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États-Unis. Un an après sa condamnation, Chelsea Manning doit être libérée

mer, 30/07/2014 - 09:34

Un an jour pour jour après la condamnation de Chelsea Manning pour divulgation d'informations classées « secret défense », Amnesty International appelle une nouvelle fois les autorités américaines à lui accorder une grâce, à la libérer immédiatement et à enquêter de toute urgence sur les violations présumées des droits humains qu'elle a révélées.

Chelsea Manning vient de passer un an en prison, condamnée comme une criminelle pour avoir révélé des informations contenant des preuves de possibles violations des droits humains et du droit international. En diffusant des informations classées « secret défense » via Wikileaks, elle a révélé au monde les exactions commises par l'armée des États-Unis, certains de ses prestataires et des soldats irakiens et afghans présents aux côtés des forces américaines.

« Il est absolument scandaleux que Chelsea Manning languisse actuellement derrière les barreaux tandis que ceux qu'elle a contribué à dénoncer, qui sont peut-être coupables de violations des droits humains, jouissent d'une totale impunité », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d'Amnesty International.

« Le gouvernement américain doit gracier Chelsea Manning, ordonner sa libération immédiate et ouvrir une enquête exhaustive et impartiale sur les crimes qu'elle a révélés. »

Reconnue coupable de 20 chefs d'accusation différents, Chelsea Manning a été condamnée à 35 ans de prison, soit beaucoup plus que d'autres militaires condamnés pour des faits tels que des meurtres, des viols ou des crimes de guerre.

Avant sa condamnation, elle avait déjà passé trois ans en détention provisoire, dont 11 mois dans des conditions que le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture avait qualifiées de cruelles et inhumaines.
Chelsea Manning a toujours affirmé qu'elle avait transmis ces documents à Wikileaks dans l'intérêt du grand public et pour susciter un débat constructif sur le coût de la guerre et le comportement des soldats américains en Irak et en Afghanistan.

Il convient notamment de souligner que parmi les informations qu'elle a transmises figuraient des images jusqu'ici inconnues montrant des journalistes et d'autres civils tués dans des attaques menées par des hélicoptères américains.
Chelsea Manning et ses avocats ont engagé des démarches actives en vue de contester sa condamnation.

« Le gouvernement des États-Unis semble avoir perdu le sens des priorités. Avec cette lourde peine infligée à Chelsea Manning, il envoie un message inquiétant laissant entendre qu'il ne saurait tolérer les lanceurs d'alerte. Parallèlement, en l'absence d'enquêtes sur les accusations découlant des révélations de Chelsea Manning, des responsables présumés de crimes de droit international, tels que la torture et les disparitions forcées, pourraient s'en tirer à bon compte », a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Un an après la condamnation de Chelsea Manning, nous continuons d'appeler les autorités américaines à lui accorder une grâce au regard des raisons qui ont motivé son geste et du temps qu'elle a déjà passé en prison. »

Complément d'information

Amnesty International s'est déjà inquiétée par le passé du caractère excessif de la peine de 35 ans de prison infligée à Chelsea Manning, demandant qu'elle soit commuée en une peine d'une durée équivalente au temps déjà passé en prison par la militaire. L'organisation considère que Chelsea Manning a fait l'objet d'accusations excessives au titre d'une législation archaïque destinée à punir la trahison, et qu'on ne lui a pas laissé la possibilité d'invoquer l'intérêt public lors du procès.

En outre, le droit américain protège peu les véritables lanceurs d'alerte, et cette affaire souligne la nécessité pour les États-Unis de renforcer la protection de ceux qui révèlent des informations que le grand public a le droit de connaître.

Il est essentiel que les autorités américaines cessent d'utiliser la Loi relative à l'espionnage pour poursuivre des lanceurs d'alerte tels que Chelsea Manning.

Kosovo. Des dirigeants de l'UÇK vont être inculpés de crimes contre l'humanité

mar, 29/07/2014 - 15:11

L'impunité qui règne depuis longtemps pour des crimes contre l'humanité commis au Kosovo va être remise en question après une annonce diffusée aujourd'hui, selon laquelle d'anciens dirigeants de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) vont être inculpés d'enlèvement, de traitements inhumains et de meurtre contre des Serbes du Kosovo et des Kosovars qui se seraient opposés à l'UÇK en 1999, a déclaré Amnesty International mardi 29 juillet.

Dans une déclaration faite au nom de la Task force spéciale d'enquête, mise en place par l'Union européenne, le procureur général Clint Williamson a présenté les chefs d'inculpation qui seront retenus contre de hauts responsables de l'UÇK.

« Jusqu'à 400 Serbes du Kosovo auraient été enlevés par l'UÇK et envoyés en Albanie, où ils auraient ensuite été tués. Cette annonce pourrait bien représenter un pas vers la justice pour leurs familles », a déclaré Sian Jones, spécialiste du Kosovo au sein d'Amnesty International.

Les propos du procureur, qui a reconnu le caractère étendu et généralisé des enlèvements et des meurtres et a affirmé que d'anciens dirigeants de l'UÇK seraient formellement inculpés de crimes contre l'humanité, ont été accueillis avec satisfaction.

Toutefois, le procureur n'a pas été en mesure d'émettre les actes d'inculpation contre les suspects, dont l'identité n'a pas encore été révélée, car le tribunal spécial établi pour juger ces personnes hors du Kosovo n'ouvrira qu'en 2015.

« L'Union européenne et les autorités du Kosovo doivent immédiatement prendre des mesures visant à garantir l'ouverture dans les plus brefs délais du tribunal spécialisé. Tout retard supplémentaire pourrait favoriser l'intimidation des témoins potentiels et permettre aux responsables des faits énoncés de bénéficier de l'impunité », a expliqué Sian Jones.

AIBF recherche un/e stagiaire pour la campagne Devoir de regard

mar, 29/07/2014 - 14:38

Le responsable de la campagne Devoir de Regard recherche un/e stagiaire à temps plein (3/4 temps possible) pour une durée de minimum 3 mois idéalement à partir de septembre.
Il s'agit d'un stage non rémunéré. Seuls les frais de transport sous certaines conditions ainsi que les frais afférents à la mission seront remboursés.

Lieu : bureau au siège de l'Organisation, 9 rue Berckmans, 1060 Bruxelles, 3ème étage (sans ascenseur)

Profil

Titulaire du permis B

Compétences :
Rédaction de documents aisée
Utilisation du téléphone aisée
Maîtrise de l'outil informatique
La connaissance de la gestion par projet est un plus

Qualités nécessaires :
Dynamique
Débrouillard/e
Organisé/e
Sociable
Esprit d'initiative

Descriptif des tâches
Prendre contact avec les lieux d'exposition, les administrations, les divers contacts militants
Faire un planning
Accomplir des tâches administratives

Amnesty International lutte contre les discriminations et promeut l'égalité des chances.

Burundi. La peur s'installe, sur fond de violences politiques et de répression gouvernementale

mar, 29/07/2014 - 01:00

Le parti au pouvoir au Burundi mène une campagne musclée d'intimidation contre les détracteurs du gouvernement, et son organisation de jeunesse commet des crimes en toute impunité alors que des élections sont prévues dans le pays en 2015, écrit Amnesty International dans un rapport qu'elle publie mardi 29 juillet 2014.

Intitulé Burundi - le verrouillage. Lorsque l'espace politique se rétrécit, ce rapport se penche sur la répression visant la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique et sur le regain des violences politiques en lien avec le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie–Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD).

« La répression orchestrée par le gouvernement contre la liberté d'expression et de réunion pacifique a de graves répercussions sur les droits humains, dans la perspective des élections de l'an prochain », a déclaré Tom Gibson, chercheur sur le Burundi à Amnesty International.

Les tensions politiques au Burundi s'intensifient depuis que le président Nkurunziza fait pression pour briguer un troisième mandat présidentiel ; beaucoup estiment qu'il s'agit d'une violation de la Constitution burundaise.

Les partis d'opposition et la société civile se voient interdire d'organiser des réunions publiques ou des manifestations, et ce au titre de la Loi portant réglementation des manifestations sur la voie publique et réunions publiques. La loi sur la presse et un projet de loi sur les associations sans but lucratif menacent également la liberté d'expression et de réunion pacifique.

L'organisation de jeunesse du CNDD-FDD, le mouvement des Imbonerakure, se livre à des actes d'intimidation, de harcèlement et de violence. Ils attaquent – et parfois tuent – des opposants politiques en toute impunité. Le rapport d'Amnesty International mentionne un opposant, abattu par deux soldats sur ordre d'un fonctionnaire local et d'un membre des Imbonerakure. Un autre opposant a été tabassé et a eu les dents brisées.

« Les Imbonerakure entretiennent des liens étroits avec les services de sécurité et se rendent responsables d'atteintes aux droits humains, en toute impunité. C'est un sujet de préoccupation majeur, a déclaré Tom Gibson.

« Il convient d'enquêter sur les allégations selon lesquelles ils ont été armés et entraînés, d'autant que diverses informations font état d'agressions et d'actes d'intimidation ciblant les opposants. »

Au mois d'avril, un câble interne divulgué, qui émanait du bureau de l'ONU au Burundi, relatait que deux membres de l'armée, dans une province, avaient fourni à des Imbonerakure et à des soldats démobilisés des armes et des uniformes de la police et de l'armée. Le gouvernement a nié ces accusations et a refusé la proposition du conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU pour la prévention du génocide de mettre sur pied une commission d'enquête indépendante sur cette question.

Un mois plus tard, un défenseur des droits humains bien connu, Pierre Claver Mbonimpa, était arrêté pour avoir affirmé à la radio que des jeunes hommes recevaient des armes et des uniformes et se rendaient en République démocratique du Congo voisine pour suivre un entraînement militaire. En procédant à son arrestation, les autorités ont fait clairement savoir à toute la société civile qu'elles ne toléreraient aucune critique.

Les Imbonerakure font partie de comités mixtes de sécurité mis en place par le gouvernement à travers tout le pays. Ils sont impliqués dans la sécurité au niveau local, mais ont aussi le pouvoir d'arrêter des suspects, et exercent souvent un contrôle sur la police et l'administration locales. Le gouvernement a confirmé que les Imbonerakure bénéficiaient du soutien de l'État.

Les membres de l'organisation soupçonnés d'être les auteurs d'atteintes aux droits humains ne font pas l'objet de véritables enquêtes et échappent aux poursuites.

Amnesty International demande à l'Union africaine (UA) de prendre en compte toutes les menaces, notamment les violations des droits civils et politiques au Burundi, dans le cadre du Système continental d'alerte rapide (SCAR), qui vise à prévenir et anticiper les conflits.

Elle invite les autorités burundaises à respecter, protéger et mettre en œuvre les droits des Burundais à la liberté de réunion et d'expression.

« Il faut mettre un terme à la répression, restaurer les droits fondamentaux et en finir avec l'impunité », a déclaré Tom Gibson.

« Le Burundi est une nation qui sort d'une longue et douloureuse histoire de conflit violent. Le gouvernement doit laisser la critique légitime s'exprimer et mettre un frein à la répression dans la perspective des élections de 2015. »

Travailleurs migrants : c'est l'heure de vérité pour le Qatar

lun, 28/07/2014 - 16:16

Par James Lynch, spécialiste à Amnesty International des questions relatives aux droits des migrants dans le Golfe

En fin d'année dernière, lorsque j'ai rencontré un groupe d'hommes employés par l'entreprise de construction Lee Trading and Contracting, ils traversaient une véritable crise. N'ayant pas perçu de salaire depuis des mois, abandonnés par leur employeur, ils avaient toutes les peines du monde à acheter de la nourriture et n'étaient pas en mesure d'envoyer d'argent chez eux. Le fait qu'ils aient travaillé sur l'un des immeubles les plus prestigieux du Qatar, qui abrite les principales instances du football du pays, ajoutait à ce sentiment d'injustice.

L'affaire aurait dû être facile à résoudre pour les autorités. À ma connaissance, aucune des personnes impliquées dans cette affaire n'a nié que l'entreprise doit à ces hommes des mois de salaires impayés. Et pourtant, neuf mois plus tard, le dossier languit au tribunal et ces hommes n'ont toujours pas été rémunérés. Beaucoup d'entre eux sont rentrés dans leur pays après avoir abandonné tout espoir. Il semble que le gouvernement, les tribunaux et les entreprises concernées ont en grande partie laissé des personnes qui avaient besoin de protection se débrouiller seules.

Ces dernières informations en date ne manqueront pas d'agacer fortement les citoyens qatariens et ressortissants étrangers qui essaient de mettre fin aux violations du droit du travail au Qatar. Motivés par l'indignation que leur inspire cette exploitation, ils se réveillent avant l'aube pour effectuer des contrôles surprise du bien-être des travailleurs du bâtiment et s'efforcent de construire une culture d'entreprise respectueuse des droits.

Ils disent observer des progrès, notamment avec l'élargissement du débat public sur les droits des travailleurs, comme l'atteste la publication récente d'un rapport rédigé dans des termes très vifs par la Qatar Foundation, une des institutions les plus réputées de l'État, présidée par la mère de l'émir. Mais ces évolutions positives sont souvent occultées par les difficiles expériences vécues par ceux qui ont été déçus par le système car certains membres du gouvernement ne se rendent pas compte de l'ampleur du problème et de l'urgence qu'il y a à le résoudre. Cela est surprenant, compte tenu de la tempête déclenchée au cours de l'année écoulée lorsque les droits des travailleurs du Qatar ont été évoqués au Parlement européen et lors de réunions du comité exécutif de la Fédération internationale de football, ou encore quand le Premier ministre britannique a dû répondre à des questions à ce sujet et quand le Département d'État américain a décidé de baisser la note du Qatar dans son rapport de 2014 sur la traite des êtres humains.

Le ministère du Travail a fait une série d'annonces ces dernières semaines, notamment au sujet de la fréquence et du renforcement des inspections du travail, de l'adoption de normes plus strictes en matière de logement et de mesures de protection des salaires, et de propositions relatives à un léger ajustement du système de parrainage, qui est actuellement restrictif. Mais si l'on peut relever des éléments positifs parmi ces mesures, il s'agit en grande partie des dernières nouvelles en date du processus administratif ; la plupart des lois associées ne sont pas encore entrées en vigueur, et n'ont a fortiori encore eu aucun effet sur le terrain.

Nous attendons encore les mesures concrètes qui feront naître l'espoir que les autorités sont déterminées à s'atteler aux problèmes les plus pressants : l'abolition claire et immédiate du permis de sortie, qui empêche les travailleurs migrants de quitter le pays sans la permission de leur employeur ; le lancement d'une enquête indépendante sur les causes de décès chez les travailleurs, et l'élaboration de plans afin d'y faire face ; la réduction des frais pour les travailleurs souhaitant traduire leurs employeurs en justice ; l'ouverture de poursuites contre les recruteurs et employeurs qui exploitent les travailleurs, et la publication de leur nom ; et la possibilité pour les employés de maison de bénéficier de la protection juridique des droits dont bénéficient les autres travailleurs. Nous voulons également voir un calendrier clair et ambitieux pour une réforme complète du système de parrainage et pour les projets du Qatar concernant la concrétisation du droit des migrants à la liberté d'association.

Ces mesures pourraient lui gagner l'estime du reste du monde et seraient en grande partie en adéquation avec les recommandations figurant dans l'évaluation commandée par l'État au cabinet d'avocats DLA Piper. Mais le gouvernement semble ne pas vouloir ou ne pas pouvoir s'élever contre certains secteurs influents du monde des affaires au Qatar, qui pensent avoir tout intérêt à garder le contrôle sur une main d'œuvre bon marché et se sont vigoureusement opposés à une suppression complète du permis de sortie et à une réforme en profondeur du système de parrainage.

Compte tenu des polémiques auxquelles est confronté le Qatar en tant que pays hôte de la Coupe du monde de 2022, qui ont principalement trait à des allégations de corruption, le gouvernement et les organisateurs n'ont jamais eu autant intérêt à prouver au monde que cet événement sportif peut être un vecteur d'amélioration. S'ils prévoient de répondre aux critiques en prenant les mesures qui s'imposent concernant le travail des migrants, c'est maintenant qu'il faut agir.

Fuir Mossoul : « Nous avons tout laissé derrière nous pour échapper à la mort. »

lun, 28/07/2014 - 15:12

Par Donatella Rovera

Alors que l'État islamique assoit son emprise sur Mossoul, les habitants qui ne partagent pas son fondamentalisme extrême sont soumis à des traitements cruels – pour lesquels ceux qui ont contribué à la guerre en Irak portent une responsabilité historique.

Marvin est un comptable de 27 ans. Sa vie et celle de sa famille ont été bouleversées la semaine dernière, lorsque des membres de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) sont arrivés chez lui à Mossoul, dans le nord de l'Irak.

Les militants de l'EIIL qui contrôlent aujourd'hui la ville ont donné à Marvin, à ses parents âgés et à son frère et à sa sœur quatre choix épineux : se convertir à l'islam, payer la jizya (taxe pour les non-musulmans), quitter la ville… ou être décapités. Les militants ont ensuite peint la lettre arabe « N » (pour nasrani ou chrétien) sur la maison.

Pour la famille de Marvin, comme pour beaucoup d'autres chrétiens de Mossoul, il n'y avait plus d'issue. Ils ont pris quelques affaires et ont quitté la ville aux premières heures le lendemain matin. « Lorsque nous avons quitté Mossoul, l'EIIL a pris notre argent et nos bijoux. Aujourd'hui, nous n'avons plus les moyens de quitter l'Irak et rien pour rentrer à Mossoul, parce que nos vies là-bas sont détruites », a déclaré Marvin à Amnesty International.

Ces dernières semaines, l'histoire de Marvin est devenue tragiquement banale parmi les chrétiens et les civils de Mossoul.

La famille d'Abu Yussef a elle aussi été contrainte de partir lorsqu'elle a découvert la lettre « N » peinte sur la maison. Abu, sa femme Hanaa et leur fils ont pris quelques affaires et ont fui vers Qaraqosh, une ville majoritairement chrétienne à 30 minutes à l'est de Mossoul, sous le contrôle des forces kurdes peshmerga qui bloquent la progression de l'EIIL vers l'est.

Hanna était médecin dans un centre de soins à Mossoul avant que l'EIIL ne prenne d'assaut la ville. Elle a raconté : « Nous avons tout laissé derrière nous pour sauver nos vies. Nos enfants ont tellement peur qu'ils se réveillent en pleurs dans la nuit. Nous voulons quitter l'Irak pour l'avenir de nos enfants. La vie est devenue impossible ici. Tout ce que nous avons construit est parti en fumée et nous ne pouvons plus vivre à Mossoul. L'EIIL nous a volés nos vies. »

Des menaces et des attaques

Pendant des semaines, les chrétiens ont eu peur que leur avenir à Mossoul ne soit menacé. Lorsque je me suis rendu dans la ville deux semaines après la prise de contrôle par l'EIIL le 10 juin, les menaces et les attaques contre la communauté chrétienne se multipliaient déjà. Beaucoup avaient fui, tout comme les membres d'autres communautés religieuses et ethniques.

De nombreux habitants de la ville m'ont parlé de leurs craintes, même si certains tentaient de garder l'espoir – parce que l'avenir était trop horrible à envisager. Beaucoup ont fait valoir que l'EIIL avait tiré parti des doléances de la population sunnite majoritaire contre le régime sectaire et répressif du gouvernement central, mais que le groupe ne pourrait pas garder le contrôle de la ville et imposer son régime brutal à une population de près de deux millions de personnes.

Ils pensaient que, si les tribus sunnites puissantes et les groupes qui jouissaient d'un certain pouvoir en tant que membres du Parti Baas de l'ancien dictateur Saddam Hussein n'avaient pas contrecarré – et avaient même soutenu – la prise de pouvoir par l'EIIL de Mossoul et d'autres régions, ils tiendraient l'EIIL à distance. À l'évidence, la vie à Mossoul devenait trop dangereuse pour les chrétiens et les communautés non-sunnites, ainsi que pour les musulmans sunnites opposés à l'EIIL.

Les militants de l'EIIL avaient descendu une statue de la Vierge Marie du haut de l'une des églises de Mossoul, indiquant clairement que le pire était à venir pour la communauté chrétienne. Lorsque des affrontements ont éclaté entre des militants basés à Mossoul et les forces kurdes peshmerga dans la banlieue est de la ville dans la soirée du 25 juin, toute la population de la ville chrétienne de Qaraqosh, toute proche, a fui, prise de panique.

Certains avaient déjà fui Mossoul pour se réfugier à Qaraqosh. C'était la deuxième fois en deux semaines qu'ils étaient poussés à partir.

À al Qosh, située à deux heures au nord de Mossoul, Lara, mère de quatre jeunes enfants, m'a raconté : « Nous avons quitté Mossoul sans rien, en pensant que c'était juste pour quelques jours. Maintenant nous fuyons de nouveau et je ne vois pas comment nous pourrions rentrer à la maison. Je n'ai pas d'autre maison, pas d'autre pays. Que va nous réserver l'avenir ? »

Une brutalité extrême

L'EIIL contrôle aujourd'hui une vaste région dans le nord-ouest de l'Irak, jusqu'à la frontière syrienne et au-delà. Et il reproduit en Irak le régime extrêmement brutal qu'il a imposé dans les régions syriennes sous son contrôle.

Sa capacité à terroriser la population civile s'est trouvée grandement renforcée par les armes prises dans les régions dont il s'est emparées – des armes fournies en 2003 au gouvernement central irakien par la force multinationale dirigée par les États-Unis, qui n'ont pas veillé à mettre en place des mécanismes permettant d'éviter qu'un scénario pas si improbable ne devienne réalité.

Il incombe à la communauté internationale – et notamment aux membres de la « coalition des volontaires » qui sont entrés en Irak sans mandat de l'ONU il y a un peu plus de 10 ans – de relever le défi. Ils doivent de toute urgence venir en aide aux centaines de milliers de civils irakiens qui ont été contraints de quitter leur foyer et dont les vies sont détruites.

Pour des gens comme Marvin, Abu Yussef, Hanaa, Lara et des milliers d'autres, il est tout simplement inenvisageable de survivre sans aide.

« À Gaza, on n'est en sécurité nulle part » – Un aperçu de la vie sous les bombes

lun, 28/07/2014 - 14:46

Entretien avec un militant de terrain défendant les droits humains à Gaza

Ce matin, alors que je me brossais les dents, j'ai entendu le bourdonnement familier d'un drone décrivant des cercles au-dessus de notre immeuble. J'ai fait abstraction de ce bruit. Des drones tournent au-dessus de chez nous en permanence ; on ne sait jamais s'ils sont là uniquement pour une opération de surveillance ou parce qu'un tir de missile est imminent. On se sent impuissant face à cette incertitude. Que peut-on faire ?

Cinq minutes plus tard, un missile tiré par ce qui devrait être, à en juger par le bruit, un avion de chasse F-16, s'est abattu tout près. Le fort retentissement a fait accourir les enfants jusqu'à moi. En quête de réconfort et de sécurité, ils ont envahi la salle de bains. Ils étaient si effrayés et pâles ; ils avaient les yeux rougis par le manque de sommeil. J'ai la réputation de savoir garder mon sang-froid, certains disent que j'ai des nerfs d'acier, alors, comme souvent, je leur ai simplement souri – ma brosse à dents encore dans la main. Le soulagement de me voir sourire les a fait glousser ; c'est une de ces réactions absurdes que l'on a dans les situations de stress extrême.

Dans l'ensemble, j'essaie de faire en sorte que les choses soient le plus normales possible pour eux ; nous ne parlons pas seulement de la guerre et des morts. Nous prenons des précautions de bon sens mais nous n'en faisons pas trop et nous essayons d'éviter de semer la panique. Nous ne crions pas « allez en bas, allez en bas ! » chaque fois qu'un drone bourdonne.

J'ai l'impression que l'on est plutôt en sécurité chez moi, parce que je connais les voisins qui vivent dans l'immeuble et tout autour, et que je sais qu'aucune de ces personnes ne pourrait être une cible. Et pourtant à Gaza on n'est véritablement en sécurité nulle part. La vie est dangereuse. C'est la guerre. Nous nous en remettons à dieu et nous nous occupons de nos enfants.

J'essaie de rester à l'écart des zones où les combats ont lieu ; de toutes façons l'armée israélienne en interdit l'accès. Aucun véhicule n'est à l'abri d'une attaque. L'autre jour, une attaque de drone a détruit ce qui était clairement une ambulance.

C'est lorsque je suis dehors, en train de prendre des photos et de poser des questions aux gens qui vivent dans les zones visées que je suis le plus en danger. Dans ces cas-là, on a l'impression que chaque maison où l'on se trouve pourrait être la prochaine à être visée. Mais j'ai la conviction que mon travail est important - quel que soit le risque, il est essentiel que la vérité soit rendue publique.

La semaine dernière, le cas de la famille Abu Jame, de l'est de Khan Yunis, m'a vraiment secoué. Vingt-cinq membres d'une même famille ont été tués lors d'une frappe aérienne israélienne effectuée pendant l'Iftar, le repas du soir marquant la rupture du jeûne du Ramadan. Je suis arrivé sur place le lendemain matin, quelques heures à peine après l'explosion. Ils ont extrait des corps des décombres toute la nuit. Il y avait tellement de petits. Alors que j'étais sur place, un autre missile est tombé non loin de là.

En ce moment, 28 personnes habitent chez moi. Mes frères résident normalement à Salatine, dans le nord de la bande de Gaza, où l'offensive terrestre israélienne est actuellement menée. Mes trois frères et leurs familles, qui comptent six ou sept enfants chacune, et mes enfants sont tous ensemble sous le même toit. Je les laisse tous vivre chez moi ; on ne peut pas refuser lorsque des vies sont en jeu.

Depuis le début de l'invasion terrestre israélienne, il est devenu impossible, dans la ville de Gaza, de se procurer de la nourriture en provenance des zones agricoles du nord. Depuis le sud, la route principale Salah al Din, qui traverse la bande de Gaza de part en part, est très exposée et fréquemment visée par des attaques de drones. En ce moment, seules des ambulances et quelques véhicules d'organisations humanitaires l'empruntent, mais le risque est très élevé.

Le seul marché encore opérationnel est celui du camp de réfugiés d'al Shati, qui ouvre le soir et devient plein à craquer. Les vendeurs risquent leur vie pour ramener des légumes frais. C'est une zone densément peuplée et si un F-16 la bombardait, le camp tout entier disparaîtrait dans un cratère. Les quelques magasins qui restent ouverts ont épuisé l'essentiel de leurs stocks.

Nous avons de l'électricité pendant quatre à six heures par jour, à différents moments. Quand il y a du courant, nous nous empressons de charger nos téléphones portables. Un générateur électrique d'occasion coûte 1 400 shekels [soit environ 300 euros], alors beaucoup n'ont pas les moyens d'en acheter un. Sans électricité, nous devons pomper de l'eau jusque dans les réservoirs se trouvant le toit – et il s'agit seulement de l'eau dont nous nous servons pour le lavage au robinet. Nous sommes obligés d'acheter de l'eau propre pour cuisiner et boire.

J'ai un bureau avec tout ce dont j'ai besoin pour travailler – des ordinateurs, des chargeurs, Internet, des appareils photo…mais pas d'électricité. Je viens à peine d'arriver à réparer mon vieux générateur au diésel et j'ai acheté du carburant exprès aujourd'hui. J'espère qu'il fonctionnera ce soir. J'en ai vraiment besoin afin de pouvoir envoyer au monde extérieur des témoignages et des photos que j'ai recueillis [...] Je me mets la pression pour faire sortir ces histoires de Gaza, alors c'est incroyablement énervant lorsqu'il y a une coupure.

Le droit d'asile inaccessible aux Palestiniens

dim, 27/07/2014 - 11:29

Plus de mille victimes palestiniennes depuis l'offensive israélienne à Gaza. Le gouvernement belge se dit « horrifié », « consterné ». Et s'il aidait plutôt les civils à bénéficier du statut de réfugié dans notre pays ? On reparle d'octroyer des visas humanitaires. Encore faut-il avoir accès à ce droit.

Ce dimanche à Bruxelles, on a manifesté contre les bombardements à Gaza. Ce n'est pas la première manifestation et ce ne sera sans doute pas la dernière. En 2009 aussi, on avait protesté partout dans le monde contre les attaques aériennes et les incursions de l'armée israélienne dans la bande de Gaza. C'était l'opération « Plomb durci » qui avait fait aussi plus d'un millier de victimes parmi lesquelles beaucoup de femmes et d'enfants. A l'époque, la Belgique avait accueilli plusieurs blessés, à la demande des Nations-Unies et de certaines ONG comme la Croix-Rouge.
Parmi eux, il y avait Bhar et un de ses fils. Ils sont arrivés chez nous grièvement blessés. Leur maison située dans le quartier Chajaijah à Gaza avait été bombardée et toute la famille touchée. Aujourd'hui encore, ce quartier, le plus densément peuplé, est clairement ciblé par l'armée israélienne.
A l'époque, Bhar et son fils ont été amenés à l'hôpital de Gaza mais vu la gravité de leur état, ils ont été amenés en Egypte où la Croix-Rouge a organisé leur transfert vers la Belgique. Bhar a été reconnu réfugié en 2010 et son fils a obtenu la protection subsidiaire.
Mais l'histoire se répète. Le reste de la famille vit toujours à Gaza. Ils (sur)vivent dans une tente de l'UNWRA, l'organisation des Nations-Unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens dans la Bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie. La famille de Bhar est considérée par l'UNWRA comme une famille réfugiée, descendante des Palestiniens qui ont tout perdu lors du conflit israélo-arabe de 1948. Leur quartier a été bombardé, la semaine dernière. Par chance, ils n'étaient pas chez eux à ce moment-là. Pour Bhar, il est évident que sa famille est en danger de mort. Il avait déjà essayé de faire venir sa femme et ses autres enfants en 2012 par la procédure du regroupement familial. Mais c'était trop tard. Il aurait dû faire cette démarche l'année même où il a obtenu le statut de réfugié pour que sa demande soit prise en considération. Aujourd'hui, il ne remplit pas les conditions : il est en incapacité de travail et suivi par un psychologue suite au traumatisme subi à Gaza. Il vit dans un trop petit logement. Etre pauvre et malade vous excluent d'office du droit au regroupement familial.
Il pourrait faire venir sa famille via un visa humanitaire puisqu'elle répond aux conditions pour obtenir ce visa. La demande doit être déposée au consulat belge à Jéruzalem. Mais comme la bande de Gaza subit un blocus de la part d'Israël depuis 2006, les Gazaouis ne peuvent s'y rendre. Ils ont alors imaginé un système de « courtiers » qui prennent les risques de franchir la frontière avec tous les documents et l'argent, tout en étant rémunérés bien sûr. De l'argent contre la promesse de papiers légaux. Mais aujourd'hui, avec l'offensive en cours, ce système ne fonctionne plus.
Alors que faire pour sauver la famille de Bhar ? Son avocate s'est adressée à l'Office des Etrangers et au ministère des Affaires Etrangères en demandant de pouvoir faire la demande de visa depuis la Belgique. Il est certain en effet que la femme et les enfants obtiendront au minimum la protection subsidiaire puisqu'ils viennent d'une région où règne une « violence généralisée ». Le Haut-Commissariat aux Réfugiés a déjà demandé aux Etats occidentaux de prévoir cette procédure « hors ambassade » dans des pays en proie à une guerre civile comme la Syrie par exemple. Il ne s'agit en effet pas seulement de proclamer qu'on est prêt à protéger des civils en octroyant le statut de réfugié. Encore faut-il donner accès à ce droit. Et dans le cas des Palestiniens de Gaza, il est inaccessible, au sens propre du terme.
La Belgique a annoncé mercredi dernier qu'elle allait accorder 6,25 millions d'euros à l'UNWRA pour aider l'agence à répondre aux besoins des civils palestiniens touchés par le conflit. Très bien. Mais ne serait-il pas tout aussi utile de faire preuve de souplesse dans les règles d'octroi des visas ? L'avocate de Bhar n'a jusqu'ici reçu aucune réponse à ses requêtes. Tant de la part des Affaires étrangères que de l'Office des Etrangers. On n'ose pas imaginer qu'en cette fin de mois de juillet, le droit d'asile soit en vacances.

Questions réponses : conflit Israël/Gaza

ven, 25/07/2014 - 15:01

Que pense Amnesty International de la résolution que le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adoptée le 23 juillet ? Que va-t-il se passer maintenant ?

Amnesty International accueille avec satisfaction la résolution S-21/1 portant création d'une commission d'enquête, et note que sa formulation permet à cette commission d'enquêter sur les violations du droit international commises par toutes les parties au conflit actuel. Par cette commission d'enquête une occasion importante est donnée de briser la spirale de l'impunité qui persiste pour les crimes de droit international en Israël et dans les territoires palestiniens occupés (TPO). Pour être efficace, la commission devra être indépendante et impartiale, enquêter de manière approfondie et examiner les violations commises par toutes les parties au conflit. Elle devra être dotée de ressources suffisantes et pouvoir accéder sans restrictions à toutes les zones concernées. Amnesty International prie instamment tous les États, y compris tous les États membres de l'Union Union européenne (UE), qui se sont abstenus lors du vote sur la résolution, de coopérer avec la commission selon ses requêtes.

Quelles sont les principales obligations qui incombent aux parties au conflit durant les hostilités, au titre du droit international humanitaire ?

Durant un conflit armé, toutes les parties, qu'il s'agisse de forces armées gouvernementales ou non, sont tenues de respecter le droit international humanitaire, qui réglemente leur conduite dans le but de protéger les civils. Les États ont eux aussi toujours l'obligation de respecter le droit international relatif aux droits humains lors d'un conflit.

Aux termes du droit international humanitaire, toutes les parties à un conflit armé doivent distinguer entre des cibles militaires et des personnes et structures civiles, et ne diriger leurs attaques que sur les premières. Des attaques visant délibérément des civils ou des biens de caractère civil (logements, centres médicaux, écoles, bâtiments publics) qui ne sont pas utilisés à des fins militaires sont prohibées et constituent des crimes de guerre. Sont également interdites les attaques menées sans discernement et les attaques disproportionnées (celles où le nombre probable de pertes civiles ou l'ampleur des dégâts causés à des biens civils sont plus importants que l'avantage militaire escompté).

Toutes les parties doivent prendre les précautions qui s'imposent lors des attaques pour réduire au minimum les dommages aux civils et aux biens de caractère civil. Cela implique qu'elles doivent prévenir effectivement les civils avant toute attaque, et annuler ou suspendre celle-ci s'il s'avère qu'elle serait disproportionnée ou que la cible est de nature civile. Elles doivent aussi faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les civils se trouvant sous leur contrôle contre les conséquences des attaques. Ainsi, les belligérants doivent éviter de mettre les civils en danger en stockant des munitions dans des secteurs à population civile ou en lançant des attaques à partir de ces secteurs.


Quelles sont les différentes formes de violations des droits humains commises par les forces israéliennes dans la bande de Gaza et identifiées par Amnesty International depuis qu'Israël a lancé l'opération Bordure protectrice, le 8 juillet 2014 ?

Les forces israéliennes ont mené des attaques qui ont tué des centaines de civils. Elles ont utilisé pour cela des armes de précision telles que des missiles tirés par des drones, ainsi que de l'artillerie et autres munitions moins précises sur des zones très densément peuplées comme Chajaya. Elles ont aussi visé directement des milliers de logements. Israël semble considérer que les logements de personnes liées au Hamas constituent des cibles militaires légitimes, un point de vue non conforme au droit international humanitaire.

Plusieurs centres médicaux et bâtiments publics non militaires, à travers toute la bande de Gaza, ont aussi été détruits ou endommagés. L'ONU a rapporté que l'une de ses écoles, qui accueillait des personnes déplacées dans le camp de réfugiés al Maghazi, au centre de la bande de Gaza, a été bombardée au moins deux fois. Une autre école dans laquelle des familles s'étaient réfugiées à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, a été touchée le 24 juillet. Au moins 15 civils ont été tués et beaucoup d'autres blessés, et l'ONU a demandé l'ouverture immédiate d'une enquête.

Alors que les autorités isréaliennes affirment prévenir les civils à Gaza, il apparaît d'après le mode d'action récurrent que ces alertes ne constituent pas un mode d'avertissement efficace aux termes du droit international humanitaire. Les attaques israéliennes ont aussi occasionné des déplacements massifs de civils palestiniens dans la bande de Gaza.

Quelle est la position d'Amnesty International à propos des tirs aveugles de roquettes et d'obus à partir de la bande de Gaza, par des groupes armés palestiniens ? Y a-t-il d'autres actions menées par des groupes armés palestiniens à Gaza depuis le 8 juillet 2014 qui violent le droit international humanitaire ?

D'après l'armée israélienne, l'aile militaire du Hamas et d'autres groupes armés palestiniens ont tiré plus de 1 700 roquettes sur le territoire israélien entre le 8 et le 18 juillet, et de nombreuses autres roquettes sont encore lancées tous les jours. Trois civils ont été tués en Israël. Des habitations et autres biens civils israéliens ont été endommagés. Le droit international humanitaire interdit l'utilisation d'armes qui, de par leur conception, frappent sans discrimination. Les roquettes tirées depuis Gaza sur Israël ne peuvent être dirigées directement sur leur objectif, et leur utilisation viole par conséquent le droit international humanitaire. Les tirs aveugles de roquettes et d'obus mettent également en danger les civils palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Les déclarations faites par certains dirigeants de groupes armés palestiniens laissent entendre qu'ils n'ont aucun scrupule à lancer des attaques contre des civils et que leur but, ce faisant, est en fait de blesser et de tuer des civils israéliens. Les attaques qui sont dirigées directement sur des civils, et les attaques menées sans discrimination qui blessent ou tuent des civils, constituent des crimes de guerre.

Lorsque l'armée israélienne a prévenu les habitants d'une zone spécifique, dans la bande de Gaza, qu'ils devaient l'évacuer, a-t-elle par là rempli ses obligations de protéger les civils aux termes du droit international humanitaire ?

Alerter les civils avant une attaque est l'une des mesures prévues pour réduire au minimum les dommages causés aux civils. Lorsque les forces israéliennes prévenaient les civils, il manquait souvent les éléments clés d'une alerte effective. Par exemple, les alertes n'étaient pas données au bon moment, les civils n'étaient pas informés des lieux où ils pouvaient se mettre en sécurité, les voies qu'ils devaient emprunter pour s'y rendre n'étaient pas sûres et ils ne disposaient pas d'assez de temps. On a signalé des frappes meurtrières qui ont eu lieu trop vite après une alerte pour que les civils puissent être épargnés. Quoi qu'il en soit, le fait de prévenir les gens ne dispense pas une force attaquante de ses obligations d'épargner les civils, notamment en prenant toutes les précautions nécessaires pour réduire au minimum le nombre de pertes civiles et les dommages aux structures civiles. Le maintien du blocus militaire israélien sur la bande de Gaza, et la fermeture du point de passage de Rafah par les autorités égyptiennes depuis le début des hostilités, signifient que les civils de Gaza ne peuvent pas se réfugier dans les pays voisins.

Les autorités israéliennes soutiennent que le Hamas et des groupes armés palestiniens utilisent les civils palestiniens de Gaza comme « boucliers humains ». Amnesty International a-t-elle des éléments permettant de prouver que cela a été le cas pendant le conflit actuel ?

Amnesty International vérifie ces informations et effectue des recherches, mais au stade actuel elle ne peut pas affirmer que, au cours des hostilités actuelles, le Hamas ou les groupes armés palestiniens auraient utilisé des civils palestiniens pour protéger des lieux spécifiques ou du personnel ou des équipements militaires contre les attaques israéliennes. Lors de conflits précédents, Amnesty International avait recueilli des informations selon lesquelles des groupes armés palestiniens, en violation du droit international humanitaire, stockaient des munitions dans des quartiers résidentiels de la bande de Gaza, d'où ils tiraient aussi des roquettes sans discernement. D'après certaines informations, dans le cas présent le Hamas aurait incité les gens à ne pas tenir compte des alertes israéliennes les enjoignant d'évacuer. Ces appels du Hamas pourraient toutefois être motivés par la volonté d'atténuer la panique et de réduire les déplacements mais, de toute façon, cela n'est pas la même chose que de dire à des civils de rester chez eux afin qu'ils servent de « boucliers humains » pour les combattants, les munitions ou les équipements militaires. D'après le droit international humanitaire, même s'il est question de l'utilisation de « boucliers humains », il n'en demeure pas moins qu'Israël a l'obligation de protéger ces civils.

Selon certaines informations, les forces israéliennes ont utilisé des fléchettes au cours de cette opération militaire dans la bande de Gaza. Quelle est la position d'Amnesty International sur le recours aux fléchettes ? L'armée israélienne y a-t-elle déjà eu recours à Gaza par le passé ?

Les fléchettes sont des projectiles en acier de 3,5 cm de long, dotés d'une pointe acérée à l'avant et de quatre ailettes à l'arrière. Les obus à fléchettes, généralement lancés à partir de chars, en contiennent entre 5 000 et 8 000. Les obus explosent en l'air et les fléchettes sont projetées en cône sur une surface d'environ 300 mètres sur 100. Destinées à être utilisées lors d'attaques suivies d'infanterie ou contre des forces agissant en terrain ouvert, les fléchettes sont bien évidemment très dangereuses pour les civils lorsqu'elles sont tirées sur des zones résidentielles densément peuplées.

Des groupes locaux de défense des droits humains ont signalé des cas où des civils de Gaza ont été blessés ou tués par des obus à fléchettes. Amnesty International n'a pas encore pu se pencher sur des cas de recours à des fléchettes lors des hostilités actuelles. Par le passé, toutefois, elle a recueilli des informations montrant qu'Israël avait utilisé ces armes, notamment durant l'opération Plomb durci. Des civils, dont des enfants, avaient été tués.

Le droit international humanitaire n'interdit pas spécifiquement les fléchettes, mais celles-ci ne doivent jamais être utilisées dans des zones densément peuplées.


Au stade actuel, que demande Amnesty International à la communauté internationale ?

Tous les États, et en particulier les principaux fournisseurs d'armes dont les États-Unis et Israël, doivent suspendre tous les transferts d'armes, de munitions et de tout équipement et technologie militaires à toutes les parties, tant qu'il y a un risque substantiel qu'ils soient utilisés pour commettre de graves violations du droit international humanitaire ou des droits humains. La suspension doit couvrir également toutes les exportations indirectes passant par des pays tiers, les transferts de composantes et technologies militaires ainsi que tout courtage et toute activité logistique susceptibles de faciliter ces transferts.

Les États devraient utiliser le rapport établi en 2009 par la mission d'établissement des faits de l'ONU sur le conflit de Gaza, ainsi que le prochain rapport de la commission d'enquête qui vient d'être mandatée par le Conseil des droits de l'homme, comme point de départ pour l'exercice de la compétence universelle, pour enquêter sur les crimes de droit international commis, et pour en poursuivre les auteurs devant leurs juridictions nationales.

Avant-première du documentaire Caricaturiste, fantassins de la démocratie au Bozar

ven, 25/07/2014 - 10:21

Le 18 septembre à 20h, assistez à l'avant-première du documentaire Caricaturiste, fantassins de la démocratie au Bozar (salle Henry Le Bœuf), en présence des réalisateurs Radu Mihaileanu et Stéphanie Valloatto et du dessinateur Plantu.

12 fous formidables, drôles et tragiques, des quatre coins du monde, 12 caricaturistes, défendent la démocratie en s'amusant, avec, comme seule arme, un crayon, au risque de leurs vies. Ils sont : français, tunisienne, russe, mexicain, américain, burkinabé, chinois, algérien, ivoirien, vénézuélienne, israélien et palestinien.
À l'origine du projet de documentaire, il y a l'amitié entre Radu MIHAILEANU, réalisateur de films, et PLANTU, caricaturiste pour le Journal Le Monde depuis 40 ans. Une admiration réciproque et des valeurs communes débouchent sur l'envie de créer un film ensemble. L'idée : parler du combat des caricaturistes pour la démocratie, du risque permanent qu'ils encourent et du fait que les réactions et débats qu'ils suscitent donnent un subtil aperçu de l'état de la liberté d'expression et de la démocratie. En dessinant sur des thèmes aussi forts que la religion, l'économie, la finance, la politique, la guerre... Les caricaturistes testent en permanence le degré « démocratique » de leur pays et s'exposent en première ligne : ils sont les fantassins de la démocratie.

Tarif : 8 à 10 €. Réservation obligatoire : http://www.bozar.be/activity.php?id...

Un grand concours de caricatures est organisé, avec de nombreux prix à gagner. Plus d'infos : www.caricaturistes-leconcours.be
En partenariat avec Amnesty International.

Swaziland. La lourde condamnation d'un journaliste et d'un avocat musèle la liberté de parole

ven, 25/07/2014 - 10:05

La condamnation d'un rédacteur en chef et d'un avocat spécialiste des droits humains à deux ans de prison pour outrage à magistrat à l'issue d'un procès manifestement inique traduit la volonté scandaleuse des autorités au Swaziland de faire taire les voix discordantes, a déclaré Amnesty International.

« Avec cette sentence, le Swaziland fait savoir que le fait de remettre en causel'indépendance de la justice n'est pas acceptable. Il s'agit d'une attaque déplorable contre la liberté d'expression dans le pays », a déclaré Deprose Muchena, responsable régional pour l'Afrique australe.

Bhekithemba Makhubu, rédacteur en chef du mensuel d'information The Nation, et Thulani Maseko, avocat spécialiste des droits humains, ont été condamnés vendredi 25 juillet à deux ans de prison, sans avoir la possibilité de s'acquitter d'une amende en substitution.

Ces peines remontent au mois de mars 2014, lorsque les deux hommes ont été arrêtés et placés en détention sur ordre du président de la Cour suprême, Michael Ramodibedi. Le magazine The Nation et ses éditeurs ont été condamnés à une amende de 100 000 Emalangeni (environ 7 000 euros).

Les charges d'outrage à magistrat retenues contre Bhekithemba Makhubu et Thulani Maseko découlent de la publication, dans le numéro de février du magazine The Nation, de deux articles dans lesquels ils exprimaient des préoccupations quant à l'indépendance et à l'intégrité de la justice au Swaziland.

Les deux hommes, qu'Amnesty International considère comme des prisonniers d'opinion, ont été arrêtés en mars sur la base de mandats insuffisants, n'ont pas été autorisés à consulter un avocat et ont été placés en détention provisoire à l'issue d'une procédure sommaire qui s'est déroulée à huis clos.

Lors de leur procès, il ne fait aucun doute qu'il y avait conflit d'intérêt, le juge présidant le tribunal ayant été nommé dans l'un des articles. En outre, avant que le jugement ne soit rendu devant le tribunal, le ministre de la Justice aurait eu une entrevue avec le juge dans son cabinet.

« Il est consternant qu'un conflit d'intérêt aussi flagrant ait été passé sous silence et que le procès se soit poursuivi. Ce procès, motivé par des considérations politiques, a enfreint la procédure judiciaire nationale et les normes internationales relatives aux droits humains », a déclaré Deprose Muchena.

« Nous considérons Bhekithemba Makhubu et Thulani Maseko comme des prisonniers d'opinion, arrêtés et détenus uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression. Les autorités du Swaziland doivent les libérer immédiatement et sans condition. »

L'Irlande doit modifier ses lois sur l'avortement après les vives critiques émises par les Nations unies

ven, 25/07/2014 - 09:43

Les autorités irlandaises doivent prendre d'urgence des mesures pour rendre les lois sur l'avortement du pays, actuellement déficientes, conformes aux obligations qui sont les leurs au regard du droit international relatif aux droits humains, a déclaré Amnesty International après que le Comité des droits de l'homme des Nations unies eut critiqué en termes virulents la position de l'Irlande sur l'avortement.

Le Comité des Nations unies, qui surveille l'application par les États du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, a déclaré jeudi 24 juillet que les lois irlandaises sur l'avortement bafouaient les droits humains et enfreignaient gravement les obligations internationales du pays.

Il s'est dit préoccupé par la criminalisation de l'interruption de grossesse dans la plupart des circonstances, infraction passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 14 ans d'emprisonnement. Les femmes et les jeunes filles qui, par exemple, ont été victimes d'un viol, dont le fœtus n'est pas viable, ou dont la santé est menacée, sont contraintes de mener leur grossesse à terme ou de se rendre à l'étranger pour avorter.

« Les observations faites aujourd'hui par le Comité des droits de l'homme des Nations unies font clairement comprendre à l'Irlande que ses lois relatives à l'avortement sont en porte-à-faux avec le droit international relatif aux droits humains. La criminalisation de l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive et à l'information dans ce domaine est illégale et constitue un acte de discrimination à l'égard des femmes et des filles », a déclaré John Dalhuisen, directeur du Programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

« L'Irlande ne doit plus ériger l'avortement en infraction sans en subir les conséquences, ni tabler sur le fait que certaines femmes et jeunes filles peuvent se rendre à l'étranger pour se prévaloir de leur droit à l'avortement. En adoptant cette position, le pays se dérobe à son obligation de donner aux femmes et aux jeunes filles le droit d'avorter légalement et en toute sécurité, conformément au droit international relatif aux droits humains », a déclaré Colm O'Gorman, directeur exécutif de la section irlandaise d'Amnesty International.

L'instance des Nations unies a critiqué la Loi de 2013 sur la protection de la vie pendant la grossesse qui a été promulguée récemment, en raison des ses effets discriminatoires sur les femmes et les jeunes filles qui ne peuvent pas se rendre à l'étranger pour avorter, et de la surveillance excessive qu'exerceront les professionnels de la santé sur les femmes et jeunes filles enceintes et celles qui ont exprimé des pensées suicidaires. Ce texte restreint très sévèrement l'accès à l'avortement, et le Comité a condamné le flou juridique et procédural autour de la différence entre un risque pour la vie et un risque pour la santé de la femme ou de la jeune fille.

« Ce texte laisse les femmes et les jeunes filles dans une situation particulièrement vulnérable lorsque ces questions de vie et de mort se posent », a déclaré Colm O'Gorman.

Les recommandations du Comité traduisaient aussi sa crainte que certains professionnels de la santé en Irlande ne fassent l'objet de poursuites judiciaires simplement pour avoir évoqué la possibilité d'avortement à l'étranger avec une femme ou une jeune file enceinte.

Le Comité des droits de l'homme a engagé l'Irlande à :

• réviser ses lois sur l'avortement, y compris sa Constitution, pour prévoir d'autres exceptions en cas de viol, d'inceste, de malformation fœtale létale, ou quand la santé de la mère est gravement menacée ;
• adopter dans les meilleurs délais un document d'orientation national pour préciser ce qui constitue un « risque réel et substantiel » pour la survie de la femme enceinte ;
• envisager de diffuser davantage d'informations sur les options envisageables en cas de grossesse non désirée via différents moyens de communication, et veiller à ce que les professionnels de la santé qui communiquent des informations sur des services sûrs d'avortement à l'étranger n'encourent pas de sanctions pénales.

« Amnesty International demande à l'Irlande de s'engager à mettre en œuvre les recommandations du Comité et à dépénaliser entièrement l'avortement », a déclaré Colm O'Gorman.

Dans une communication distincte, le Comité a également critiqué l'enquête menée par l'Irlande sur les violences qu'auraient subies des femmes et des enfants au sein d'institutions il y a de cela plusieurs dizaines d'années. Il a recommandé aux autorités irlandaises d'enquêter dans les plus brefs délais, de façon indépendante et approfondie, sur toutes les allégations d'atteintes aux droits humains commises dans les Laveries des sœurs de Marie-Madeleine, des institutions pour mineurs et les « foyers mères-bébés », et de veiller à ce que toutes les victimes obtiennent un recours effectif.

Amnesty International avait déjà engagé le gouvernement irlandais à faire en sorte que la commission d'enquête indépendante sur les « foyers mères-bébés » aboutisse à une enquête efficace et exhaustive qui soit pleinement conforme aux obligations de l'Irlande en matière de droits humains.

Enfin, le Comité a exhorté l'Irlande à veiller à ce que l'institution nationale de défense des droits humains qui vient d'être créée, la Commission des droits humains et de l'égalité, se voie allouer un budget stable et dispose de suffisamment d'autonomie pour mener à bien ses activités de façon efficace et indépendante.

« La réputation et la position de l'Irlande sur la scène internationale seront mises à mal si le gouvernement irlandais ne prend pas les mesures qui s'imposent pour respecter le droit international. Les victimes de maltraitance dans les « foyers mères-bébés », les Laveries des sœurs de Marie-Madeleine et d'autres institutions méritent justice et réparation. Il est essentiel d'affronter, de reconnaître et de traiter ce passé d'atteintes aux droits humains », a déclaré Colm O'Gorman.

Deux arrêts historiques révèlent le rôle de la Pologne dans les détentions secrètes et les actes de torture de la CIA

jeu, 24/07/2014 - 09:56

La Pologne est le premier pays de l'Union européenne (UE) à être déclaré complice des États-Unis concernant la restitution, la détention secrète et la torture de personnes soupçonnées d'actes terroristes, a déclaré Amnesty International jeudi 24 juillet, accueillant avec satisfaction deux arrêts historiques rendus ce jour en faveur des droits humains.

La Cour européenne des droits de l'homme a estimé que le gouvernement polonais avait collaboré avec l'Agence centrale du renseignement (CIA) des États-Unis pour établir, à Stare Kiejkuty, une prison secrète qui est restée en service de 2002 à 2005. Là, à 180 km au nord de Varsovie, des personnes étaient maintenues en détention secrète et torturées.

« Les arrêts rendus aujourd'hui font enfin connaître la vérité sur une période sombre de l'histoire récente de la Pologne, et marquent une étape importante dans la lutte contre l'impunité. La Pologne a accepté en toute connaissance de cause de faire partie du réseau illégal de sites noirs utilisés par les États-Unis pour détenir et torturer des personnes arrêtées lors d'opérations anti-terroristes », a déclaré Julia Hall, spécialiste de la question de la lutte contre le terrorisme et des droits humains au sein d'Amnesty International.

La Cour a estimé que la Pologne avait violé la Convention des droits de l'homme concernant, entre autres, l'absence d'enquête sur les affirmations des deux hommes, les actes de torture et autres mauvais traitements qu'ils ont subis, leur détention secrète et leur transfert vers d'autres lieux où ils risquaient de subir d'autres violations des droits humains, y compris la torture et d'autres mauvais traitements. La cour a également réaffirmé le droit des victimes et du public à connaître la vérité.

Les deux plaignants avaient saisi la Cour européenne de leurs cas en 2011 et 2013, respectivement. Tous deux sont actuellement détenus au centre de détention de la base navale américaine de Guantánamo Bay, à Cuba.

Le premier est Abd al Rahim al Nashiri, un ressortissant saoudien soupçonné d'avoir fomenté l'attentat à la bombe ayant visé l'USS Cole au large du Yémen en 2000. Il a affirmé avoir été interrogé dans un centre secret en Pologne et soumis à des « techniques d'interrogatoire poussé » et d'autres violations des droits humains, notamment un « simulacre d'exécution » avec un pistolet et des menaces d'agression sexuelle visant les membres de sa famille.

Le second, Zayn al Abidin Muhammad Husayn (aussi connu sous le nom d'Abu Zubaydah), un Palestinien apatride né en Arabie saoudite, aurait également été détenu en Pologne, où il affirme avoir subi une souffrance physique et psychologique extrême. L'ancien président américain George W. Bush avait affirmé dans ses mémoires, en 2010, qu'il avait autorisé le recours à des « techniques d'interrogatoire poussé », y compris au waterboarding (simulacre de noyade), contre Abu Zubaydah lorsque celui-ci était détenu secrètement par la CIA.

Abd al Rahim al Nashiri risque d'être jugé par une commission militaire à Guantánamo et encourt la peine de mort. Plus de 12 ans après l'avoir placé en détention, les autorités américaines n'ont toujours pas inculpé Abu Zubaydah.

À ce jour, les États-Unis n'ont jamais été amenés à rendre des comptes pour la torture et les disparitions forcées qui sont allées de pair avec les programmes de restitution et de détention secrète de la CIA.

Des résolutions prises en 2012 et 2013 par le Parlement européen désignaient nommément la Pologne comme complice des programmes de la CIA, Abd al Rahim al Nashiri et Abu Zubaydah comme victimes de torture et de disparition forcée, et appelaient la Pologne à rendre justice à ces deux hommes.

« La Pologne s'est rendue complice de la CIA et a aidé les États-Unis à torturer ces deux hommes et à les soumettre à une disparition forcée. Les autorités polonaises doivent maintenant mener avec efficacité l'enquête qu'elles ont retardée et à laquelle elles ont fait obstruction pendant des années », a noté Julia Hall.

À la suite des décisions rendues par la Cour européenne, Amnesty International appelle le gouvernement polonais à mener une enquête efficace et à veiller à ce que les responsables de crimes relevant du droit international, comme la torture ou la disparition forcée, soient traduits en justice. D'autres États membres de l'UE soupçonnés d'avoir joué un rôle dans les programmes de restitution et de détention secrète de la CIA doivent faire plus d'efforts pour révéler la vérité.

« Il n'y a pas que la Pologne. De nombreux autres gouvernements européens ont coopéré avec les États-Unis dans le cadre des opérations de “restitutions”, qui se sont traduites par des enlèvements, des transferts, des “disparitions” et des actes de torture. Si les arrêts rendus aujourd'hui représentent un important pas en avant, il y a encore beaucoup à faire pour veiller au respect de l'obligation de rendre des comptes en Europe »
, a affirmé Julia Hall.

Amnesty International réclame des enquêtes sur des allégations similaires dans différents pays d'Europe, notamment en Italie, en Lituanie, en Roumanie, au Royaume-Uni et en Suède, et appelle ces pays à rendre des comptes.

Meriam, la jeune chrétienne soudanaise, est saine et sauve en Italie

jeu, 24/07/2014 - 09:47

Le cas de Meriam Yehya Ibrahim a incité plus d'un million de sympathisants d'Amnesty International à agir pour demander sa libération immédiate et sans condition. Condamnée à mort et à la flagellation pour avoir refusé de renier sa religion, Meriam avait été libérée de prison le 23 juin mais avait été interdite de quitter le territoire soudanais.

Après un mois passé à l'ambassade des Etats-Unis à Karthoum, Meriam a enfin pu quitter le territoire soudanais ce jeudi 24 juillet. Elle est arrivée dans la matinée en Italie avec sa famille où elle est désormais en sécurité.

Les autorités soudanaises avaient refusé de lui laisser quitter le pays, suite à sa libération le 25 juin dernier. Elle avait alors été arrêtée à l'aéroport par les services soudanais de la sûreté et du renseignement et accusée de faux et usage de faux concernant ses documents de voyage.

Considérée comme prisonnière d'opinion, Meriam avait été condamnée à mort en mai dernier en raison de ses croyances religieuses alors qu'elle était enceinte de huit mois. Il lui a été réservé un traitement épouvantable en prison, notamment le fait de l'enchaîner, qui a porté atteinte aux dispositions du droit international relatif aux droits humains contre les mauvais traitements.

Plus d'un million de sympathisants d'Amnesty International ont agit ces dernières semaines pour demander sa libération immédiate et sans condition. Nous tenons à saluer tous ceux qui ont contribué à cet énorme témoignage de soutien.

États-Unis. Encore une exécution « manquée ». L'abolition reste la seule solution

jeu, 24/07/2014 - 09:32

L'exécution prolongée d'un prisonnier en Arizona mercredi 23 juillet doit inciter, une nouvelle fois, les autorités américaines à abolir la peine de mort, a déclaré Amnesty International.

« Combien de fois faudra-t-il rappeler aux agents de l'État que l'« 'exécution sans cruauté » est un mythe avant qu'ils ne renoncent définitivement à leurs diverses expérimentations en matière d'exécution judiciaire ? », a demandé Rob Freer, chercheur d'Amnesty International sur les États-Unis.

Cette année, au moins trois exécutions ne se sont pas déroulées comme prévu aux États-Unis.

Amnesty International ne pense pas qu'il y ait quelque chose d'humain dans une exécution, ou que la cruauté de la peine de mort se limite à ce qui se passe dans la chambre d'exécution.

Pour un État, garder quelqu'un sous menace de mort pendant des années, voire des décennies, peut difficilement être assimilé à une approche progressiste, qu'il s'agisse de justice pénale ou de droits humains.

« Peu importe la manière dont l'État choisit de tuer le prisonnier, peu importe si l'exécution ne se déroule pas comme prévu. La peine de mort est un châtiment incompatible avec les principes fondamentaux des droits humains », a déclaré Rob Freer.

Le système d'application de la peine capitale aux États-Unis est arbitraire, entaché de discrimination et marqué par des erreurs. Ces dernières années, les États pratiquant la peine de mort aux États-Unis ont eu des difficultés à obtenir des produits pour les injections létales et ont donc eu recours à des sources douteuses, parfois secrètes, pour poursuivre les exécutions judiciaires selon cette méthode.

L'exécution de Joseph Wood, condamné à mort en 1989 pour le meurtre de son ancienne petite amie et du père de celle-ci, a commencé à 13 h 52 mercredi 23 juillet.

Le processus a pris si longtemps que les avocats du prisonnier ont eu le temps de déposer un recours d'urgence devant un tribunal fédéral afin de le sauver. Le juge n'avait toujours pas répondu au moment du décès officiel de Joseph Wood, à 15 h 49. Le juge a depuis ordonné à l'État de préserver tous les éléments de preuve physiques relatifs à Joseph Wood.

Janice Brewer, gouverneure de l'Arizona, a publié une déclaration soulignant que l'exécution était « légale » et impliquant que Joseph Wood « n'avait pas souffert », mais elle a ordonné une enquête visant à établir pourquoi l'exécution avait duré si longtemps.

À ce jour, 140 pays ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique. Les États-Unis s'approchent de leur 1 400e exécution depuis la reprise des exécutions judiciaires en vertu des lois révisées en 1977. Depuis 2007, aux États-Unis, cinq États ont modifié leur législation et aboli la peine capitale.

Mexique. Il faut abandonner les charges injustes retenues contre un prisonnier d'opinion torturé

mer, 23/07/2014 - 09:50

Un migrant en situation irrégulière ayant été arrêté et torturé par la police et l'armée mexicaines fait actuellement l'objet de poursuites injustes en raison de son appartenance ethnique, et doit être libéré immédiatement et sans condition, a déclaré Amnesty International mercredi 23 juillet en l'adoptant comme prisonnier d'opinion.

En 2009, Ángel Amílcar Colón Quevedo, membre de la communauté garífuna - d'origine africaine -, a été appréhendé par la police à Tijuana, au Mexique, alors qu'il essayait de se rendre aux États-Unis après avoir quitté son pays, le Honduras. Accusé d'appartenir à une bande criminelle, il est incarcéré depuis lors.

« Le maintien en détention d'Ángel Colón et son procès en cours sont uniquement motivés par ses origines ethniques, et relèvent d'une parodie de justice. Cet homme a été torturé et gravement maltraité. Il doit être libéré immédiatement et sans condition », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d'Amnesty International.

« Les traitements abjects et inhumains infligés à Ángel Colón par la police et l'armée mexicaines sont désormais aggravés par le fait que le parquet fédéral le poursuit en utilisant contre lui de fausses informations arrachées sous la torture. »

Ángel Colón était arrivé de manière illégale à Tijuana, dans l'État de Basse-Californie, alors qu'il essayait de se rendre aux États-Unis. Il espérait gagner de l'argent afin de payer à son fils de huit ans resté au Honduras un traitement contre le cancer. Six mois après l'arrestation d'Ángel Colón, son fils est mort.

Une fois à Tijuana, il a rencontré un passeur local (coyote) qui lui a promis de l'aider à franchir la frontière avec les États-Unis. Il a dû attendre dans une maison pendant plusieurs jours avec l'ordre de ne pas faire de bruit et de ne pas regarder dehors. Le 9 mars, des policiers armés ont pris la maison d'assaut. Effrayé, Ángel Colón a fui, mais la police préventive de l'État l'a arrêté non loin de là.

Ángel Colón a été frappé à la cage thoracique, forcé à avancer sur les genoux et roué de coups de poing dans le ventre par des policiers. On lui a ensuite bandé les yeux, avant de le conduire dans une base militaire où il pouvait entendre les hurlements d'autres détenus. Il a été frappé à de nombreuses reprises et on l'a menacé du même traitement que les autres. Ses tortionnaires lui ont mis un sac en plastique sur la tête, l'empêchant de respirer. Ils l'ont déshabillé et forcé à lécher les chaussures d'autres détenus et à se livrer à des actes humiliants. Il a été traité de « putain de nègre » à de multiples reprises.

Au bout de 16 heures d'actes de torture et d'autres formes de mauvais traitements, il a été contraint à faire des « aveux » au procureur fédéral. Bien qu'il ait par la suite décrit ce qu'il avait subi à un juge, et expliqué que sa déclaration précédente était fausse et lui avait été arrachée sous la torture, celle-ci n'a pas été retirée des éléments à charge.

Ses allégations ont plus tard été confirmées par des experts légistes indépendants, mais aucune enquête officielle n'a été ouverte sur les traitements qui lui ont été infligés, ce qui est contraire aux obligations du Mexique en vertu du droit international relatif aux droits humains. Les charges retenues contre Ángel Colón - sa prétendue appartenance à une bande criminelle - s'appuient sur des informations obtenues sous la torture.

« La police et l'armée mexicaines utilisent régulièrement la torture pour extorquer des « aveux », et Ángel Colón a particulièrement souffert en raison de ses origines ethniques et nationales. Le fait que le recours généralisé à la torture continue à être toléré par les autorités et que quasiment personne n'est amené à rendre des comptes est une réalité choquante au Mexique. On ne peut qualifier cela de justice », a déclaré Erika Guevara.

Amnesty International a découvert que des personnes appartenant à des groupes sociaux marginalisés sont souvent visées par des poursuites sans fondement en raison de la discrimination structurelle prévalant au sein du système mexicain de justice. Certaines languissent en prison au seul motif de leur identité raciale ou culturelle.

« Ángel Colón est le dernier prisonnier d'opinion en date que nous ayons adopté, et nous le soutiendrons et nous mobiliserons en sa faveur. Nous demandons au parquet fédéral d'abandonner ces poursuites et de le libérer immédiatement et sans condition. »

En Sierra Leone, des communautés renoncent aux mutilations génitales féminines

mar, 22/07/2014 - 15:04

Les femmes, l'une après l'autre, ont raconté ce qu'elles ont vécu lorsqu'on leur a enlevé les organes génitaux dans le cadre de rites initiatiques et la douleur insupportable qu'elles ont dû endurer.

La plupart ont confié qu'elles regrettaient d'avoir eu à endurer cette pratique et étaient catégoriques sur le fait qu'elles espéraient que leurs filles n'auraient pas à subir la même chose.

À quelques mètres de là, les chefs discutaient de la manière dont la communauté pouvait résoudre ce problème.

Et ce qui semblait tout simplement impossible se produisit…

Au bout de plusieurs jours de discussions et de négociations, dans le cadre d'une série d'ateliers organisés par Amnesty International et des associations locales en août 2011, la communauté a signé un protocole d'accord interdisant les mutilations génitales féminines pour les jeunes filles de moins de 18 ans. Le protocole prévoit également que toute femme âgée de plus de 18 ans doit donner son consentement avant que l'intervention n'ait lieu.

Environ 600 jeunes filles ont été sauvées des mutilations dans la chefferie de Masungbala dans le mois qui a suivi la signature de ce protocole d'accord.

L'expérience vécue lors des ateliers a été si positive que, selon des militants locaux, des centaines de communautés à travers le pays ont suivi cet exemple et interdit cette pratique nuisible.

« Bien que la Loi relative aux droits de l'enfant de 2007 protège les enfants contre les pratiques dangereuses, aucune loi n'interdit spécifiquement les mutilations génitales féminines en Sierra Leone. Ces communautés montrent un bel exemple de ce qu'il est possible de faire », a déclaré Aminatou Sar, directrice du programme Éducation aux droits humains en Afrique à Amnesty International.

Rompre le silence

« La Sierra Leone pourrait devenir une zone sans mutilations génitales féminines », a déclaré Arun Turay, coordinateur d'AMNET (Advocacy Movement Network) qui, en collaboration avec Amnesty International, a proposé des ateliers pour sensibiliser les communautés ciblées afin de les amener à agir pour lutter contre les mutilations génitales.

Ce projet s'inscrit dans le cadre du programme Éducation aux droits humains en Afrique, mis en œuvre par Amnesty International dans sept communautés du district de Kambia, en Sierra Leone. Il traite de diverses questions relatives aux droits humains qui touchent les communautés locales, notamment des mutilations génitales féminines.

« Il est très difficile pour les gens de parler de ces questions, mais comme il existe une forte tradition du dialogue au sein de ces communautés, nous les avons réunis pour débattre des dangers des mutilations génitales féminines », a déclaré Arun Turay.

« Il est apparu qu'ils voulaient aborder la question mais ne savaient pas comment. Aujourd'hui, ce dialogue a complètement changé la vie de nombreuses femmes et jeunes filles. »

Arun Turay est régulièrement en contact avec ces communautés.

« Il y a quelques mois, les chefs m'ont dit que le changement était désormais pleinement accepté et que l'attention s'était portée sur l'éducation des filles », a déclaré Arun Turay.

Selon Arun Turay, si les accords fonctionnent, c'est parce qu'ils découlent d'un dialogue initié par les ateliers et engagent la plupart des membres de la communauté.

140 millions de femmes, de jeunes filles et de fillettes

D'après les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 140 millions de femmes et de jeunes filles sont victimes de mutilations génitales dans le monde.

L'intervention peut être pratiquée à tout âge, juste après la naissance ou lorsqu'une femme est devenue adulte.

Les femmes et les jeunes filles à qui l'on retire les organes génitaux externes souffrent fréquemment de douleurs violentes, de saignements, d'un choc, de rétention d'urine et d'infections ; parfois, elles meurent.

Beaucoup souffrent également de douleurs chroniques, de complications lors de l'accouchement – le risque de mortalité maternelle est plus élevé –, d'une baisse du plaisir sexuel et d'un syndrome de stress post-traumatique.

Les dirigeants et les membres des communautés qui soutiennent ou pratiquent les mutilations génitales féminines affirment qu'il faut protéger l'« honneur » des femmes. Cette vision témoigne des stéréotypes très répandus sur la sexualité des femmes et sur la nécessité de la contrôler. En outre, dans certaines sociétés, des croyances perdurent qui considèrent les femmes non mutilées comme impures ; elles n'ont pas le droit de toucher l'eau ni la nourriture.

L'expérience menée en Sierra Leone a rendu Arun Turay positif quant à l'avenir :

« La démarche menée au sein des communautés avec lesquelles nous avons travaillé en Sierra Leone pourrait être reproduite dans d'autres pays d'Afrique ou même à travers le monde. Le dialogue communautaire, outil puissant d'éducation aux droits humains, peut être source de changement. »

Gambie. Des militants commémorent 20 ans d'une répression de fer

mar, 22/07/2014 - 11:34

Le gouvernement gambien doit abolir les lois et pratiques draconiennes à l'origine de deux décennies de violations généralisées des droits humains, a déclaré Amnesty International en se joignant à d'autres groupes de défense des droits fondamentaux pour une journée mondiale d'action marquant les 20 années écoulées depuis que le président Jammeh s'est arrogé le pouvoir.

Des militants du monde entier prendront part à des actions de protestation et à des manifestations publiques mardi 22 juillet afin de sensibiliser l'opinion à la terrible situation des droits humains en Gambie, où de nombreuses personnes vivent dans la crainte de connaître une arrestation arbitraire, la torture et une disparition forcée. En Gambie, cet anniversaire est traditionnellement célébré sous le nom de « Journée de la liberté ».

« Cela fait exactement 20 ans que la peur règne en Gambie, pays où la liste des victimes de violations des droits humains n'en finit pas de s'allonger », a déclaré Stephen Cockburn, directeur régional adjoint pour l'Afrique de l'Ouest et centrale à Amnesty International.

« Les autorités gambiennes doivent enquêter sur les plaintes déposées par les victimes d'atteintes aux droits humains et traduire en justice les auteurs présumés de ces actes. Elles doivent en outre abroger les lois rendant cette répression possible. »

Les journalistes, les défenseurs des droits humains, les militants politiques et d'autres Gambiens sont fréquemment pris pour cible pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression.

Une série de lois adoptées depuis l'arrivée au pouvoir du président Jammeh en 1994 permet que ces violations soient perpétrées dans une impunité quasi-totale et dissuade les victimes de chercher à obtenir réparation.

En 2001, par exemple, la Loi portant modification de la loi relative à l'immunité a accordé au président le pouvoir de mettre les membres des forces de sécurité à l'abri des poursuites pour tout acte commis dans le cadre de l'état d'urgence ou d'un processus visant à réprimer un rassemblement illégal.

Plus récemment, en juillet 2013, le gouvernement gambien a adopté la Loi portant modification de la Loi relative à l'information et à la communication, en vertu de laquelle les journalistes, les blogueurs et les internautes accusés de « propagation de fausses nouvelles » encourent des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison et des amendes d'un montant pouvant atteindre environ 55 000 euros.

« Le gouvernement du président Jammeh doit réviser ces lois et d'autres textes utilisés pour restreindre la liberté d'expression »
, a déclaré Stephen Cockburn.

« Les autorités doivent par ailleurs libérer toutes les personnes illégalement maintenues en détention, à moins qu'elles ne soient inculpées d'infractions reconnues par la loi et jugées dans le cadre de procès équitables. Elles doivent également remettre en liberté l'ensemble des prisonniers d'opinion. »

Les organisations non gouvernementales participant à la journée d'action aux côtés d'Amnesty International incluent Article 19 Afrique de l'Ouest et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO).

Cette journée d'action se déroulera avant l'évaluation, par les Nations unies, du bilan de la Gambie en matière de droits humains, procédure prévue pour octobre 2014.

Indonésie. Le nouveau président doit tenir ses promesses en matière de droits humains

mar, 22/07/2014 - 09:57

Le nouveau président indonésien, Joko Widodo, doit tenir les promesses faites durant sa campagne concernant l'amélioration de la terrible situation des droits humains dans son pays, a déclaré Amnesty International.

Joko Widodo, dont la victoire à l'élection présidentielle du 9 juillet a été confirmée mardi 22 juillet, s'est engagé à défendre les droits humains quand il serait au pouvoir - notamment en se préoccupant des violations graves commises par le passé, en protégeant la liberté de religion, en réformant la police et en autorisant des observateurs internationaux à se rendre en Papouasie.

« Il est encourageant que le président Widodo ait parlé de son engagement en faveur des droits humains durant la campagne électorale - maintenant, il doit traduire ses paroles en actes », a déclaré Richard Bennett, directeur du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International.

« Le nouveau gouvernement se voit offrir la possibilité de tourner la page et d'inaugurer une ère de respect véritable des droits humains en Indonésie. La victoire de Joko Widodo aura ranimé l'espoir de nombre de victimes et de militants des droits humains courageux qui luttent contre l'impunité depuis des années - ces espoirs ne doivent pas être déçus. »

« En guise de première étape, nous exhortons le nouveau gouvernement à mener un examen exhaustif du bilan de l'Indonésie en matière de droits humains au cours de la décennie écoulée et à élaborer un plan d'action clair. Il est par ailleurs essentiel que cela se fasse en collaboration avec la société civile et d'autres acteurs clés. »

Recommandations

En avril 2014, Amnesty International a publié un programme en matière de droits humains à l'intention du nouveau président indonésien, mettant en avant huit questions pressantes que le nouveau gouvernement doit inscrire au premier rang des priorités. Celles-ci incluent :

La lutte contre l'impunité pour les crimes du passé

Le président doit donner au parquet général l'instruction de mener à bien des enquêtes sur les crimes de droit international qui lui ont été signalés par la Commission nationale des droits humains et d'autres organes, et de traduire les auteurs présumés en justice. Par ailleurs, une Commission vérité devrait être établie conformément au droit international et aux normes internationales, et être habilitée à recommander des mesures de réparation pour remédier aux souffrances des victimes.

Le respect envers la liberté de religion et la tolérance religieuse
Le respect de la liberté de religion et la tolérance religieuse se sont clairement dégradés ces dernières années. Le nouveau gouvernement doit abroger l'ensemble des lois et règlements introduisant une discrimination à l'égard des minorités religieuses qui ont été utilisés pour justifier le harcèlement et les attaques dont ces communautés ont été victimes.

Les violations des droits humains imputées à la police

Amnesty International a recueilli des informations sur toutes sortes de violations des droits humains commises par la police, notamment des homicides illégaux, des actes de torture et d'autres mauvais traitements, et un recours injustifié et excessif à la force et aux armes à feu. Il est très rare que des enquêtes soient ouvertes sur les violations des droits humains attribuées à la police, et de nombreuses victimes sont privées de justice et de réparations. Il faut que la Commission nationale de la police acquière une indépendance opérationnelle vis-à-vis du gouvernement, des ingérences politiques et de la police elle-même. Son mandat devrait notamment lui permettre de mener de véritables enquêtes et de soumettre directement des affaires au parquet.

La libération des prisonniers d'opinion
Des dizaines de prisonniers d'opinion, en particulier ceux qui sont originaires de Papouasie et des Moluques, sont incarcérés en raison de leur militantisme politique pacifique en Indonésie, et doivent être immédiatement relâchés. Leur maintien en détention met en lumière l'absence persistante de respect pour la liberté d'expression dans certaines régions de l'Indonésie. Amnesty International demande également au président Widodo de permettre à des observateurs internationaux, notamment à des organisations non gouvernementales et à des journalistes étrangers, de se rendre librement et sans entrave en Papouasie, comme il l'a promis lors de sa visite en Papouasie durant sa campagne.

La protection et la promotion des droits humains dans l'ANASE

L'Indonésie, dont le PIB est le plus élevé de la région et où se trouve le siège de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE), à Djakarta, est en train de rapidement devenir un véritable chef de file en Asie du Sud-Est. Le prochain président du pays doit prendre ce rôle au sérieux et montrer l'exemple à ses voisins, et au monde, en ce qui concerne les droits humains. L'Indonésie a déjà joué un rôle positif en établissant certains organes importants de protection des droits humains dans l'ANASE depuis 2007 - cet engagement doit se poursuivre sous le nouveau gouvernement, en particulier avec le renforcement de la Commission intergouvernementale des droits humains de l'ANASE, de sorte que celle-ci devienne un organe réellement indépendant et solide de défense et de promotion des droits humains dans la région.

Israël/Gaza. Des attaques contre des hôpitaux et des civils s'ajoutent aux crimes de guerre présumés

lun, 21/07/2014 - 16:19

Les bombardements de logements civils dans plusieurs zones de la bande de Gaza et les tirs contre un hôpital viennent s'ajouter à la liste de crimes de guerre présumés qui doivent faire l'objet d'urgence d'une enquête internationale indépendante, a déclaré Amnesty International.

Les tirs israéliens qui ont frappé le troisième étage de l'hôpital Al Aqsa, à Deir al Balah, ont tué quatre personnes et blessé plusieurs dizaines d'autres, d'après le porte-parole du ministère de la Santé de Gaza.

« L'attaque de lundi 21 juillet, sur l'hôpital Al Aqsa, est la plus récente de celles qui se sont abattues sur des hôpitaux à Gaza, ou à proximité. Ces hôpitaux s'efforcent pourtant d'accueillir des milliers de blessés depuis le début de l'offensive israélienne, le 8 juillet », a dit Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Rien ne peut jamais justifier des tirs ciblés sur des établissements médicaux. L'attaque d'un hôpital met en évidence la nécessité d'une enquête internationale et impartiale mandatée d'urgence par l'ONU. »

La semaine précédente, l'hôpital de réadaptation d'al Wafa, à Chajaya, a été fortement endommagé à la suite de deux attaques des forces israéliennes.

Au quatrième jour de l'offensive terrestre israélienne, et alors que plus de 550 personnes ont été tuées à Gaza, dont une majorité de civils, les parties doivent de toute urgence s'accorder sur des trêves périodiques pour permettre l'évacuation des morts et des blessés. De plus, jusqu'à 1,2 million de personnes étant sans eau et sans réseau d'évacuation, les ouvriers municipaux et les organisations de secours doivent effectuer des réparations d'urgence pour empêcher que la situation en matière de santé publique ne devienne catastrophique.

Entre samedi soir 19 juillet et dimanche matin, le bombardement incessant du quartier de Chajaya a tué plus de 60 personnes, dont au moins 17 enfants et 14 femmes. Il a fait plus de 200 blessés et des civils étaient forcés de fuir sous les tirs. Cette même nuit, 13 soldats israéliens ont aussi été tués, la plupart à Chajaya.

Le Hamas a quant à lui continué à tirer sans discrimination des centaines de roquettes sur Israël, en violation du droit international. Deux civils israéliens ont été tués, et d'autres ont été blessés.

L'armée israélienne a déclaré que s'il ciblait Chajaya, un secteur densément peuplé de l'est de la ville de Gaza avec quelque 92 000 habitants, c'était parce qu'il s'agissait d'une « forteresse » cachant des roquettes, des tunnels et des centres de commandement. L'armée israélienne et des représentants du gouvernement ont décrété à plusieurs reprises que les civils avaient été prévenus et priés de quitter la zone plusieurs jours avant l'attaque.

À Chajaya, cependant, et ailleurs, de nombreux civils ne sont pas partis car ils n'avaient nulle part où aller. Les installations et les écoles de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) ouvertes pour accueillir les personnes sont débordées. Les alertes et avis d'évacuation de quartiers entiers lancés par les forces israéliennes ne dispensent pas ces dernières de leur obligation de protéger les civils qui leur incombe en vertu du droit international humanitaire.

« Le bombardement incessant de Chajaya et d'autres secteurs civils de la bande de Gaza, ainsi que les tirs aveugles de roquettes sur Israël, appellent de toute urgence une action de la part de la communauté internationale afin qu'il n'y ait pas de nouvelles violations. L'ONU devrait imposer à toutes les parties un embargo sur les armes, et il appartient à tous les États de suspendre sans plus tarder les transferts de matériel militaire à Israël, au Hamas et aux groupes armés opérant dans la bande de Gaza », a ajouté Philip Luther.


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