à l'hôpital par crainte d'y être arrêté ou persécuté.

Arrestations et détentions arbitraires

Depuis 2012, des centaines de manifestants, parmi lesquels de très nombreux défenseurs des droits humains, membres de partis d'opposition, étudiants et autres militants, ont été arrêtés et détenus au secret sans inculpation. Selon les informations recueillies, un grand nombre de personnes détenues ont subi des mauvais traitements – décharges électriques et coups de poing, de pied et de tuyau en caoutchouc infligés par des membres du NISS ont notamment été signalés.

Certaines informations font état de détenus contraints de se tenir debout dehors dans la chaleur pendant des heures, et d'autres envoyés dans des cellules délibérément maintenues à une température très froide. Certains ont été placés dans des positions douloureuses. D'autres ont été menacés de viol. D'autres ont subi des injures à caractère sexuel. Beaucoup ont été détenus dans des installations surpeuplées, ont été privés d'eau et de nourriture et n'ont pas eu accès à des sanitaires de base.

Impunité

En dépit des éléments crédibles montrant l'existence de violations des droits humains, les autorités du Soudan ont maintes fois omis de mener sans délai une enquête exhaustive, impartiale et effective ; elles n'ont pas davantage pris de mesure pour apporter réparation aux victimes. Le gouvernement a certes mis en place des commissions chargées d'enquêter sur les faits, mais la composition de ces instances, leur mandat et les conclusions auxquelles elles sont parvenues n'ont jamais été rendues publiques.

L'obligation de rendre des comptes se heurte aux immunités accordées par la loi aux fonctionnaires, y compris les membres du NISS et les policiers : ces barrières juridiques font obstacle au déroulement de véritables enquêtes sur les violations des droits humains et au déclenchement de poursuites contre les auteurs présumés.

Un an après les faits, sur les 85 plaintes au pénal déposées par les familles des victimes des manifestations de 2013, une seule a pour l'instant débouché sur un procès. Les plaintes des victimes et des familles de victimes se heurtent à l'absence de volonté d'enquêter de la part des autorités compétentes. Certaines des personnes qui ont porté plainte ont subi des manœuvres de harcèlement et d'intimidation. Bien conscientes de ce risque, la plupart des victimes choisissent de ne pas se pourvoir en justice.

« Les victimes et leur famille attendent toujours que justice soit rendue, a déclaré Katherine Perks, et il est urgent que des enquêtes transparentes, exhaustives et impartiales soient conduites sur les homicides et sur les cas d'arrestation arbitraire, de torture et d'autres mauvais traitements infligés aux manifestants depuis 2012. »

« Il faut absolument que les responsables présumés de ces violations des droits humains soient déférés à la justice dans le cadre de procédures équitables excluant le recours à la peine de mort, a souligné Manar Idriss. Les lois octroyant des immunités aux forces de sécurité doivent être modifiées de toute urgence. »

Complément d'information

À la suite de l'indépendance du Soudan du Sud, en 2011, le Soudan a perdu les deux tiers de ses revenus pétroliers, ce qui a provoqué une dégradation de l'économie du pays. La réduction des subventions sur les carburants, la hausse du prix des denrées alimentaires et le climat de répression accrue ont été à l'origine d'une série de manifestations en 2012 et 2013.

Le rapport se fonde sur des recherches menées entre juin 2012 et août 2014. Amnesty International et l'ACJPS ont travaillé à partir de témoignages de personnes présentes lors des faits, de victimes et de familles de victimes de violations des droits humains, et d'informations qui leur ont été communiquées par des étudiants, des militants engagés dans des organisations de jeunes, des journalistes et des juristes issus de la société civile soudanaise.

Amnesty International n'a pas obtenu d'autorisation pour se rendre au Soudan depuis 2006.

Dans les cas où des manifestants se sont livrés à des actes de violence (jets de pierre et pneus brûlés), la réponse des services de sécurité, qui a pris la forme notamment de tirs à balles réelles, a été injustifiée et disproportionnée.

Inde. Il faut cesser d'utiliser la loi relative à la sédition pour réprimer la liberté d'expression

mar, 02/09/2014 - 16:19

L'arrestation et la détention d'un homme âgé de 25 ans, accusé de sédition pour avoir soi-disant manqué de respect aux emblèmes de la nation indienne, rappelle que des lois archaïques sont encore utilisées pour réfréner la liberté de parole en Inde, a déclaré Amnesty International mardi 2 septembre 2014.

Le 20 août, la police du Kerala a arrêté Salman M., parce qu'il aurait sifflé et serait resté assis lorsque l'hymne national a été joué dans une salle de cinéma deux jours auparavant. Il a été accusé de sédition, d'insulte au drapeau national et à la Constitution, et d'avoir empêché de chanter l'hymne national.

Salman M. a également été accusé au titre du paragraphe 66A de la Loi relative aux technologies de l'information pour avoir publié des messages injurieux sur les réseaux sociaux au sujet du Jour de l'indépendance, le 15 août. Un tribunal de Thiruvananthapuram lui a refusé la liberté sous caution le 25 août. Il encourt la détention à perpétuité s'il est déclaré coupable.

« L'inculper d'une infraction pénale pour un comportement comme celui-ci, que certains peuvent certes considérer comme offensant, est totalement injustifié », a déclaré Shailesh Rai, directeur de programmes à Amnesty International Inde. Personne ne devrait aller en prison en raison d'un comportement choquant.

« La Constitution indienne et le droit international reconnaissent le droit à la liberté d'expression et ce droit s'étend aux propos qui choquent ou gênent. Les autorités se doivent de respecter ce droit fondamental, au lieu de chercher à le maîtriser. »

« Elles doivent abandonner les poursuites contre Salman M. et le libérer. Les lois indiennes relatives à la sédition et à la liberté d'expression en ligne ne sont pas conformes aux normes internationales régissant la liberté d'expression. Il convient de les abroger dans les plus brefs délais. »

Complément d'information

La loi relative à la sédition, archaïque, est utilisée en Inde pour harceler et persécuter, entre autres, des militants qui exercent pacifiquement leur droit à la liberté d'expression. Le paragraphe 124A du Code pénal indien définit la sédition comme un acte ou une tentative visant à « apporter la haine ou le mépris ou à provoquer le mécontentement à l'égard du gouvernement ». Mahatma Gandhi avait déclaré que cette loi était au premier rang des chapitres politiques du Code pénal indien visant à supprimer la liberté du citoyen.

Le paragraphe 66A de la Loi relative aux technologies de l'information érige en infraction différents actes, notamment l'envoi d'informations « très choquantes » ou qui causent du « mécontentement » et de la « gêne ». Générale et imprécise, cette loi est susceptible d'être utilisée pour bafouer l'exercice légitime de la liberté d'expression et de déboucher sur des arrestations arbitraires. Plusieurs militants et experts juridiques remettent en cause la constitutionnalité du paragraphe 66A.

Le Comité des droits de l'homme de l'ONU, chargé de veiller à l'application du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l'Inde est partie, a fait part de son inquiétude au sujet des lois sur des sujets tels que le manque de respect envers les drapeaux et les symboles.

Petrija Piljevic (Kosovo). Mise à Jour du 27 août 2014

mar, 02/09/2014 - 14:50

Depuis 2013, l'Équipe Balkans du SI et les avocats des parents de Petrija Piljevic ont écrit à plusieurs reprises au Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG, le chef de la MINUK) pour lui demander de mettre en œuvre l'Avis du Panel consultatif sur les droits de l'homme (HRAP).

En 2013, le RSSG a indiqué par écrit que la MINUK n'était pas en mesure de faire plus que d'« envisager la possibilité de mettre en place un mécanisme pour traiter de ces questions avec les autorités compétentes au moment opportun. »

Répondant à un autre courrier début 2014, le RSSG a fait valoir qu'en publiant sur la page d'accueil du Panel les décisions prises en réponse à l'Avis du HRAP, la MINUK avait rempli ses obligations en matière d'excuses publiques aux familles des victimes.

Dans une réponse à une autre lettre en mai 2014, le RSSG a écrit : « La MINUK n'a pas de fonds pour assumer une indemnisation. Afin d'avoir accès à de tels fonds, elle aurait besoin de disposer d'un mandat de réglementation sous la forme d'une résolution de l'Assemblée générale ». Cet argument n'est qu'un nouveau prétexte – et il est très peu probable qu'une telle résolution soit adoptée dans un avenir prévisible.

Cette nouvelle action vise à faire pression pour que la MINUK mette en œuvre les recommandations du HRAP, et que EULEX enquête et poursuive en justice les responsables de l'enlèvement de Petrija Piljevic. Dragan Piljevic nous a dit que les appels d'Amnesty International avaient eu un impact dans le passé, et que notre action est son seul espoir de voir le dossier de sa mère progresser.

C'est pourquoi nous avons mis à jour nos recommandations d'appel.

Big Brother a toujours raison

mar, 02/09/2014 - 09:39

Des gouvernements du monde entier prennent le contrôle d'Internet pour réprimer la libre expression en ligne, censurer les informations relatives aux violations des droits et surveiller les internautes de manière non ciblée au nom de la sécurité nationale.

Figurent ci-après quelques exemples choquants de l'ingérence et de la surveillance exercées par les autorités sur Internet, sélectionnés afin d'illustrer l'ampleur et la gravité du problème, que ce soit dans des pays développés ou en développement.

Les chiffres de l'ingérence gouvernementale sur Internet

2 000 000 - nombre de personnes actuellement employées pour surveiller Internet en Chine.

193 - nombre de gouvernements étrangers, factions étrangères et organisations politiques que l'Agence nationale de sécurité a été autorisée à espionner par les autorités des États-Unis.

1 000 - nombre de coups de fouet auquel Raif Badawi a été condamné en Arabie saoudite, après avoir été déclaré coupable d'avoir « créé un site Internet », insulté l'islam et ridiculisé des figures islamiques. Il purge actuellement une peine de 10 ans d'emprisonnement pour cette même infraction.

24 heures - durée de la déconnexion à Internet ordonnée par les autorités soudanaises afin d'empêcher l'organisation d'actions de protestation sur les réseaux sociaux le 25 septembre 2013.

29 - nombre d'utilisateurs de Twitter qui encourent trois ans de prison à Izmir, en Turquie, pour avoir publié des tweets durant les manifestations de l'an dernier. Aucun de ces tweets ne contenait d'incitation à la violence. Ces 29 internautes sont les derniers en date d'une longue liste de dissidents poursuivis ou condamnés pour leurs publications sur les médias sociaux.

7 - nombre de jours écoulés entre la présentation par le Royaume-Uni d'un projet de loi sur l'extension des pouvoirs de surveillance des services britanniques de sécurité, et la promulgation de ce texte. Le projet de loi sur la conservation des données et les pouvoirs d'enquête a été adopté à la hâte à la faveur d'une procédure d'urgence, ce qui a empêché que le Parlement ou le public britanniques puissent le soumettre à un examen scrupuleux.

34 - nombre de blogueurs détenus au Viêt-Nam, ce qui situe ce pays au deuxième rang mondial en matière d'incarcération d'internautes. La Chine occupe la première place.

Le saviez-vous ?

La France a introduit la Loi de programmation militaire, un nouveau texte qui autorise l'interception de communications en ligne sans que cela ne nécessite de mandat.
L'Autorité des télécommunications du Pakistan a demandé à Twitter de bloquer les tweets « blasphématoires ». Après avoir brièvement accepté, Twitter est revenu sur sa décision au bout de quelques semaines, face à la forte réaction de la société civile et des utilisateurs des médias sociaux, notamment sur Twitter. Facebook est régulièrement bloqué par les autorités pakistanaises en raison de contenus blasphématoires, et YouTube continue à être entièrement interdit pour le même motif.

La Thaïlande a bloqué YouTube après la publication de vidéos critiquant le roi de ce pays. En 2014, plusieurs utilisateurs de Facebook ont été arrêtés et poursuivis pour des publications considérées comme offensantes à l'égard de la monarchie. Même ceux qui ont « aimé » ces déclarations ont été menacés de poursuites.

Depuis 2013, les autorités saoudiennes ont intensifié leurs efforts de prévention du cybermilitantisme, en essayant de contrôler tous les médias sociaux ou d'interdire purement et simplement les applications chiffrées de type Skype, WhatsApp, Viber et Line.

Les services secrets éthiopiens utilisent des logiciels développés par des entreprises britanniques et allemandes qui permettent d'infecter un ordinateur et de le contrôler à distance. Ces outils permettent de prendre connaissance des dossiers d'un utilisateur, de ses informations personnelles et activités, notamment en relevant les caractères saisis sur le clavier de l'ordinateur afin d'obtenir ses mots de passe, et en allumant la webcam et le micro, transformant ni plus ni moins l'ordinateur en dispositif d'écoute.

En 2011, l'Iran a créé une cyberpolice chargée de lutter contre les « infractions commises sur Internet » et de prévenir certaines activités en ligne, notamment sur les réseaux sociaux, qui représentent selon les autorités une menace à la sécurité nationale. Cet organe effectue un suivi des activités de certains internautes et arrête fréquemment des personnes pour leurs publications en ligne, bien que beaucoup d'entre elles n'aient fait qu'exercer leur droit à la liberté d'expression de manière pourtant pacifique.

Des utilisateurs de Twitter sont en instance de jugement alors qu'un important sommet de l'ONU sur Internet se tient en Turquie

mar, 02/09/2014 - 09:28

De nombreux adversaires de la liberté d'expression en ligne assistent au Forum sur la gouvernance d'Internet

Les poursuites engagées par les autorités turques contre des personnes les ayant critiquées sur Twitter mettent en évidence la profonde hypocrisie du pays hôte du Forum sur la gouvernance d'Internet, a déclaré Amnesty International mardi 2 septembre. L'organisation a demandé aux pays qui accueilleront cette manifestation à l'avenir d'offrir un meilleur exemple, puis a évoqué les atteintes à la liberté d'expression commises par l'Arabie saoudite, les États-Unis, l'Éthiopie et le Viêt-Nam.

Cet événement, qui se déroule à Istanbul entre les 2 et 5 septembre, réunit gouvernements et membres de la société civile dans une optique de partage des bonnes pratiques sur Internet en matière de règlementation, de sécurité et de droits humains.

Vingt-neuf utilisateurs de Twitter sont actuellement jugés à Izmir, en Turquie, et encourent jusqu'à trois ans de prison pour avoir publié durant les manifestations de l'an dernier des tweets qui ont selon les autorités « incité le public à enfreindre la loi ». Aucun de ces tweets ne contenaient d'incitation à la violence.

« Il est stupéfiant que les autorités turques s'entêtent à poursuivre des individus ayant tweeté des opinions critiques, alors même qu'elles accueillent un débat traitant de la gouvernance sur Internet qui réserve une place de choix aux droits humains », a déclaré Sherif Elsayed-Ali, directeur adjoint du programme Thématiques mondiales à Amnesty International.

« Cette politique du deux poids deux mesures en matière de liberté d'expression sur Internet est particulièrement ironique pour les dizaines d'utilisateurs turcs de Twitter qui sont en instance de jugement pour avoir tweeté à propos des manifestations de l'an dernier. »

Trois utilisateurs ont en outre été inculpés pour « insultes » au Premier ministre. Ces 29 internautes sont les derniers d'une longue liste de dissidents poursuivis ou condamnés pour leurs publications sur les médias sociaux.

La Turquie n'est pas le seul pays participant au Forum à avoir la main lourde en ce qui concerne la surveillance d'Internet, ainsi que le montre Amnesty International. Des militants présents à cette manifestation braqueront les projecteurs sur quatre autres pays qui s'en sont pris à des citoyens ayant exercé leur liberté d'expression en ligne ou dénoncé des atteintes au droit à la vie privée sur Internet.

En Éthiopie, sept blogueurs risquent la peine de mort pour avoir partagé des informations sur la sécurité en ligne. Au Viêt-Nam, deux personnes purgent des peines de 10 et 12 ans de prison pour avoir écrit sur des violations des droits humains - et 32 autres internautes ont été arrêtés. En Arabie saoudite, le fondateur d'un site Internet a été condamné à 10 ans d'emprisonnement, 1 000 coups de fouet et une amende d'environ 203 000 euros pour avoir « insulté l'islam ».

« L'Arabie saoudite, l'Éthiopie et le Viêt-Nam ont prononcé certaines des peines les plus sévères contre les personnes utilisant Internet pour partager et recevoir des informations », a déclaré Sherif Elsayed-Ali.

« Ces condamnations doivent être annulées et chaque pays doit apprendre à faire preuve de beaucoup plus de tolérance face aux critiques formulées en ligne. »

En révolutionnant l'accès à l'information, et en renforçant la transparence et l'obligation de rendre des comptes, la contribution d'Internet au développement des droits humains s'est avérée inestimable.

Cependant, certains États ont eu tôt fait de commettre des abus, utilisant cette technologie pour réprimer la liberté d'expression, censurer les informations relatives aux violations des droits humains et mener une surveillance non ciblée des utilisateurs au nom de la sécurité, souvent en collaboration avec des entreprises.

Ceux qui dénonce les abus de ce type sont eux-mêmes pris pour cibles. L'Américain Edward Snowden, actuellement en exil en Russie, encourt 30 ans de réclusion s'il est extradé vers les États-Unis, pour avoir fait des révélations sur la surveillance non ciblée effectuée à l'échelle mondiale par le gouvernement américain.

« Au lieu de traquer Edward Snowden, le gouvernement américain devrait se concentrer sur la réforme de ses programmes de surveillance et mettre un terme aux atteintes injustifiées à la vie privée que cet homme a révélées », a déclaré Sherif Elsayed-Ali.

« Si Internet a permis à la liberté d'expression de se développer dans de nombreux endroits où elle était étroitement contrôlée, il a également fourni aux gouvernements de nouveaux moyens d'espionner, de censurer et de faire taire leurs détracteurs. »

« Les États participant au Forum sur la gouvernance d'Internet doivent en tirer parti pour s'engager à mettre fin aux manœuvres d'intimidation et poursuites visant ceux qui font l'exercice de leur liberté d'expression en ligne. Ils doivent mettre un terme à la censure injustifiée, renverser la tendance à la surveillance illicite et non ciblée, et protéger les lanceurs d'alerte. »

Irak. L'État islamique cherche à balayer les minorités, des éléments prouvent qu'un nettoyage ethnique est en cours

mar, 02/09/2014 - 00:05

Des éléments récemment découverts par Amnesty International indiquent que des membres du groupe armé qui se fait appeler État islamique (EI) ont lancé une campagne systématique de nettoyage ethnique dans le nord de l'Irak, commettant des crimes de guerre, notamment des enlèvements et exécutions sommaires de masse, contre les minorités ethniques et religieuses.

Un nouveau document, Ethnic cleansing on historic scale : the Islamic State's systematic targeting of minorities in northern Iraq, publié en anglais mardi 2 septembre, présente des témoignages glaçants de personnes ayant survécu à des massacres. Certains de ces récits décrivent la manière dont des dizaines d'hommes et de garçons de la région de Sinjar, dans le nord de l'Irak, ont été rassemblés par des combattants de l'État islamique, entassés dans des pick-up et conduits à l'extérieur de leur village pour être massacrés en groupe ou abattus individuellement. Des centaines de femmes et d'enfants, peut-être même des milliers, ainsi que des dizaines d'hommes appartenant à la minorité yézidie ont également été enlevés depuis que l'EI a pris le contrôle de cette zone.

« Les massacres et les enlèvements auxquels procède l'État islamique prouvent une nouvelle fois qu'une vague de nettoyage ethnique visant les minorités balaye le nord de l'Irak », a déclaré Donatella Rovera, conseillère d'Amnesty International en matière de réaction aux crises qui se trouve actuellement dans le nord de l'Irak.

« L'État islamique commet des crimes abjects et a transformé les zones rurales autour de Sinjar en terrains d'exécution imbibés de sang avec sa campagne implacable visant à oblitérer toute trace des populations non arabes et non sunnites. »

Amnesty International a rassemblé des éléments prouvant que plusieurs massacres ont eu lieu dans la région de Sinjar en août. Deux des épisodes les plus sanglants sont survenus quand des combattants de l'EI ont lancé un raid sur les villages de Qiniyeh, le 3 août, et de Kocho, le 15. Pour ces deux seuls villages, le nombre de tués atteint plusieurs centaines. Dans les deux cas, des groupes d'hommes et d'adolescents, dont certains d'à peine 12 ans, ont été capturés par des activistes de l'EI, emmenés et abattus.

« Il n'y avait pas d'ordre particulier, ils [les membres de l'EI] ont juste rempli les véhicules au hasard », a expliqué à Amnesty International un survivant du massacre de Kocho.

Saïd, qui a échappé de justesse à la mort avec son frère Khaled, a reçu cinq balles. Trois dans le genou gauche, une dans la hanche et une dans l'épaule. Ils ont perdu sept frères dans le massacre. Un autre survivant, Salem, qui a réussi à se cacher et à survivre près du lieu du carnage pendant 12 jours, a décrit à Amnesty International l'horreur d'entendre les cris de douleur des autres blessés.

« Certains ne pouvaient pas bouger et n'ont pas pu se sauver. Ils sont restés allongés là, à attendre la mort en souffrant atrocement. Ils ont eu une mort horrible. J'ai réussi à me traîner à l'écart et j'ai été sauvé par un voisin musulman. Il a risqué sa vie pour me sauver. C'est plus qu'un frère pour moi. Pendant 12 jours, il m'a apporté à manger et à boire toutes les nuits. Je ne pouvais pas marcher et n'avais aucune chance de pouvoir m'enfuir et ça devenait de plus en plus dangereux pour lui de me garder là », a-t-il expliqué.

Il a par la suite réussi à fuir à dos d'âne dans les montagnes, puis vers les zones contrôlées par le Gouvernement régional du Kurdistan.

Les massacres et les enlèvements ont réussi à terroriser la totalité de la population du nord de l'Irak, poussant des milliers de personnes à fuir pour sauver leur vie.

On ignore toujours le sort réservé à la plupart des centaines de yézidis enlevés et maintenus captifs par l'État islamique. Nombre des personnes retenues par l'EI ont été menacées de viol ou d'agression sexuelle ou ont subi des pressions visant à les obliger à se convertir à l'islam. Dans certains cas, des familles entières ont été enlevées.

Un homme qui a fourni à Amnesty International une liste sur laquelle figuraient les noms de 45 de ses proches, uniquement des femmes et des enfants, a indiqué : « On a des nouvelles de certains d'entre eux, mais les autres ont disparu et on ne sait pas s'ils sont morts ou vivants ni ce qui leur est arrivé. »

« Au lieu d'envenimer la situation en feignant de ne pas remarquer les milices confessionnelles ou en armant les milices chiites contre l'État islamique, comme l'ont fait les autorités jusqu'à présent, le gouvernement irakien devrait se concentrer sur la protection de tous les civils, quelles que soient leur origine ethnique ou leurs convictions religieuses », a affirmé Donatella Rovera.

« La population du nord de l'Irak mérite de vivre libre de toute persécution sans avoir à craindre sans arrêt pour sa vie. Les donneurs d'ordre, les exécutants et les complices de ces crimes de guerre doivent être appréhendés et traduits en justice. »

Depuis qu'ils ont pris le contrôle de Mossoul, le 10 juin, les activistes de l'EI ont aussi systématiquement détruit ou endommagé des lieux de culte autres que ceux de l'islam sunnite, y compris des mosquées et des temples chiites.

Complément d'information

Parmi les minorités ethniques et religieuses prises pour cible dans le nord de l'Irak se trouvent les chrétiens assyriens, les chiites turkmènes et shabaks, les yézidis, les kakaïs et les mandéens sabéens. De nombreux Arabes et musulmans sunnites qui s'opposent, ou sont soupçonnés de s'opposer, à l'EI ont aussi été visés par ce qui semble être des attaques de représailles.

Israël doit renoncer à saisir illégalement des terres en Cisjordanie

lun, 01/09/2014 - 16:55

Le scandaleux projet des autorités israéliennes, qui comptent s'approprier près de 400 hectares de terres en Cisjordanie, est illégal et doit être immédiatement annulé, a déclaré Amnesty International.

« La stratégie israélienne qui consiste à confisquer illégalement des terrains pour établir des colonies en Cisjordanie doit cesser une bonne fois pour toutes. Non seulement elle est illégale aux termes du droit international, mais en plus elle entraîne tout un ensemble de violations des droits fondamentaux des Palestiniens commises à grande échelle » ; a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Les informations selon lesquelles le gouvernement israélien justifierait cette saisie en la définissant comme une réaction au meurtre de trois adolescents israélien commis en juin suggèrent qu'il s'agit d'un châtiment collectif et qu'Israël s'éloigne de plus en plus de ses obligations au regard du droit international. »

Le projet, annoncé dimanche 31 août par l'administration civile israélienne, qui dépend de l'armée, affecterait directement au moins cinq villages palestiniens aux alentours de Bethléem.

Il pourrait s'agir de la plus importante saisie de terres dans les territoires palestiniens occupés depuis les années 1980.

Israël s'approprie des terrains en se fondant sur sa propre interprétation d'une loi remontant à l'empire ottoman, qui affirme qu'un terrain appartient à l'État s'il n'a pas été cultivé ou exploité pendant plusieurs années consécutives.

Israël considère déjà environ 40 % du territoire de la Cisjordanie comme des terres « appartenant à l'État ».

Égypte. La date limite d'enregistrement imminente aggrave la situation des ONG

dim, 31/08/2014 - 01:00

L'Égypte resserre son étau sur la société civile, a déclaré Amnesty International, alors que les organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes du pays risquent d'être fermées si elles ne respectent pas l'obligation de s'enregistrer avant le 2 septembre.

Si elles ne s'enregistrent pas avant cette date comme l'exige la loi draconienne relative aux associations, toutes les ONG s'exposent à des poursuites et risquent d'être fermées.

« La date butoir imminente ressemble fort à une condamnation à mort des ONG égyptiennes indépendantes. Loin d'avoir pour objectif de permettre aux ONG de fonctionner, l'ultimatum des autorités ouvre la voie à la fermeture de celles qui critiquent le gouvernement », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

« Les autorités égyptiennes doivent retirer immédiatement cette obligation d'enregistrement, qui est contraire aux normes internationale relatives aux droits humains. »

En outre, Amnesty International leur demande d'abandonner un projet de loi encore plus répressif à l'égard des ONG que la loi actuelle.

En effet, la loi 84 de 2002 sur les associations exige de toutes les ONG qu'elles obtiennent l'autorisation du ministère de la Solidarité sociale avant de pouvoir s'enregistrer. Or, cela va à l'encontre du droit international qui demande à l'Égypte de respecter le droit à la liberté d'association et de la Constitution égyptienne qui garantit le droit de chacun de fonder des associations après notification au gouvernement – et non après avoir obtenu sa permission.

Dans la pratique, les autorités ont ignoré les demandes d'enregistrement ou les ont refusées, maintenant les ONG dans un vide juridique qui les exposent à tout moment à une fermeture.

Par conséquent, de nombreuses ONG fonctionnent comme des cabinets d'avocats ou des entreprises sans but lucratif.

La ministre de la Solidarité sociale, Ghada Waly, a déclaré au journal Al Ahram Economy que la date limite permettrait de surveiller les organisations qui fonctionnent illégalement dans des domaines mal définis comme les droits humains et le renforcement des capacités.

Les autorités égyptiennes présentent un bilan épouvantable s'agissant de réprimer la liberté d'association, et particulièrement en ce qui concerne les organisations de défense des droits humains.

Elles ont notamment effectué des descentes dans les bureaux, fermé certaines ONG, entravé leurs démarches pour s'enregistrer et s'assurer un financement, interféré dans leurs activités et arrêté des employés.

Depuis 2011, les ONG égyptiennes travaillent avec les gouvernements successifs pour rédiger une loi sur les ONG qui améliorerait la loi actuelle. Cependant, le gouvernement en place a mis de côté les projets de loi précédents et présenté un nouveau texte qui doit s'avérer encore plus restrictif. Il porterait création d'une « commission de coordination » qui aurait le droit d'opposer son veto à l'enregistrement, au financement et aux activités des ONG étrangères en Égypte, et à tout financement étranger reçu par des ONG égyptiennes – ce qui revient à sabrer le financement des ONG.

Composée entre autres de représentants du ministère de l'Intérieur et des services des renseignements généraux, cette commission ne serait pas tenue de justifier ses décisions.

En outre, le projet de loi interdirait aux ONG d'effectuer des recherches sur le terrain ou des enquêtes sans avoir préalablement obtenu la permission du gouvernement. Les sanctions en cas d'infraction seront plus rigoureuses – une peine de prison pouvant aller jusqu'à trois ans et une amende de 100 000 livres égyptiennes (environ 10 000 euros).

Aux termes du projet de loi, tous les fonds détenus par les ONG seront considérés comme des fonds publics et soumis au contrôle du gouvernement. La peine encourue pour usage abusif ou détournement de fonds peut aller jusqu'à 15 ans de prison.

D'après le gouvernement, le projet de loi sera adopté lorsque le nouveau Parlement se réunira.

« Il n'y a aucun doute sur l'intention des autorités, à la lumière de leur tradition répressive vis-à-vis des organisations de défense des droits humains », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

« Si l'Égypte veut réellement aller de l'avant, elle doit renoncer à cette loi et offrir un environnement où les droits humains sont protégés et où les ONG fonctionnent sans ingérence excessive. »

Les organisations de défense des droits humains en Égypte se sont déclarées très préoccupées par le projet de loi et par l'obligation de s'enregistrer au titre de la loi actuelle.

« Le gouvernement force la main aux organisations de défense des droits humains », a déclaré Mohamed Lotfy, directeur exécutif de la Commission égyptienne pour les droits et libertés.

Selon lui, les ONG se retrouvent face à un choix peu enviable : soumettre leurs activités à une loi répressive qui les empêchera de travailler librement, ou être poursuivies en justice et risquer la fermeture ou la prison.

Un autre représentant d'une organisation de défense des droits humains, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré à Amnesty International : « Nous sommes pris entre le marteau et l'enclume, entre une date butoir destinée à fermer toutes les ONG indépendantes et dissidentes, et un projet de loi qui laissera aux forces de sécurité le champ libre pour les réprimer. »

Amnesty International a fait part de ses préoccupations concernant le nouveau projet de loi dans une note adressée aux autorités égyptiennes le 14 août 2014.

Le Fil 27 — Juillet-Août 2014

ven, 29/08/2014 - 15:54

Voici « Le Fil » des mois de juillet et août 2014 consacré notamment à la suite de notre campagne mondiale contre la torture : Stop Torture !

« Le Fil » est consultable sous différents formats électroniques (cliquez ici ou voyez ci-dessous en fin d'article).

Au sommaire de ce numéro :

L'Édito. Israël et territoires occupés

Stop Torture !

  • Un espace pour guérir
  • Allemagne. Pour combattre l'oubli
  • Worldwide. Le lancement en images

Invitation à « PAS D'ACCORD, J'ASSUME » (du 17 au 21 novembre 2014)
Université d'été (13 septembre 2014 à Louvain-la-Neuve)
En cas d'urgence, appuyez sur le bouton
Inde et Bangladesh. Le mur et la peur

S.O.S. Europe. Les gens, plutôt que les frontières.

  • Construire des barrières a un coût humain

Cour pénale internationale (CPI). Veiller sur la justice mondiale
Émirats arabes unis. « Nous n'avons plus peur »



Le Fil en ligne article par article (prochainement)
Le Fil en téléchargement (version PDF)
Le Fil en ligne au format magazine (version FLASH)


Japon. Des condamnés ont été exécutés en secret tandis que les autorités font fi des appels à la réforme

ven, 29/08/2014 - 15:53

L'exécution de deux hommes au Japon vendredi 29 août va à l'encontre des appels de plus en plus nombreux en faveur de l'abolition de la peine capitale dans ce pays, a déclaré Amnesty International.

Mitsuhiro Kobayashi, 56 ans, et Tsutomu Takamizawa, 59 ans, ont été pendus tôt le matin du 29 août. Mitsuhiro Kobayashi a été exécuté au centre de détention de Sendai et Tsutomu Takamizawa au centre de détention de Tokyo. Ils avaient tous deux été déclarés coupables de meurtre.

« Il est effrayant que les autorités japonaises continuent à envoyer des condamnés au gibet en dépit des graves questions soulevées par le recours à la peine de mort dans le pays », a déclaré Hiroka Shoji, spécialiste de l'Asie de l'Est à Amnesty International.

L'absence de garanties juridiques adéquates pour les personnes sous le coup d'une sentence de mort au Japon suscite de nombreuses critiques. Cela se manifeste notamment par l'impossibilité pour les accusés de bénéficier d'une assistance juridique adéquate dès leur arrestation, l'absence d'un processus d'appel automatique dans les affaires dans lesquelles l'accusé encourt la peine de mort, et de maintiens prolongés en détention à l'isolement.

Plusieurs prisonniers souffrant de troubles mentaux ont par ailleurs été exécutés ou se trouvent toujours dans le quartier des condamnés à mort.

« Ces homicides approuvés par l'État sont le châtiment le plus cruel et inhumain qui soit. Le gouvernement doit instaurer un moratoire sur les exécutions, à titre de première étape vers l'abolition », a déclaré Hiroka Shoji.

Ces dernières mises à mort portent à trois le nombre de personnes exécutées au Japon en 2014. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe en décembre 2012, 11 personnes ont été exécutées par pendaison. En tout, 127 personnes se trouvent actuellement dans le quartier des condamnés à mort.

« Les droits humains sont mis sur la touche par le gouvernement du Premier ministre Abe. Les deux dernières années ont été marquées par une série de régressions, notamment par le refus d'agir face aux appels d'organes de l'ONU à lutter contre les violations des droits humains », a déclaré Hiroka Shoji.

De graves failles dans l'application de la peine de mort au Japon ont été mises en évidence en mars lorsqu'un tribunal a ordonné la libération provisoire d'Iwao Hakamada, qui a passé plus de quatre décennies dans le quartier des condamnés à mort à la suite d'un procès inique.

Le parquet a fait appel de la décision d'accorder à Iwao Hakamada un nouveau procès, alors même que le tribunal estimait que la police avait probablement fabriqué des preuves de toutes pièces.

Au Japon, les exécutions sont entourées de secret, les prisonniers n'étant le plus souvent informés de cette échéance que quelques heures auparavant ; il arrive également qu'ils ne soient pas prévenus du tout. En général, les familles ne sont averties qu'après l'exécution.

Amnesty International s'oppose dans tous les cas et sans aucune exception à la peine de mort, indépendamment de la nature et des circonstances du crime commis, de la culpabilité, de l'innocence ou d'autres caractéristiques du condamné, ou encore de la méthode utilisée par l'État pour procéder à l'exécution. La peine capitale bafoue le droit à la vie et constitue le châtiment le plus cruel, le plus inhumain et le plus dégradant qui soit.

Israël/Gaza : trois droits essentiels pour obtenir une trêve durable

ven, 29/08/2014 - 14:58

Par Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International

Les cessez-le-feu se dissipent les uns après les autres dans la poussière des nouveaux bombardements. Voici trois droits fondamentaux qu'il est essentiel de mettre en œuvre pour conserver l'espoir d'une paix juste et durable.

La trêve récemment négociée entre Israël et la bande de Gaza n'aura aucun sens si elle ne se fonde pas sur les droits humains, pierre angulaire de toute démarche visant à briser le cycle des crimes de guerre et des violations flagrantes des droits humains qui se répètent sans cesse. Sans cet ancrage, les Palestiniens et les Israéliens continueront de souffrir.

1) Le droit à la vie. En 50 jours de conflit, plus de 2 100 Palestiniens ont été tués, pour la plupart des civils. Près de 500 étaient des enfants. Beaucoup, si ce n'est la plupart, ont été tués illégalement dans le cadre d'attaques bafouant le droit international humanitaire (les lois de la guerre). Israël a rasé des maisons et bombardé des zones d'habitation dans le but manifeste de cibler des militants, comme si la vie et les maisons des civils n'entraient pas en ligne de compte. Sur les 70 victimes côté israélien, six sont des civils, dont un enfant. Ces civils ont été tués par des groupes armés palestiniens tirant des roquettes et d'autres armes sans discrimination sur des zones civiles, en violation des lois de la guerre.

2) Le droit à la liberté de mouvement et à un niveau de vie suffisant. Si nous voulons comprendre ce conflit, nous devons en examiner le contexte. Depuis des années, Israël impose un blocus à Gaza, contrôlant les marchandises autorisées à entrer dans ce territoire et à en sortir. Après 2007, lorsque le Hamas a pris le pouvoir, le blocus israélien a été renforcé jusqu'à constituer une sanction collective. Les autorités laissent passer suffisamment de marchandises pour que les habitants de Gaza survivent – mais pas davantage. Piégés à Gaza, 1,8 million de Palestiniens subissent les pénuries de carburant et d'électricité ; un tiers au moins des habitants vit sans eau potable, parce qu'Israël bloque l'entrée de carburant en quantité suffisante et de pièces détachées pour réparer les réseaux d'assainissement. Les pêcheurs sont limités à une zone de trois milles (son élargissement est l'une des mesures mentionnées dans les conditions du cessez-le-feu) et des restrictions sévères pèsent sur l'importation des matières premières et du ciment. L'exportation des produits agricoles fait l'objet d'interdictions. En raison des restrictions imposées par Israël à la liberté de mouvement, même les Palestiniens qui ont besoin de soins médicaux d'urgence à l'extérieur de la bande de Gaza sont rarement autorisés à sortir. Près de 80 % de la population dépend désormais d'une aide humanitaire à peine suffisante. Il est impératif de lever le blocus et d'autoriser le passage de personnes et de produits de première nécessité.

3) La justice pour les crimes de guerre commis par les deux camps durant le conflit. C'est un point essentiel, non seulement pour Gaza et Israël, mais aussi pour le reste du monde. À ce stade du conflit, où le principe selon lequel les civils doivent être épargnés est au mieux méprisé et trop souvent bafoué de manière délibérée, nous ne pouvons pas laisser les auteurs présumés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité bénéficier de l'impunité.

Durant le dernier conflit, Israël n'a pas autorisé Amnesty International ni Human Rights Watch à entrer dans Gaza. Voyons si les délégations d'organisations internationales de défense des droits humains pourront s'y rendre puisqu'une trêve a désormais débuté.

En juillet, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a mis sur pied une commission chargée d'enquêter sur toutes les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. L'objectif est de mettre fin à l'impunité et de garantir que les responsables présumés soient traduits en justice. Les délégués de la commission doivent bénéficier des ressources d'experts, notamment militaires, et avoir l'autorisation d'aller partout et de tout voir. Si elles avaient été mises en application, les recommandations de la mission d'établissement des faits de l'ONU mandatée au lendemain du conflit de 2009 à Gaza auraient sans doute pu prévenir des homicides illégaux et des destructions à Gaza. Les dirigeants internationaux finiront-ils par comprendre que le fait de mettre les droits humains sur la touche ne saurait déboucher sur une paix juste et durable ?

Laissons les mots de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée en 1948 au lendemain des horreurs et du génocide de la Seconde Guerre mondiale, nous émouvoir. Dans son préambule, il est dit :

« La méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité. »

Le système de justice internationale mis sur pied au cours des décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale restera lettre morte si les crimes commis en temps de guerre, comme en temps de paix, ne révoltent plus les consciences. Si les violations des lois de la guerre sont acceptées par une communauté internationale qui préfère balayer le passé sous le tapis, dans toutes les guerres, les civils seront en première ligne – et le prochain conflit entre Gaza et Israël pourrait bien survenir sous peu et s'avérer encore plus meurtrier. Il est temps de placer les droits humains au cœur du processus de rétablissement de la paix.

Ahmad Seif el Islam Hamad : l'Égypte perd un défenseur infatigable des droits humains

ven, 29/08/2014 - 12:50

La disparition d'Ahmad Seif el Islam Hamad prive le mouvement égyptien de défense des droits humains de l'un de ses plus brillants défenseurs aux heures les plus difficiles.

L'avocat et militant, décédé mercredi 27 août à l'âge de 63 ans, a passé plus de 30 ans à combattre les violations des droits humains.

« La mort d'Ahmad Seif est un coup dur pour le mouvement de défense des droits humains en Égypte et dans le reste du monde », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui », directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Ahmad Seif défendait les droits de tous, sans discrimination aucune, et quelles que soient leurs convictions. »

Amnesty International a souvent demandé conseil à Ahmad Seif, avocat en vue connu pour son intervention dans des affaires décisives.

Les représentants de l'organisation s'appuyaient sur ses recommandations, son expérience et sa bonne humeur.

Ses amis au sein du mouvement, dont certains le connaissaient depuis de nombreuses années, ont fait part de leur profonde tristesse en apprenant son décès.

Lors d'un entretien avec Amnesty International en 2008, Ahmad Seif el Islam Hamad avait expliqué qu'il avait pris la décision de défendre la cause des droits humains après avoir été torturé en prison en 1983.

« La torture est comme un cancer qui ronge la jeunesse du pays, sa capacité à évoluer, se révolter et critiquer. J'ai donc décidé que c'était là mon domaine d'action », avait-il déclaré.

« Il ne sert à rien de dépenser toute son énergie dans un combat politique contre le despotisme sans avoir garanti au citoyen ordinaire un certain respect de ses droits. »

Ahmad Seif el Islam Hamad n'a pas perdu son temps en prison : il a obtenu un diplôme de droit pour compléter sa formation en sciences politiques.

Se définissant comme un homme de gauche, il défendait par principe tous ses clients, qu'ils soient ou non du même bord que lui.

Pendant 30 ans, il a défendu les opposants politiques des autorités, y compris des membres des Frères musulmans et de jeunes militants arrêtés en 2008 pour avoir soutenu une manifestation d'ouvriers à Mahalla.

Il a également dénoncé le discours des autorités sur la sécurité au détriment des droits fondamentaux, prenant la défense d'habitants de la péninsule du Sinaï arrêtés lors de vastes opérations de répression lancées avant l'aube à la suite des bombardements de Taba, en 2004.

Il s'était aussi fait le chantre de la liberté d'expression en 2007, en défendant un blogueur incarcéré pour avoir critiqué Hosni Moubarak et l'islam.

En 2001, il a choisi de représenter plusieurs dizaines d'hommes présumés homosexuels dans l'affaire dite du « Queen Boat ».

Considéré comme un père spirituel par de nombreux avocats et militants de droits humains, Ahmad Seif el Islam Hamad a cofondé en 1999 le Centre Hisham Moubarak pour le droit, organisation qui a contribué à révéler au grand jour des atteintes aux droits fondamentaux omniprésentes, dont le recours à la torture et aux mauvais traitements.

Le Centre Hisham Moubarak pour le droit qui, parallèlement, est devenu un centre de formation pour les futurs avocats spécialisés dans la défense des droits humains, est l'une des nombreuses organisations non gouvernementales dont les activités pourraient être soumises à des restrictions dans le cadre des nouvelles lois et mesures qui s'inscrivent dans une vague de répression de plus en plus forte à l'encontre de la société civile.

« Ahmad Seif el Islam Hamad a contribué à fonder le mouvement de défense des droits humains, qui représente aujourd'hui une communauté diversifiée et florissante alors qu'il ne comptait à ses débuts au milieu des années 1980 que quelques individus courageux », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

« Il évoquait souvent ses espoirs pour la prochaine génération de militants des droits humains. Il est donc particulièrement triste que sa disparition intervienne alors que l'avenir de ceux-ci est incertain. »

Ahmad Seif el Islam Hamad était largement connu pour son action en faveur des droits humains, mais le combat qu'il a mené avec sa famille contre les autorités a eu de lourdes conséquences pour tous.

L'avocat a été arrêté à plusieurs reprises, y compris pendant le soulèvement de 2011, lorsque les forces de sécurité ont fait une descente au Centre Hisham Moubarak pour le droit. Les membres de son personnel et des représentants d'Amnesty International et de Human Rights Watch avaient eux aussi été interpelés à cette occasion.

Dans les dernières années de sa vie, Ahmad Seif el Islam Hamad s'est retrouvé à représenter ses propres enfants, devenus de véritables militants bien en vue.

Son fils, Alaa Abd El Fattah, a été détenu à de multiples reprises par les autorités. Il est actuellement emprisonné pour avoir enfreint la loi répressive de l'Égypte relative aux manifestations.

La fille d'Ahmad Seif, Sanaa Ahmad Seif, est connue pour son action en faveur des droits humains. Elle est en instance de jugement pour infraction à la loi relative aux manifestations.

Alors qu'il la représentait devant le tribunal en juin dernier, Ahmad Seif el Islam Hamad a provoqué l'hilarité dans le prétoire après avoir dénigré une procédure qu'il a qualifiée de parodie de justice.

Lors d'une suspension d'audience, il a déclaré en plaisantant qu'il était vieux et malade et n'avait rien à faire au tribunal, puisque le juge ne comprenait pas des notions juridiques de base.

L'autre fille d'Ahmad Seif, Mona Seif, a participé à la création d'un groupe qui milite en faveur de la libération de civils poursuivis devant la justice militaire.

Ahmad Seif el Islam Hamad avait récemment expliqué qu'il espérait que ses enfants hériteraient d'un système plus démocratique, mais qu'à la place, ils avaient hérité de cellules de prison.

Il est demeuré une source d'inspiration jusqu'à la fin de sa vie, ne baissant jamais les bras. Sur les réseaux sociaux, des militants ont indiqué qu'ils étaient devenus « orphelins » à sa mort.

Ahmad Seif el Islam Hamad laisse derrière lui son épouse, Laila Soueif, universitaire et militante, et leurs trois enfants.

Une ONG qualifiée d'« agent de l'étranger » pour avoir rendu compte de l'action militaire russe en Ukraine

ven, 29/08/2014 - 12:28

La Russie a officiellement qualifié une organisation de la société civile d'« agent de l'étranger » – ce qui équivaut pratiquement à parler d'espionnage – parce qu'elle s'est prononcée ouvertement sur les événements en Ukraine. Cette mesure témoigne de la détermination de la Russie à faire disparaître toute information sur ses activités militaires dans ce pays, a déclaré Amnesty International.

Le 28 août, le ministère russe de la Justice a ajouté l'ONG Mères de soldats de Saint-Pétersbourg à sa liste officielle d'« agents de l'étranger », aux termes d'une loi adoptée en 2012.

Cette décision a été prise après que la dirigeante de l'ONG, Ella Poliakova, a dit publiquement que des soldats russes seraient morts en Ukraine dans des combats contre les forces ukrainiennes.

Son organisation a établi une liste d'une centaine de soldats russes qui auraient été tués en Ukraine et d'environ 300 blessés, et a demandé l'ouverture d'une enquête. Le Kremlin nie avoir envoyé des soldats en Ukraine, tout comme il nie toute implication russe directe dans un conflit qu'il affirme être interne à l'Ukraine.
« Cette décision, et le moment où elle a été prise, indiquent que le Kremlin est décidé à faire taire les voix discordantes et à ne laisser passer aucune information qui laisserait entendre que la Russie joue un rôle direct dans le conflit ukrainien, alors que des preuves du contraire apparaissent chaque jour. Le message est clair : si vous osez parler, les conséquences seront graves », a déclaré Sergueï Nikitine, directeur du bureau d'Amnesty International à Moscou.

L'organisation Mères de soldats de Saint-Pétersbourg mènera une action en justice contre cette mesure.

Ella Poliakova affirme que l'ONG ne bénéficie d'aucun financement de l'étranger, ce qui, selon la loi de 2012, constituerait la caractéristique fondamentale d'un « agent de l'étranger ». L'autre caractéristique nécessaire est la participation à des activités politiques. D'après les autorités, l'ONG a pour activités politiques « l'organisation de réunions publiques » et la « constitution d'une opinion publique ».

Une autre ONG, l'Institut pour le développement de la liberté d'information, elle aussi connue pour l'indépendance de ses prises de position et ses critiques, a été ajoutée le même jour au « registre des agents de l'étranger ».

Adopté en juin 2012, le texte législatif appelé « loi sur les agents de l'étranger » est entré en vigueur en novembre de la même année. Des modifications apportées en 2014 ont attribué de nouveaux pouvoirs au ministère de la Justice, qui peut désormais ajouter des ONG sur le registre sans le consentement de celles-ci et sans qu'il soit nécessaire de passer par de longues audiences au tribunal comme c'était le cas jusqu'à tout récemment.

Des centaines d'ONG en Russie ont fait les frais d'« inspections » surprise par les autorités depuis la promulgation de la loi ; plusieurs ont été condamnées à de lourdes amendes pour avoir refusé de se qualifier elles-mêmes d'« agents de l'étranger », et certaines ont été forcées de fermer. Douze ONG indépendantes ont maintenant été ajoutées à la liste contre leur volonté, en l'espace de moins de trois mois.

La Syrie oubliée. Les disparitions forcées continuent à être monnaie courante tandis que l'ONU reste inactive

ven, 29/08/2014 - 10:21

Pour AGIR : Isavelives.be

Consultez notre carte interactive (en anglais) en cliquant ICI

Lisez nos fiches actions et témoignages, en ligne, sur ISSUU :

Les disparitions forcées en Syrie se poursuivent, plus d'un an après que les Nations unies ont exigé que la Syrie mette fin à cette pratique odieuse, a déclaré Amnesty International à l'approche de la Journée internationale des victimes de disparition forcée, samedi 30 août.

« En Syrie, des personnes sont régulièrement jetées dans l'abîme de la détention secrète, ce qui prouve que les autorités recourent systématiquement aux disparitions forcées afin d'écraser l'opposition », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Bien que le Conseil de sécurité des Nations unies ait adopté en février une résolution demandant la fin des disparitions forcées et des autres violations des droits humains, d'innombrables personnes perçues comme des opposants au gouvernement syrien - notamment des militants, des journalistes, des professionnels de la santé et des avocats - sont fréquemment enlevées dans la rue ou chez elles, avant d'être avalées par un véritable trou noir. »

Les disparus sont placés au secret dans des lieux de détention inconnus à travers la Syrie. Beaucoup sont incarcérés dans des conditions inhumaines et, ayant été soustraits à la protection du droit, sont soumis à la torture ou à d'autres formes de mauvais traitements. Un nombre inconnu d'entre eux ont été tués alors qu'ils trouvaient en détention secrète.

En février, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies se sont engagés à « prendre des mesures supplémentaires » si la résolution n'était pas respectée. Pourtant, six mois plus tard, le gouvernement syrien continue à mener une implacable campagne d'intimidation à l'égard des dissidents.

« Les promesses selon lesquelles les membres du Conseil de sécurité des Nations unies prendraient des mesures contre ceux qui enfreignent de manière flagrante les termes de la résolution n'ont manifestement pas été tenues. Dans les faits, cela revient à donner au gouvernement syrien carte blanche pour poursuivre son impitoyable campagne de disparitions forcées en toute impunité », a déclaré Philip Luther.

La résolution demandait par ailleurs la levée des sièges et le libre passage de l'aide humanitaire, ainsi que la fin des détentions arbitraires et des actes de torture attribués aussi bien aux forces gouvernementales qu'aux groupes armés. Elle précise que toutes les personnes faisant l'objet d'une détention arbitraire, parmi lesquelles figurent de nombreux prisonniers d'opinion, doivent être immédiatement libérées.

Amnesty International redéploie son action afin qu'elle coïncide avec la Journée internationale des victimes de disparition forcée, de sorte à mettre en relief la difficile situation des Syriens dont on ignore le sort depuis qu'ils ont été enlevés par l'État.

La détention secrète en Syrie : « On pouvait entendre les cris des gens qui étaient torturés

ven, 29/08/2014 - 10:18

Par Shappal Ibrahim, militant syrien pour les droits des Kurdes

Quand Shappal Ibrahim, militant pacifique au sein de l'Union des jeunes Kurdes, a été abordé par un agent du gouvernement syrien prétendant être lui aussi en faveur de la « révolution » dans le pays, il ne s'est pas rendu compte que cela faisait partie d'un stratagème visant à l'arrêter pour ses activités en faveur des droits humains. Après avoir accepté de rencontrer l'agent le 22 septembre 2011, il a été emmené et placé en détention à El Qamishli, où il vivait. Il a été maintenu en détention secrète pendant près de deux ans. Il était l'un des nombreux « disparus » de Syrie, jusqu'à sa libération dans le cadre d'une amnistie présidentielle, le 29 mai 2013. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il a appris qu'un tribunal l'avait condamné, le 5 septembre 2012, à 15 ans de réclusion. Il décrit ici le traitement qu'il a subi dans quelques-uns des nombreux centres de détention de Syrie.

Quand nous sommes arrivés dans le centre de détention de l'une des branches du service de renseignement de l'armée de l'air à Damas, ils nous ont battus et nous ont insultés. Nous avons été roués de coups pendant des heures avant d'être jetés dans une cellule, 13 hommes dans 4 m². Nous ne pouvions nous asseoir qu'à tour de rôle.

Un par un, les détenus ont été appelés et conduits à la salle d'interrogatoire. Leurs cris emplissaient les couloirs pendant qu'ils étaient torturés. Les gens revenaient enroulés dans des couvertures tachées de leur propre sang.

Ils m'ont battu avec un câble et m'ont électrocuté au niveau des pieds. Ils ne me demandaient rien de précis. Ils se contentaient de m'accuser et de m'insulter, et ils m'ont frappé au visage. Ils voulaient que je signe des aveux.

Il y avait très peu d'eau et de nourriture et nous ne pouvions dormir que quand les gardiens nous y autorisaient.

Nous avons ensuite été transférés ailleurs, à Bab Touma, dans un autre endroit lié au service de renseignement de l'armée de l'air, puis trois mois plus tard à la prison militaire de Saydnaya, près de Damas.

Là-bas, ils avaient un système pour nous briser.

La nourriture était tellement insuffisante que nous avions faim en permanence et ils ne nous donnaient que quelques vêtements alors qu'il faisait extrêmement froid.

Ils m'ont appelé pour interrogatoire de nombreuses fois et la torture ne cessait jamais.

Ils me demandaient de me déshabiller et ils me vaporisaient de l'eau froide dessus. Ensuite, la personne qui menait l'interrogatoire me marchait dessus et me frappait le dos et les pieds.

Dans ces moments difficiles, je pensais à mes trois enfants, à ma femme, à mes parents, à mes amis et au mouvement révolutionnaire.

Malgré ma douleur, mes blessures, les maladies et le fait d'être coupé de ma famille, je pouvais encore sentir la révolution en moi et l'enthousiasme m'animer de nouveau. Les principes qui m'avaient conduit là sont les mêmes que ceux qui m'emplissaient d'espoir et de volonté et m'ont permis de ne pas abandonner.

J'ai été maintenu en détention pendant un an et huit mois et je n'ai eu droit qu'à une seule visite, 22 jours avant ma libération.

Mon petit frère, Joan, a pu venir me voir pour une visite de six minutes.

Et puis, le 29 mai 2013, l'un des gardes est venu dans notre cellule et m'a dit que j'allais être libéré. Je ne l'ai pas cru, j'ai pensé que j'allais être exécuté. Les gardes m'ont rasé la tête et j'ai été certain que j'allais mourir. Mais là, ils m'ont simplement rendu mes affaires et m'ont libéré. Je ne savais pas pourquoi, j'étais complètement incrédule.

Quand je suis arrivé chez moi, à El Qamishli, beaucoup de gens m'attendaient. Mes amis m'ont porté sur leurs épaules, ils avaient préparé une fête et j'ai prononcé un discours devant la foule. Cela a été un moment extrêmement important pour moi. J'ai eu l'impression de renaître, j'ai pris mes enfants et ma famille dans mes bras et j'étais empli de larmes de joie.

Ce que j'ai vu a fait naître en moi un grand sentiment de responsabilité ; j'ai de nouveau rassemblé mon courage et je me suis promis que j'y consacrerais toute ma vie et que je n'abandonnerais pas mon peuple.

Des informations sont de nouveau parvenues aux services de sécurité syriens concernant la poursuite de mes activités alors ils m'ont envoyé des menaces, ce qui a poussé ma famille et mes amis à me demander de quitter la Syrie.

J'ai une dette envers mes amis et ma famille pour leur infatigable solidarité. Ils n'ont pas cessé de faire pression en faveur de ma libération, d'organiser des manifestations pour faire en sorte que mon cas ne soit pas oublié.

Disparitions forcées en Syrie : les fantômes de la guerre

ven, 29/08/2014 - 10:09

La dernière fois que Rania (son prénom a été modifié) a parlé avec son ami Mohamed Bachir Arab, c'était le 1er novembre 2011. Médecin travaillant dur et militant politique engagé, Mohamed Bachir Arab vivait caché depuis six mois pour essayer d'échapper aux tentacules omniprésents des services de renseignement syriens, qui arrêtent régulièrement des militants pacifiques comme lui.

Le lendemain, les pires craintes de Rania étaient devenues réalité. Les informations du soir annonçaient que son ami avait été arrêté. Aucun de ses proches ne savait où il avait été emmené.

Mohamed Bachir Arab était une cible désignée. Il avait été chef de file des étudiants à l'université d'Alep, dans le nord-ouest de la Syrie. Au fil des ans, il avait organisé de nombreuses manifestations contre les politiques du gouvernement, ce qui lui avait valu des ennuis avec les autorités. En 2004-2005, il avait été maintenu plusieurs mois en détention avant d'être libéré.

Mais cette fois, ses proches et ses collègues craignaient que ce soit différent. Depuis que la crise a éclaté en Syrie en mars 2011, le nombre de personnes détenues secrètement par l'État (ou victimes de disparition forcée) a atteint des proportions démesurées.

« La stratégie des autorités syriennes concernant la dissidence est implacable : exprimez une fois votre opposition et elles vous arrêtent. Recommencez et elles vous font purement et simplement disparaître », a expliqué Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au sein d'Amnesty International.

Beaucoup des personnes assez chanceuses pour être libérées après des mois, parfois même des années, de détention portent les marques du traitement cruel auquel elles ont été soumises.

La plupart racontent être passées par certains des centres de détention qui forment le sombre labyrinthe de mauvais traitements contrôlé par les forces de sécurité et les agences de renseignement syriennes.

« Quand quelqu'un est secrètement arrêté et détenu, il est probable que cette personne va être torturée dans le but de lui soutirer des informations ou en guise de punition. Vu le passif révoltant de la Syrie, il existe un grand risque pour qu'un tel traitement affecte gravement la santé de la personne disparue, voire entraîne sa mort », a déclaré Philip Luther.

Et pour leurs proches, la douleur de ne pas savoir est intolérable.

Dès que la famille de Mohamed Bachir Arab a su qu'il avait été arrêté, elle a commencé à essayer de découvrir des indices sur l'endroit où il était détenu.

Au départ, elle a fait chou blanc. Mais après quelque temps, des renseignements ont commencé à filtrer. Plusieurs hommes libérés de l'un des centres de détention les plus tristement célèbres du pays l'ont avertie qu'ils l'avaient vu à divers endroits.

Peu après son arrestation, Mohamed Bachir Arab a été aperçu dans les locaux des services de renseignement de l'armée de l'air à Alep, puis dans un hôpital de la ville. L'homme qui a fourni ces informations a indiqué que Mohamed Bachir Arab souffrait de blessures à la tête qui auraient été dues à des actes de torture ou d'autres mauvais traitements.

Amnesty International s'est entretenue avec plusieurs personnes qui ont été maintenues dans ce centre de détention. Un homme, qui vit désormais hors de Syrie et a demandé à ce que son nom ne soit pas révélé, a confié que la vie dans le centre était si dure qu'il aurait souvent préféré être mort.

Il a expliqué que les détenus étaient souvent roués de coups, maintenus dans des cellules surpeuplées et que le manque d'eau potable les obligeait à boire l'eau des toilettes. L'absence d'hygiène était à l'origine d'épidémies de diarrhées et d'autres maladies infectieuses, ce qui a contribué à la mort de plusieurs détenus.

D'après d'autres détenus libérés, Mohamed Bachir Arab a été vu dans d'autres centres de détention, notamment à la branche d'al Ameerya des services de renseignement de l'armée de l'air, à Damas, et dans les locaux des renseignements des armées à Qaboun.

Mais les informations concernant le lieu où il pourrait se trouver sont insuffisantes. En début d'année, un autre homme a indiqué avoir vu Mohamed Bachir Arab à la prison militaire de Saydnaya, où il pourrait avoir été traduit devant un tribunal militaire, mais on ignore toujours ce qu'il est advenu de lui.

« Le fait que, près de trois ans après qu'il a été placé en détention, personne ne sache où se trouve Mohamed Bachir Arab dresse un portrait scandaleux du fonctionnement du réseau opaque de centres de détention contrôlé par les autorités syriennes. Les implacables forces de sécurité maintiennent secrètement des personnes en détention et les déplacent dans tout le pays sans même penser à l'immense angoisse dans laquelle elles plongent les familles des détenus », a déclaré Philip Luther.

Mohamed Bachir Arab n'est que l'un des noms qui figurent sur une longue liste de militants pacifiques, d'avocats, de journalistes et de travailleurs humanitaires perçus comme opposés aux politiques des autorités syriennes et détenus secrètement par les forces de sécurité. On est toujours sans nouvelle de beaucoup d'entre eux.

Sur cette liste figurent Ali Mahmoud Othman, journaliste citoyen arrêté à Homs en mars 2012, Juwan Abd Rahman Khaled, militant kurde arrêté à Damas en septembre 2012, Khalil Matouq, avocat spécialiste des droits humains vu pour la dernière fois à un poste de contrôle près de Damas en octobre 2012, ou encore Nasser Saber Bondek, poète et militant humanitaire emmené de son domicile de Damas en février 2014.

Et la liste est loin d'être complète. Ce sont les fantômes de la guerre de Syrie.

Rania, qui vit désormais hors de Syrie, compte continuer à chercher Mohamed Bachir Arab : « Je n'ai eu aucune véritable nouvelle de Mohamed depuis huit mois, mais je vais continuer à le chercher. C'est quelqu'un de vraiment pacifique alors je ne comprends pas pourquoi il est en prison. Il faut que les choses changent en Syrie. »

Thaïlande. Les autorités doivent retirer la plainte pour diffamation contre une défenseure des droits humains

jeu, 28/08/2014 - 09:40

Le gouvernement et l'armée de Thaïlande doivent cesser de recourir abusivement aux lois relatives à la diffamation afin de réduire au silence les défenseurs des droits humains, ont déclaré la Commission internationale de juristes (CIJ), Human Rights Watch et Amnesty International jeudi 28 août 2014.

Le 20 mai, l'armée thaïlandaise a déposé plainte contre la militante thaïlandaise Pornpen Khongkachonkiet et son organisation la Fondation transculturelle (CrCF), pour avoir « porté atteinte à la réputation » de l'Unité 41 des forces paramilitaires Taharn Pran, stationnée dans l'extrême sud de la Thaïlande, dans la province de Yala. Elle avait réclamé l'ouverture d'une enquête sur une allégation d'agression.

La CIJ, Human Rights Watch et Amnesty International demandent le retrait immédiat de cette plainte.

La plainte fait suite à la lettre ouverte que Pornpen Khongkachonkiet a adressée le 2 mai au commandant de l'Unité des opérations de sécurité intérieure (ISOC) dans la région 4, responsable des provinces de la frontière sud de la Thaïlande. Dans sa lettre, elle sollicitait la tenue d'une enquête sur les allégations selon lesquelles des militaires avaient roué de coups un homme lors de son arrestation en avril 2014. Elle faisait valoir que si ces allégations étaient exactes, cela constituait une violation du droit thaïlandais et de la Convention contre la torture à laquelle la Thaïlande est partie.

Le 8 mai, l'ISOC, la Police royale de Thaïlande, l'Unité 41 Taharn Pran et d'autres, notamment le médecin qui a examiné la victime de l'agression présumée, ont publié un communiqué de presse, affirmant qu'une enquête avait bien été menée et qu'elle avait conclu que l'accusation d'agression était fausse. Le communiqué poursuivait en ajoutant que la CrCF était responsable d'avoir intentionnellement déformé la vérité et diffusé de fausses informations auprès de la population.

Il s'agit de la deuxième affaire en un an dans laquelle les forces armées thaïlandaises font un usage abusif de la justice pénale dans le but d'intimider des défenseurs des droits humains, qui s'efforcent de surveiller les violations de ces droits et d'en rendre compte. En décembre 2013, la Marine royale de Thaïlande a porté plainte contre les rédacteurs d'un site thaïlandais d'informations, Phuketwan, les accusant de diffamation et de violation de la loi contre la cybercriminalité. Ils avaient reproduit en partie un article lauréat du prix Pulitzer, écrit par l'agence Reuters au sujet du trafic illicite et de la traite d'êtres humains dont seraient victimes les Rohingyas, un groupe ethnique minoritaire qui vit au Myanmar et subit des discriminations et des violences généralisées.
La plainte déposée contre Pornpen Khongkachonkiet et la CrCF est une attaque contre son travail en tant que défenseure des droits humains et menace gravement l'exercice de son droit à la liberté d'expression.

En outre, elle compromet le droit de la victime des mauvais traitements présumés de bénéficier dans les meilleurs délais d'une enquête indépendante et impartiale sur les faits, sans être la cible d'intimidation, comme le garantit le droit international, notamment les traités relatifs aux droits humains auxquels la Thaïlande est partie.

Créée en 2002, la CrCF est une fondation non gouvernementale à but non lucratif qui consacre des ressources importantes à l'extrême sud de la Thaïlande depuis 2004. Elle surveille et recense notamment les allégations de torture, de mauvais traitements et de graves atteintes aux droits humains. Pornpen Khongkachonkiet est également membre du comité d'Amnesty International Thaïlande.

La CIJ, Human Rights Watch et Amnesty International ont déclaré que les autorités thaïlandaises avaient l'obligation de veiller à ce que toutes les personnes et associations engagées dans la protection et la promotion des droits fondamentaux puissent travailler dans un climat sûr et porteur.

Complément d'information

Le droit de porter plainte pour torture et mauvais traitements et de voir sa plainte faire l'objet d'investigations rapides et impartiales est garanti par les traités internationaux auxquels la Thaïlande est partie, notamment la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

La Thaïlande a été critiquée en mai 2014 pour n'avoir pas respecté ce droit, le Comité contre la torture de l'ONU ayant fait part de sa préoccupation face aux nombreuses allégations cohérentes de graves actes de représailles et menaces visant les défenseurs des droits humains, les journalistes, les dirigeants de communautés et leurs proches, notamment les agressions verbales et physiques, les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires, ainsi que l'absence d'informations fournies sur les enquêtes menées sur ces accusations.

Le Comité a recommandé que la Thaïlande prenne « toutes les mesures nécessaires pour : (a) mettre fin immédiatement aux actes de harcèlement et aux agressions visant les défenseurs des droits humains, les journalistes et les dirigeants de communautés ; et (b) enquêter systématiquement sur les allégations d'intimidation, de harcèlement et d'agressions, en vue de poursuivre et sanctionner les responsables, et de garantir des recours effectifs aux victimes et à leurs familles ».

Par ailleurs, selon l'article 1 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'homme, qui articule les normes universelles pour la protection de ceux qui défendent les droits fondamentaux : « Chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international. »

L'article 19 du PIDCP garantit le droit à la liberté d'expression, qui inclut le droit à la liberté de répandre des informations. Le Comité des droits de l'homme, chargé de contrôler l'application du PIDCP, a fait part de son inquiétude vis-à-vis de l'utilisation abusive des lois relatives à la diffamation, visant à ériger en infraction la liberté d'expression. Il a déclaré que ces lois ne doivent jamais être invoquées lorsque l'expression est dénuée de malveillance et vise l'intérêt public.

Il risque la mort pour avoir une chance dans la vie : parti d'Afrique, un migrant arrive en Europe au bout d'un an

mar, 26/08/2014 - 16:16


De Maxim Tucker, attaché de presse – Campagnes mondiales, questions thématiques et Nations unies.

BORGO MEZZANONE, ITALIE : Ebrima occupe un espace de cinq mètres sur cinq sous un toit en tôle ondulée. Il le partage avec un autre demandeur d'asile. Pour dormir, ils ont chacun un matelas en mousse posé sur un lit de camp. Des fils électriques pendent d'un plafonnier cassé et le sol est recouvert de poussière, de miettes et de coquillages.

Depuis six mois, il vit au centre d'accueil des demandeurs d'asile de Borgo Mezzanone, dans le sud de l'Italie. Dans cette base aérienne désaffectée convertie en centre de détention, les conditions sont rudes. Mais après un voyage pénible depuis l'Afrique, à travers le Sahara et la Méditerranée, Ebrima ne semble même pas s'en apercevoir. Il est heureux d'être là.

Il m'explique que son voyage a commencé en Sierra Leone après la mort de son père, qui était musulman. La communauté chrétienne dans laquelle il vivait voulait qu'il parte. Même la famille de sa belle-mère a essayé de le forcer à se convertir de l'Islam au Christianisme.

« Dans la famille de ma belle-mère, ce ne sont pas des gens bien. Ils m'ont violemment menacé et m'ont dit de choisir entre le Christianisme et le départ. Donc j'ai dû partir », a déclaré Ebrima quand nous nous sommes rencontrés au centre d'accueil.

Ebrima s'exprime en anglais, clairement et avec fougue. Il porte un t-shirt rouge et un short, avec une large casquette de baseball qu'il porte de travers avec style. Il refuse de se laisser intimider par les difficultés auxquelles il a fait face dans sa vie.

« J'ai 20 ans, je suis jeune. En Sierra Leone c'était le chaos. Je veux une vie meilleure, mais j'ai besoin de stabilité et il faut que j'aille à l'école. »

Les risques qu'il a été prêt à prendre pour trouver cette vie stable sont stupéfiants. Il dit qu'il est parti de chez lui sans argent et sans passeport, voyageant uniquement avec sa carte d'étudiant. Mécanicien de formation, il a pris un bus pour le Mali et, en travaillant, il a atteint au bout d'un mois le Burkina Faso, puis le Niger. Là, il a travaillé pendant encore trois mois, économisant de l'argent pour passer la frontière libyenne à travers le Sahara. C'est dans la ville poussiéreuse d'Agadez, au Niger, qu'il dit avoir pris contact avec un groupe de passeurs.

« Un Arabe m'a proposé de me faire entrer en Libye. Cela coûtait 20 dollars, payables d'avance, puis je devais travailler pour lui là-bas jusqu'à ce que je rembourse le reste (580 dollars américains). C'était beaucoup d'argent, mais j'étais déterminé. »

De peur de se faire prendre, les passeurs n'empruntent pas la route de montagne à travers l'Algérie vers Tripoli. Au lieu de cela, ils traversent péniblement en pick-up Toyota près de 2 500 kilomètres de désert saharien jusqu'à Sebha. Ebrima a une personnalité enjouée et vive, mais lorsque je lui demande comment il est arrivé en Libye, il enfonce ses mains dans ses poches et regarde ses pieds.

« C'est difficile de parler de ce voyage, dit Ebrima. Trente-sept personnes dans un pick-up, pendant sept jours de voyage. On avait un peu de nourriture et d'eau, mais le soleil brûle la peau, et le sable s'y colle. Deux hommes de notre groupe sont morts. On est passé à côté d'un, deux, trois autres corps sur la route. Ils avaient été jetés des camionnettes devant nous. Dans le désert, on n'a pas le temps d'enterrer les corps. »

Les choses n'étaient pas beaucoup plus faciles à Tripoli. En Libye, un Africain subsaharien noir est la cible immédiate des forces de sécurité, et les migrants et les demandeurs d'asile peuvent être détenus indéfiniment s'ils se font attraper. Ceux qui n'ont pas de papiers en règle sont particulièrement en danger. Ebrima dit qu'il a été forcé d'entrer dans la clandestinité, travaillant comme employé de maison, faisant la cuisine et le ménage pour rembourser le coût de son voyage à travers le Sahara, et économisant pour réunir les 1 100 dollars nécessaires pour la traversée en bateau vers l'Europe.

Une situation extrêmement dangereuse

Ebrima explique à quel point il est dangereux de travailler en Libye sans permis en règle. Au cours des quelques mois suivants, il a sympathisé avec Bubacary, un autre employé de maison africain qui était arrivé en Libye peu de temps avant lui. Un soir, alors qu'il avait économisé suffisamment d'argent pour payer la traversée, Bubacary a récupéré son salaire et rentrait discrètement du travail après la tombée de la nuit quand il a été arrêté par un groupe d'hommes armés. Ils lui ont ordonné de leur donner son argent, ce qu'il a refusé. Ils lui ont alors tiré dans la jambe, puis dans l'épaule et ont pris les 1 100 dollars.

Quand Ebrima a trouvé Bubacary, il saignait beaucoup. Ils ont cependant dû attendre des heures avant que leur employeur libyen l'emmène à l'hôpital. Tous deux étant originaires d'Afrique subsaharienne, ils craignaient qu'on ne leur demande leurs papiers, et quelque temps dans un centre de détention des services de l'immigration pouvait signifier la mort. Bubacary est décédé le lendemain.

La semaine suivante, Ebrima a fait la traversée jusqu'en l'Italie. Les passeurs l'ont entassé avec 150 autres personnes sur un petit bateau de pêche et leur ont donné une boussole et un talkie-walkie. Ils leur ont dit de se diriger vers le nord et d'appeler la Marine italienne dès qu'ils seraient au large, mais ils se sont vite perdus. Ebrima et ses compagnons ont dérivé pendant trois jours avant d'être secourus et amenés à la base italienne de Lampedusa, en Sicile.

Depuis six mois, Ebrima attend une réponse à sa demande d'asile. Si celle-ci est rejetée, on lui remettra un document lui ordonnant de quitter l'Italie sous sept jours. Il est optimiste, mais même s'il se voit accorder l'asile en Italie, son futur reste incertain. Il parle bien anglais mais pas du tout italien. Il m'a dit que ce qu'il voulait réellement c'était travailler comme mécanicien en Angleterre, et m'a demandé pourquoi il était si difficile d'immigrer au Royaume-Uni. Je n'ai pas pu lui répondre.

L'Italie sauve et héberge chaque année des milliers de personnes qui traversent la Méditerranée. C'est beaucoup plus que n'importe quel autre pays de l'Union européenne. En même temps, d'autres pays européens ferment leurs frontières, arrêtent ceux qui parviennent à passer et repoussent même des bateaux bondés à la mer. Des gens sont forcés de partir de chez eux par peur de la violence, et des histoires comme celle d'Ebrima sont remarquables d'endurance. Ils risquent tout pour trouver refuge et échouent finalement aux portes de la forteresse Europe.

Et cela ne concerne pas uniquement des jeunes hommes d'Afrique subsaharienne à la recherche d'une vie meilleure. La crise en Syrie en est un autre exemple effrayant. Seuls 2,4 % de ceux qui ont fui le pays ont réussi à arriver jusqu'à l'Union européenne et demander l'asile. L'Europe doit faire plus. Les pays du nord de l'Europe doivent renforcer les capacités de recherche et de secours en Méditerranée, afin de pouvoir identifier les embarcations en détresse et aider les personnes à leur bord. Et ils doivent traiter les gens à qui ils portent secours avec dignité, leur donner accès aux procédures de demande d'asile et mettre fin une bonne fois pour toutes aux opérations illégales visant à renvoyer les réfugiés et les demandeurs d'asile de l'autre côté des frontières.

Viêt-Nam. Des violences policières ont lieu devant un tribunal sur fond de répression du militantisme

mar, 26/08/2014 - 10:33

Les autorités vietnamiennes doivent cesser de s'en prendre à des militants pacifiques, a déclaré Amnesty International mardi 26 août, après que trois défenseurs des droits humains ont été condamnés à une peine de prison et que des policiers ont frappé et arrêté leurs sympathisants.

Les militantes Bui Thi Minh Hang et Nguyen Thi Thuy Quynh, ainsi que leur coaccusé Nguyen Van Minh, ont été condamnés à des peines allant de deux à trois ans de prison pour « troubles à l'ordre public » par le tribunal provincial de Dong Thap, au Viêt-Nam.

Des dizaines de sympathisants, dont des membres de leur famille, des blogueurs et d'autres éléments de la société civile, ont été harcelés, frappés et arrêtés par des policiers voulant les empêcher d'assister à l'audience.

« La décision de justice rendue mardi 26 août semble être une nouvelle tentative de sanctionner le militantisme pacifique au Viêt-Nam », a déclaré Rupert Abbot, directeur du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International.

Ces trois militants et 18 autres ont été agressés et arrêtés par des policiers en février 2014, alors qu'ils essayaient de rendre visite à l'ancien prisonnier d'opinion Nguyen Bac Truyen au domicile de sa fiancée.

« Le Viêt-Nam doit maîtriser sa police et mettre fin aux attaques visant les militants non violents, les familles de ceux-ci et leurs sympathisants », a déclaré Rupert Abbott.

« L'ensemble des personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux doivent être libérées immédiatement et sans condition. »

L'Université d'été d'Amnesty — 2014

lun, 25/08/2014 - 15:31

L'Université d'été d'Amnesty, c'est le plus grand rassemblement autour des droits humains en Belgique.

Le 13 septembre 2014, nous vous donnons rendez-vous : Auditoires Socrate – Faculté de Psychologie Place Cardinal Mercier 10-12 1348 Louvain-la-Neuve

Venez avec votre famille, invitez vos amis, parlez-en autour de vous, la journée est gratuite et ouverte à toutes et tous ! INSCRIPTIONS au bas de cet article !

Encadrement toute la journée pour les enfants de 4 à 12 ans

Entrée libre Infos : acaudronatamnestyPOINTbe – 02/538 81 77

Sommaire PROGRAMME

09h15 Accueil

09h45 Quatre ateliers au choix

1 . Projection du film “Le voyage d'Aïcha” (avec le réalisateur Dominique Thibaut et Zoé Spriet, responsible des campagnes chez Amnesty)

Aicha vit au Burkina Faso. À 20 ans, elle attend son quatrième enfant. L'accoucheuse du village a détecté que l'enfant se présente par le siège. Aïcha ne dispose pas des moyens financiers pour se rendre à l'hôpital le plus proche et payer les soins. Confrontée à un accouchement à risque dans une région du monde où elle pourrait en mourir, Aïcha s'interroge sur le sens de sa vie. En suivant l'itinéraire de la jeune femme, le film pose la question du droit des femmes à leur santé reproductive dans une Afrique où 250 000 d'entre elles meurent chaque année des suites de leur grossesse.

La projection sera suivie d'un débat en présence du réalisateur Dominique Thibaut, et d'un point sur la campagne « Mon corps, mes droits » qui s'attaquera, entre autres, à la mortalité maternelle au Burkina Faso en 2015.

2. Les droits humains, ma commune et moi (avec Luc Van Gossum, militant d'Amnesty, et la commune d'Ixelles)

Les militants d'Amnesty savent comment s'adresser aux dirigeants du monde entier. Paradoxalement, pour certain-e-s il est d'ailleurs plus facile d'écrire à Poutine… que de s'adresser à son propre bourgmestre. Mais depuis 2012, des militants sont allés à la rencontre de leurs élus locaux. Objectif : mettre les droits humains au centre des politiques menées par nos villes et communes. Vous aurez ici l'illustration des démarches menées par le groupe local de la commune d'Ixelles. Présentation du “guide pratique” à tous les responsables de département de la commune, recensement de toutes les actions menées dans la commune pour améliorer les droits humains… : c'est une belle histoire, presque modèle, de collaboration entre un groupe et une commune.

3. Consultation “Objectifs stratégiques” d'Amnesty (avec les membres du Conseil d'administration d'Amnesty)

Grand moment de cogitation pour Amnesty International : sur quels thèmes allons-nous prioritairement travailler entre 2016 et 2020 ? Toutes les sections, tous les membres d'Amnesty sont appelés à donner leur avis d'ici le Conseil International d'août 2015, où les objectifs stratégiques seront votés. L'université d'été, et plus précisément cet atelier animé par les membres du Conseil d'administration d'Amnesty, sera la première étape de cette consultation. Quelles sont les violations des droits humains contre lesquelles Amnesty doit se battre en priorité et en visant quels changements ? Quels sont les thèmes qu'il faudrait laisser à d'autres associations ? À vous de nous le dire…

4. Amnesty à l'école : quand les profs et les jeunes s'en mêlent (avec Laura Lhoir, responsable Jeunes et Alexandra Mertens, animatrice et coordinatrice chez Amnesty)

Amnesty propose à toutes les écoles primaires et secondaires de rejoindre sa grande campagne “Stop torture”. Grâce à cet atelier, vous pourrez découvrir la thématique et comprendre comment l'aborder avec vos élèves. Vous repartirez avec les trucs et astuces et tout le matériel nécessaire pour mener à bien cette campagne.
Nous vous présenterons également le nouveau projet d'animateurs dans les écoles et les deux nouvelles animations pédagogiques sur les droits humains et le travail d'Amnesty pour le public primaire et secondaire.

11h15 Pause

11h30 Les migrations en Europe : « Ouvrir les frontières… de nos esprits »

Avec François Gemenne (Chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales, il enseigne également la géopolitique du changement climatique et la gouvernance des migrations à Sciences Po Paris et à l'ULB), Mikael Franssens (Chargé des politiques migratoires au Ciré) et Carmen Dupont (Coordinatrice de la campagne européenne d'Amnesty International sur les migrations)

La montée des populismes a contaminé la pensée politique et la réflexion de bon nombre de nos concitoyens, dès qu'il s'agit d'aborder la question des migrations et du droit d'asile. Nous avons parfois peur nous-mêmes d'entamer ces débats, y compris avec nos proches. Pourtant, ce sont des milliers de vies qui sont en jeu. Grâce à nos invités, nous tenterons de reconstruire nos argumentaires, et nous examinerons les axes de nos campagnes (dont SOS Europe) sur le thème.

13h00 Lunch

14h15 Les droits humains doivent-ils revenir à la mode ?

Avec Olivier De Schutter , ex-rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, il rejoindra en 2015 le Comité des droits économiques, sociaux et culturels ; Jean-Paul Marthoz , Représentant en Europe du Committee to Protect Journalists (CPJ, New York), Chroniqueur au Soir, professeur de journalisme international à l'UCL et à l'IHECS, et Conseiller de l'Institut Panos (Paris) ; Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.

Comment sera le monde dans 5, 10, 20 ans ? À quelles évolutions géopolitiques et à quels impacts sur les droits humains doit-on s'attendre ? Les réponses de trois acteurs et experts des droits humains pour noiurrir notre réflexion et tenter de répondre à la question : à quoi Amnesty devrait-elle, en priorité, consacrer son extraordinaire énergie ?

16h15 Pause

16h30 Deux conférences au choix

1. Quelle Russie aujourd'hui ?

Avec Aude Merlin (Chargée de cours en science politique à l'ULB, spécialiste de la Russie et du Caucase, membre du CEVIPOL), et Bernard De Backer (Sociologue et auteur, Bernard De Backer a voyagé dans différentes régions d'Ukraine depuis l'indépendance de 1991)

La Russie constitue un acteur important sur l'échiquier mondial, et suscite des avis ou positionnements parfois contradictoires.
Comment expliquer les évolutions de la Russie post soviétique ? Où en est la société civile russe ? Quelle y est la situation des droits et libertés ? Nous essayerons de mieux comprendre pour mieux agir.

2. Afrique du Nord et Moyen-Orient : c'était mieux avant ?

Rencontre avec Hassiba Hadjsahraoui, observatrice de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et activiste depuis longtemps, Hassiba est aussi directrice adjointe pour la région au secrétariat international. Elle passera en revue avec nous ces régions, nous aidant à viser une chose d'abord : les droits humains de tous et toutes, plutôt — parfois — que les stratégies géopolitiques.

18h Apéro estival

Comment s'y rendre ?

En train :

Deux navettes ferrovières sont assurées chaque heure entre les gares d'Ottignies et de Louvain-la-Neuve.
Aller : …h21 et …h51
Retour : …h00 et …h30
Les auditoires Socrate se trouvent à 5 minutes à pieds de la gare de LLN.
En sortant de la gare, se rendre sur la place de l'Université. Prendre la rue Charlemagne jusqu'à la Grand'Place. Prendre, tout droit, la rue Cardinal Mercier jusqu'à la place Cardinal Mercier. Vous y êtes.

En voiture :

E 411, sortie 8a.
Ensuite, choisissez entre
Parking gratuit + 10 min à pieds ?
Au rond-point, prendre à gauche.
Au rond-point suivant, prendre à droite.
Au rond-point suivant (c'est le dernier…), prendre à droite.
Après 500 m, au carrefour, se garer sur le parking public qui est sur votre droite. Rejoindre à pieds le centre de Louvain-la-Neuve par la rue des Wallons. A partir de la place de l'Université, prendre la rue Charlemagne jusqu'à la Grand'Place. Prendre, tout droit, la rue Cardinal Mercier jusqu'à la place Cardinal Mercier. Vous y êtes.
Parking payant + 1 min à pieds ?
Au rond-point, prendre tout droit direction centre. Suivre les indications et se garer dans le parking Grand-Place (12€ pour une journée entière). À partir de la Grand'Place, prendre la rue Cardinal Mercier jusqu'à la place Cardinal Mercier. Vous y êtes.

INSCRIPTIONS (de prférence avant le 6 septembre 2014)

Chargement en cours...

Infos : acaudron amnesty.be — 02/538 81 77


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