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Mis à jour : il y a 26 minutes

Casser les bateaux ou briser l'égoïsme européen ?

il y a 1 heure 49 minutes

Une info chasse l'autre. Le séisme au Népal a disparu des écrans télé, les migrants qui se noient en traversant la Méditerranée aussi. L'émotion suscitée par la mort de 900 d'entre eux le 19 avril est retombée mais la rationalité n'a pas encore trouvé sa voie au sein des gouvernements européens. Lundi prochain les pays de l'Union tenteront d'obtenir le feu vert des Nations-Unies pour mener des actions, par la force, contre les passeurs. C'est du n'importe quoi ? Oui, mais cela donne une image mâle de force, de détermination face à l'opinion publique et cette image-là peut tenir. Un certain temps.

Cela fait juste quelques lignes dans la presse de mercredi : l'Italie relance l'Union européenne pour faire face à l'afflux de migrants. Juste ce titre et une dizaine de lignes comme une piqûre de rappel. Au cours de ces derniers jours, plus de 5000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes dans la plus totale indifférence. L'Europe veut bien intensifier les opérations de surveillance en mer mais dès qu'il s'agit d'accueillir les migrants, les gouvernements regardent ailleurs et surtout pas vers Rome.
On en discutera en juin. On en discutera toujours plus tard. Mais on n'a pas oublié de fixer à l'agenda une rencontre entre le Conseil de sécurité de l'ONU et les pays européens membres de ce Conseil. L'objectif est d'obtenir l'autorisation de mener des actions militaires contre les réseaux de passeurs et de trafiquants actifs en Libye en détruisant leurs navires. Les 28 pensent-ils vraiment une seconde que cela va dissuader les passeurs ? Ils entassent déjà les migrants sur les rafiots les plus pourris qu'on puisse imaginer. Remplacer ce type de bateau par un autre tout aussi pourri ne coûte rien par rapport aux gains faramineux que rapporte le commerce des migrants. Et comment va-t-on distinguer ces bateaux des autres utilisés par les pêcheurs ? Ne peut-on pas imaginer que les trafiquants n'auront aucun scrupule à se servir des migrants comme boucliers humains si leurs bateaux devaient être arraisonnés de force ? Et quel résultat espérer ? Une route migratoire fermée en génère aussitôt une autre, souvent plus risquée encore.
Sans nier la nécessité de combattre ce trafic, ce type d'opération revient surtout à mettre la responsabilité des migrations sur le seul compte des passeurs. Une manière commode de nier les causes politiques, économiques qui produisent ces migrations et dont l'Europe est aussi responsable.

Affronter les trafiquants ou l'électorat ?

Mais s'en prendre à des bateaux, c'est évidemment tellement commode. Cela fera des belles images télévisées, cela donnera l'illusion que les gouvernements agissent enfin et cela plaira certainement à un électorat partisan d'une réponse sécuritaire et musclée à l'immigration. Tout comme le renforcement des opérations de contrôle des frontières, ces interventions coûteront cher, bien plus cher que de mettre en place une politique d'accueil des migrants, ne serait-ce qu'en leur accordant une protection temporaire. Mais une politique d'accueil supposerait de vraies négociations politiques au sein du Conseil européen. La majorité des migrants et des demandeurs d'asile proviennent de pays en guerre : Syrie, Irak, Erythrée. D'un état européen à l'autre, les « efforts » fournis pour accorder une protection aux réfugiés par la procédure d'asile et les programmes de réinstallation ne sont en rien comparables. L'absence de solidarité est totale dans ce domaine. Certains pays font beaucoup. L'Allemagne et la Suède ont des programmes de réinstallation des réfugiés ambitieux. La Belgique accorde une protection à la toute grande majorité des demandeurs d'asile syriens et irakiens mais semble considérer l'installation de 200 Syriens comme un effort méritoire quand l'Allemagne offre 30.000 places ! Et puis il y ceux qui ne font rien. Comme la plupart des pays de l'Europe centrale. Il a fallu faire pas mal de pressions sur le gouvernement tchèque pour qu'il consente à accueillir cette année et pour la première fois 70 réfugiés syriens, des blessés et des malades. On l'aura compris. Il est plus facile de trouver un consensus politique pour couler des vieux bateaux, même si ça ne sert à rien, que d'oser une politique commune d'accueil des réfugiés. Ce n'est pas neuf mais il faut taper sur le clou encore et encore.

Raif Badawi : Il y a un an, la justice saoudienne tentait de le faire taire

il y a 6 heures 18 minutes

C'était il y a un an, Raif Badawi était condamné à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet et 1 millions de riyals saoudiens. Pour ce triste anniversaire, nous avons prévu de lire plusieurs passages de lettres de Raif Badawi, de Waleed Abu al-khair et d'autres courageux défenseurs des droits humains saoudiens. Pour donner une voix à ceux-là même qu'on veut faire taire.

Ce jeudi 7 mai, pour la 17ème fois, de 11h à 12h, Amnesty International vous propose de manifester devant l'ambassade d'Arabie saoudite et de crier FreeRaif pour demander sa libération immédiate et inconditionnelle. Nous demanderons aussi la libération de tous les prisonniers/prisonnières de conscience qui sont nombreux en Arabie Saoudite.

Où ? Devant l'ambassade d'Arabie saoudite, Avenue Louise 326, 1050 Bruxelles (devant la Blue Tower)- Tram 93/94 arrêt Vleurgat.

Pour Agir en ligne : http://www.isavelives.be/raifbadawi

et plus généralement, 5 autres moyens d'agir (via twitter par exemple) : http://www.amnesty.be/doc/actions-en-cours/des-individus-en-danger/article/freeraif-5-moyens-d-agir

Raif Badawi a été condamné le 7 mai 2014 par le tribunal pénal de Djedda à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, assortis d'une interdiction de voyager pendant 10 ans à l'issue de sa peine, d'une interdiction d'utiliser les médias et d'une amende d'1 million de riyals saoudiens (environ 226.000 euros). Ce jugement est lié à la création de son site internet « Libérez les libéraux saoudiens » (dont la cour a ordonné la fermeture), et à des accusations selon lesquelles il aurait « insulté l'islam ». La Cour d'appel de Djedda a confirmé sa condamnation le 1er septembre.

Selon la décision finale de cette instance, Raif Badawi doit recevoir 50 coups de fouet consécutifs à un intervalle d'une semaine. Il a été flagellé une première fois en public après la prière du vendredi le 9 janvier dernier, devant la mosquée Al-Jafali à Djedda et devait recevoir 50 autres coups tous les vendredis. Mais ceux-ci ont été reportés pour « raisons médicales » depuis lors.

Lampedusa. L'ombre de la mort plane sur l'« Isola Bella »

mar, 05/05/2015 - 10:23

Par Conor Fortune, rédacteur pour Amnesty International

La mer luit dans la lumière du crépuscule, lorsque notre avion à hélices vrombit, décrivant un large arc de cercle au-dessus de la baie de Palerme. Les promontoires escarpés le long de la côte découpée du nord de la Sicile confèrent au paysage une certaine majesté.

Pourtant, cette sérénité apparente masque la tragédie humaine dont la Méditerranée centrale est le théâtre. Les eaux qui séparent la Sicile de l'Afrique du Nord ont déjà coûté la vie à quelque 1 700 personnes cette année, devenant l'épicentre de la crise des migrants et des réfugiés qui s'aggrave en Europe.

L'« Isola Bella »

Lorsque nous atterrissons à Lampedusa, à 300 kilomètres au sud, nous aurions dû voir des habitants préparer activement la saison des vacances d'été. Après tout, cette petite île a de nombreux atouts : les habitants sont amicaux, la pêche de fruits de mer locaux abondante, et les plages préservées et peu fréquentées.

Un panneau au-dessus de l'office du tourisme, dans la rue piétonne principale du centre-ville, annonce « Isola Bella » : la belle île.


« L'Isola Bella » - la belle île – peut-on lire sur un panneau au-dessus de l'office de tourisme dans l'une des principales rues piétonnes du centre de Lampedusa. © Amnesty International

Mais les habitants nous confient qu'ils craignent que cette beauté ne soit ternie par l'ombre persistante de la mort. Les journalistes envahissent l'île et les journaux et les ondes sont saturés d'histoires et d'analyses sur le dernier naufrage de migrants.

Située à environ 70 miles nautiques de la Tunisie, entre la Lybie et le continent italien, l'île de Lampedusa se trouve sur l'itinéraire migratoire maritime le plus emprunté vers l'Europe.

Les personnes qui fuient les conflits armés, les persécutions et les souffrances en Afrique subsaharienne, en Syrie, en Palestine et ailleurs, sont de plus en plus nombreuses à remettre leurs vies entre les mains de passeurs impitoyables, des trafiquants d'êtres humains, afin d'atteindre l'Europe.

En 2014, plus de 170 000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes. Cette même année, près de 3 500 sont mortes – de noyade et d'hypothermie entre autres – ou ont disparu en mer, ce qui en fait la traversée maritime la plus mortelle au monde.

Au cours des premiers mois de 2015, le nombre de morts en mer a été multiplié par 100 par rapport à la même période en 2014.

D'après tous les indicateurs, le nombre de candidats à la traversée vers l'Europe va continuer à augmenter. Et à moins que les opérations de recherche et de secours ne soient renforcées, le nombre de morts suivra la même tendance, transformant la Méditerranée en charnier.

Selon la maire de Lampedusa Giusi Nicolini, la crainte que ce triste bilan ne s'alourdisse effraie les touristes, moteur important de l'économie locale.

Elle affirme que les habitants de l'île ne supportent plus la mauvaise presse ni l'incapacité des dirigeants européens à prendre des mesures adéquates afin de juguler la crise.

« Nous devons prendre en main la situation au lieu de laisser les naufrages effectuer une sélection naturelle et décider qui arrive et qui n'arrive pas, a déclaré Giusi Nicolini. Il est inacceptable de condamner des gens à mourir en mer, juste parce qu'ils sont Noirs. »

Mare Nostrum
En 2014, le bilan des victimes aurait sans doute été bien plus lourd sans Mare Nostrum, l'opération de recherche et de secours mise sur pied par la marine italienne en octobre 2013.

L'Italie entendait ainsi répondre à ce qui fut alors le naufrage le plus meurtrier dans le pays, à quelques centaines de mètres des côtes de Lampedusa.

Lors de cette tragédie qui marqua les esprits, un bateau a pris feu et coulé avec plus de 500 migrants à bord, pour la plupart des Érythréens et des Somaliens.

Les images de cadavres flottant sur l'eau et le spectre des centaines de vies en péril ont suscité un tollé international. Tout le monde, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à la Commission européenne en passant par le Vatican, a appelé à agir rapidement afin de prévenir de tels drames.

Le gouvernement italien a réagi : dans les 15 jours, la marine italienne s'est déployée dans le cadre de son opération Mare Nostrum (« Notre mer ») afin de venir en aide aux bateaux en détresse et de lutter contre le trafic d'êtres humains.

Dans le cadre de Mare Nostrum, cinq bateaux de la marine italienne étaient prêts à intervenir à tout moment, soutenus par des unités aériennes et des effectifs comptant près de 900 personnes. Sa zone d'opérations couvrait jusqu'à 100 miles nautiques au sud de Lampedusa, approchant le secteur au large de la côte libyenne où ont lieu la majorité des naufrages.

Cet élan destiné à sauver plus de vies a fonctionné. Au cours de l'année 2014, Mare Nostrum a contribué à sauver plus de 166 000 personnes, alors que le nombre de candidats à cette périlleuse traversée montait en flèche.

Cependant, à travers l'Europe, certains ont froncé les sourcils face à des efforts trop unilatéraux, faisant valoir qu'ils encourageaient les migrants à tenter la traversée. Pendant ce temps en Italie, d'autres se plaignaient que le pays assume seul le coût de Mare Nostrum. Cette opération a été supprimée progressivement fin 2014, pour laisser la place à Triton, une opération paneuropéenne de contrôle des frontières, dont la mission couvre une zone de 30 miles nautiques au large des côtes italiennes. Les migrants ont continué à venir, malgré le mauvais temps et la suppression de Mare Nostrum, qui a entraîné une baisse drastique des capacités de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale, avec des résultats catastrophiques.

Les naufrages et les morts en mer se sont multipliés depuis la fin de Mare Nostrum. Le 20 avril, quelque 820 migrants et réfugiés seraient morts lorsqu'un chalutier a chaviré et coulé. Selon le HCR, il s'agissait du naufrage le plus meurtrier jamais enregistré en Méditerranée.

Le poste des garde-côtes de Lampedusa répond toujours vaillamment à ces appels de détresse. Ils sont « toujours prêts » pour sauver des vies, nous a confié le commandant, le capitaine de corvette Salvatore di Grande.

Tout ce qu'ils ont à leur disposition, ce sont quatre petits bateaux de recherche et de secours, amarrés dans le port de Lampedusa. Chacun peut accueillir à bord entre 40 et 50 personnes confortablement, mais ils ont dû y entasser jusqu'à 110 personnes dans des cas d'urgence.


La station des garde-côtes de Lampedusa répond toujours vaillamment aux appels de détresse, mais la crise dépasse de loin ses capacités de secours. © Amnesty International

La crise dépasse largement leurs capacités. Récemment, au cours d'un week-end, les garde-côtes ont reçu 20 appels de détresse. Les navires marchands qui passent – et qui ne sont pas équipés pour des opérations de recherche et de secours – sont de plus en plus sollicités pour combler les lacunes laissées par la disparition de Mare Nostrum.

Les survivants

La hausse du nombre de réfugiés et de migrants recherchant la protection et une vie décente en Europe se traduit par un afflux constant vers Lampedusa.

Lorsque nous avons visité le centre d'accueil pour migrants et réfugiés la semaine dernière, il abritait 263 personnes.

Un travailleur social du centre nous a confié que, quelques jours auparavant, plus de 1 400 migrants et réfugiés secourus s'entassaient dans cette petite structure, conçue pour accueillir environ 380 personnes pendant de courtes périodes, avant leur transfert vers de plus grands centres en Sicile. Il était tellement saturé que beaucoup dormaient à la belle étoile. Un tas de matelas encore empilé jusqu'au plafond dans un coin du centre en témoignait.


Le centre d'accueil de Lampedusa est conçu pour abriter environ 380 personnes, mais un travailleur social nous a confié que le centre avait récemment accueilli plus de 1 400 personnes. © Amnesty International

Les migrants que nous avons rencontrés à l'intérieur du centre venaient de plusieurs pays : du Nigeria, de Somalie, d'Érythrée, de Côte d'Ivoire, du Mali, de Guinée, du Sénégal. Durant notre visite, un groupe d'adolescents a commencé un match de football improvisé dans la cour, en utilisant des bouteilles d'eau et des pierres comme poteaux de but. Beaucoup criaient en français ou dans leurs langues nationales. De petites disputes ont éclaté au sujet de fautes de jeu, avant de se dissiper.

Des groupes de garçons et d'hommes, ainsi qu'un petit nombre de femmes, étaient assis sur la touche, regardant le match ou le regard perdu dans le lointain. Un enfant érythréen n'ayant pas plus de quatre ans jouait avec un travailleur social. Il riait et gribouillait sur mon carnet, mais n'a pas prononcé un seul mot. J'ignore si quelqu'un dans ce centre pouvait le comprendre.

Parmi les spectateurs, certains ont discuté librement avec nous lorsque nous nous sommes approchés. D'autres semblaient à l'écart, détachés et traumatisés par leur calvaire. Un travailleur social a déclaré à notre équipe que deux femmes en particulier ne devaient pas être dérangées.

Ali, un adolescent de 15 ans originaire de Somalie, a partagé son histoire. Devenu orphelin à un jeune âge en raison du conflit ravageant son pays, il a décidé de partir pour l'Europe lors d'un périple financé par le père d'un ami. Il a raconté son odyssée de trois mois à travers le Sahara, emmené par des passeurs : il a dû enterrer son ami dans le désert, a assisté à une explosion sanglante en Libye, et a ensuite risqué sa vie à bord d'un bateau qui n'était pas en état de naviguer en haute mer.

Ali a attendu six heures l'arrivée des secours lorsque son embarcation a commencé à se dégonfler. Ce fut « le pire moment de [s]a vie ». Plus de 70 migrants étaient entassés dans ce bateau condamné, dont 22 personnes grièvement brûlées.

« J'ai eu l'impression de renaître », a déclaré Ali une fois secouru. Des milliers d'autres dans sa situation n'ont pas survécu à leur traversée en mer.

Redémarrer les sauvetages

Le plus incroyable concernant la croissance exponentielle du nombre de morts en Méditerranée centrale est qu'il serait très facile pour l'Europe d'y remédier.

« Il nous a fallu à peine plus d'un week-end pour organiser [Mare Nostrum]. La marine italienne se tient prête, a déclaré à Amnesty International le commandant de marine Massimiliano Lauretti. Nous avons des procédures bien rôdées. Nous avons acquis de l'expérience. Si on nous le demande, nous pouvons remettre sur pied une opération humanitaire en 48 à 72 heures. »

Ce qui manque, c'est la volonté politique. Le sommet d'urgence organisé à Bruxelles la semaine dernière pour tenter de résoudre la crise en Méditerranée n'a fait que la moitié du chemin.

Le financement de l'opération Triton doit désormais être triplé, mais ne suffira toujours pas aux besoins de recherche et de secours en Méditerranée centrale, notamment parce que Triton déploie sa flotte trop près des côtes européennes. Il faut une opération humanitaire qui patrouille en haute mer, à mi-chemin entre Lampedusa et la Libye, où ont lieu la plupart des naufrages.

Une mer d'indifférence

De retour dans l'avion, nous laissons Lampedusa derrière nous ; une brume grise enveloppe rapidement la lande autour du tout petit aéroport. Les hélices tourbillonnant, nous nous envolons au loin, et un bleu opaque engloutit bientôt le paysage à perte de vue.

Combien il est difficile de ne pas faire de parallèle entre cette immense mer indifférente à la tragédie humaine dont elle est le théâtre et la froide indifférence des dirigeants politiques européens face à la souffrance qu'ils ont pourtant le pouvoir de soulager.

Agir

Amnesty a lancé sa campagne S.O.S Europe, et vous propose plusieurs moyens d'agir :

Vivez l'expérience interactive en lien avec le vidéo ici

Des personnes souffrent et meurent à nos frontières, arrêtons ça !

Syrie. Les attaques au baril d'explosifs répandent la terreur et le sang à Alep

mar, 05/05/2015 - 00:05

En proie à la terreur et à des souffrances intolérables, de nombreux civils d'Alep sont contraints de vivre dans les sous-sols pour échapper aux incessants bombardements aériens des forces gouvernementales sur les zones tenues par l'opposition, dénonce Amnesty International dans un rapport publié le 5 mai.

‘Death everywhere' : War crimes and human rights abuses in Aleppo décrit les crimes de guerre et autres épouvantables atteintes aux droits humains commis quotidiennement dans la ville par les forces du régime et les groupes d'opposition armés, et conclut que certains actes du gouvernement sont constitutifs de crimes contre l'humanité.

Le rapport dresse un tableau particulièrement effroyable lié aux carnages et destructions massives provoqués par le largage par les forces gouvernementales de bombes-barils – des barils remplis d'explosifs et de fragments de métal – sur des écoles, des hôpitaux, des mosquées et des marchés bondés. Pour être en sécurité, beaucoup d'hôpitaux et d'écoles se sont installés dans des caves ou des bunkers souterrains.

« Les atrocités généralisées, en particulier les bombardements aériens incessants et implacables de quartiers civils par les forces du régime, rendent la vie des habitants d'Alep de plus en plus insupportable, a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. Ces frappes continues et répréhensibles sur les zones résidentielles sont la marque d'une politique d'offensive délibérée et systématique contre les civils dans le cadre d'attaques qui constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. »

« En visant délibérément et sans relâche les habitants, le gouvernement syrien met en œuvre une politique inhumaine de punition collective contre la population civile d'Alep. »

Attaques au baril d'explosifs par les forces gouvernementales

Les attaques au baril d'explosifs – barils de pétrole, réservoirs d'essence et bombonnes de gaz remplis d'explosifs, de carburant et de fragments métalliques, et largués depuis un hélicoptère – ont tué plus de 3 000 civils dans le gouvernorat d'Alep l'année dernière, et plus de 11 000 dans tout le pays depuis 2012. Des militants syriens ont recensé pas moins de 85 attaques au baril d'explosifs dans la ville d'Alep le mois dernier, qui ont fait au moins 110 morts parmi la population civile. Et pourtant le gouvernement syrien ne reconnaît aucune perte civile dans de telles attaques – dans une interview à la presse en février 2015, le président Bachar el Assad a nié catégoriquement l'utilisation de barils d'explosifs par les forces syriennes.

Le rapport d'Amnesty International contient des informations sur huit attaques au baril d'explosifs et donne la parole à des rescapés, qui décrivent des scènes atroces. Le carnage provoqué par les explosions montre l'horreur insoutenable de ces attaques.

« J'ai vu des enfants décapités, des membres éparpillés partout, nous a raconté un ouvrier présent après une frappe contre le quartier de Ferdous, en 2014. C'est comme ça que je me représente l'enfer. »

Un chirurgien syrien explique qu'il n'avait jamais vu de telles blessures : « Les barils d'explosifs sont l'arme la plus horrible et la plus cruelle. [Nous voyons arriver des] des polytraumatisés, il faut amputer, on voit des gens avec les intestins hors du corps, c'est affreux », a-t-il déclaré.

En 2014, une attaque au baril d'explosifs a été menée dans un marché très fréquenté du quartier de Sukkari. Tout près de là, 150 personnes faisaient la queue à un point de distribution d'aide humanitaire pour obtenir un colis de nourriture. Évoquant la scène après l'attaque, un témoin parle d'« horreur totale » et explique que la population civile était visée :

« Il y avait l'homme qui tenait la boutique de glaces, l'homme qui tenait la boutique de sandwichs, l'homme qui tenait la boutique de jouets... Tous ont été tués. »

Le rapport décrit aussi le sort terrible des habitants qui vivent en permanence sous cette menace meurtrière.

« Nous vivons sans soleil, sans air, nous ne pouvons pas monter et il y a sans arrêt des avions et des hélicoptères dans le ciel », nous a expliqué un médecin dont l'hôpital de campagne a dû se replier en sous-sol.

« Nous sommes sur le qui-vive en permanence, tout le temps inquiets, en train de regarder le ciel », déclare pour sa part un enseignant d'Alep.
Un autre habitant utilise les mots de « cercle de l'enfer » pour parler de la ville : « Les rues sont pleines de sang. Les gens qui sont tués ne sont pas ceux qui font la guerre
», affirme-t-il.

« Les habitants d'Alep vivent dans la peur et le désespoir », a déclaré Philip Luther. « Beaucoup se sentent abandonnés et ont perdu tout espoir dans l'avenir. »

« Cela fait plus d'un an que les Nations unies ont adopté une résolution exigeant qu'il soit mis fin aux atteintes aux droits humains, en particulier aux attaques au baril d'explosifs, et ont annoncé que le non-respect de cette exigence par les autorités syriennes aurait des conséquences. Aujourd'hui la communauté internationale tourne le dos à la population d'Alep, dans une attitude de froide indifférence face à une tragédie humaine qui ne cesse d'empirer. »

« Les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité voient dans cette inaction persistante le signe qu'ils peuvent continuer à tenir la population d'Alep en otage sans craindre d'être punis. La saisine de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie enverrait un autre message : celui que ceux qui ordonnent et commettent ces crimes peuvent être traduits en justice. Cette initiative pourrait contribuer à briser la spirale de violence », a souligné Philip Luther.

Le rapport expose non seulement des informations sur les attaques au baril d'explosifs, mais aussi sur trois tirs de missiles par les forces gouvernementales, notamment une frappe dévastatrice lors d'une exposition de dessins d'enfants dans une école d'Ain Jalut, en avril 2014.

« J'ai vu là-bas des choses que je ne peux pas décrire, a témoigné un professeur de géographie présent lors de l'attaque. Il y avait des corps d'enfants en morceaux, du sang partout. Les corps étaient en lambeaux. »

Amnesty International demande à toutes les parties au conflit en Syrie de mettre un terme aux attaques délibérées contre les civils et les bâtiments ou infrastructures civils, ainsi qu'à l'utilisation dans les zones habitées d'armes explosives imprécises comme les barils d'explosifs et les mortiers.

Exactions perpétrées par des groupes armés d'opposition

Des groupes armés d'opposition ont également perpétré des crimes de guerre à Alep, en faisant usage d'armes imprécises telles que des mortiers et des roquettes improvisées, fabriquées à partir de bombonnes de gaz et tirées avec des dispositifs appelés « canons de l'enfer ». De telles attaques ont fait au moins 600 morts dans la population civile en 2014. Les groupes armés d'opposition opèrent souvent « complètement au hasard », ont indiqué les habitants. « On ne se sent pas en sûreté ou en sécurité, jamais, a déclaré une habitante du quartier d'al Jamaliya. On ne sait jamais ce qui va se passer, on peut être touché à tout moment. »

Torture et autres mauvais traitements

Le rapport fait également état de la pratique généralisée de la torture, de la détention arbitraire et de l'enlèvement, aussi bien par les forces du régime que par les groupes armés d'opposition.

Un militant pacifique arrêté et détenu par les forces gouvernementales en 2012 pour avoir filmé une manifestation a expliqué qu'on l'avait coincé à l'intérieur d'un pneu de voiture, puis frappé à l'aide d'un câble qui lui avait lacéré la peau. Il entendait les hurlements d'autres personnes en train d'être torturées, la nuit. « Vers 5 ou 6 heures du matin, on n'entendait que les femmes crier. À 7 heures, les femmes se sont tues, puis on a entendu les hommes. Les cris étaient programmés. » Cet homme a été détenu à la prison centrale d'Alep. Dans ce bâtiment visé par les tirs d'artillerie des deux camps, des centaines de prisonniers sont morts de faim et d'autres ont été exécutés sommairement.

Un homme détenu par un groupe d'opposition armé à Alep a expliqué avoir été violemment battu, soumis à des décharges électriques et pendu par les poignets pendant des périodes prolongées, avant d'être remis en liberté.
Amnesty International demande au gouvernement de mettre un terme aux arrestations et aux détentions arbitraires, ainsi qu'aux disparitions forcées ; l'organisation demande aux groupes armés de cesser les enlèvements de civils et les prises d'otage. Toutes les parties doivent mettre un terme à la torture et aux autres mauvais traitements, et traiter les détenus avec humanité.

Accès humanitaire

Les habitants d'Alep non seulement endurent les attaques brutales des forces des deux camps, mais vivent en outre dans des conditions épouvantables et ont toutes les peines du monde à se procurer les biens et services de première nécessité – nourriture, médicaments, eau et électricité, notamment. Dans les zones tenues par l'opposition, la nourriture est extrêmement chère et les habitants en sont à cultiver des légumes et élever des lapins et des chats – un nouveau type de « fast-food » à Alep, explique un habitant.

Amnesty International appelle toutes les parties au conflit à permettre un accès humanitaire sans entraves à toutes les agences qui acheminent l'aide à Alep et dans toute la Syrie.

Sierra Leone. Les lois et règlements relatifs à Ebola ne doivent pas servir à restreindre la liberté d'expression et de réunion

lun, 04/05/2015 - 15:21

La Sierra Leone doit cesser de se servir des dispositions d'urgence mises en œuvre pour lutter contre Ebola comme prétexte pour restreindre les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique, a déclaré Amnesty International lundi 4 mai 2015.

« Maintenant que les cas d'Ebola diminuent et que les écoles ont rouvert leurs portes, le gouvernement doit réviser les dispositions relatives à l'état d'urgence et ne maintenir en vigueur que celles qui sont strictement nécessaires pour lutter contre l'épidémie d'Ebola. Les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique ne doivent pas être entravés de manière inutile et disproportionnée », a déclaré Sabrina Mahtani, chercheuse sur l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.

En effet, en Sierra Leone, les arrestations d'opposants se multiplient, nombre de manifestations pacifiques sont interdites et la dissidence est de moins en moins tolérée depuis le limogeage du vice-président Samuel Sam-Sumana, le 18 mars. Même si les cas d'Ebola ont fortement diminué en Sierra Leone, la législation d'exception et d'autres lois sont de plus en plus utilisées pour museler les critiques, dont certaines porteraient sur le renvoi du vice-président.

À l'occasion de la Fête de l'Indépendance du pays, le 27 avril, 15 membres du principal parti de l'opposition, le Parti du peuple de Sierra Leone (SLPP), et un haut responsable de la Commission des droits humains de Sierra Leone, ont été arrêtés à Kenema, dans la province de l'Est. Ils comparaissent actuellement devant les tribunaux. La police aurait ce jour-là recouru à une force excessive, et plusieurs personnes ont été blessées. La marche à l'initiative de l'Association des journalistes de Sierra Leone (SLAJ) à l'occasion de la Fête de l'Indépendance, à Freetown, a été interdite. Huit jours auparavant, 10 personnes ont été arrêtées pour avoir protesté devant l'ambassade des États-Unis, tandis qu'en mars, un rassemblement de l'Ordre des avocats de Sierra Leone était dispersé. En revanche, les rassemblements et les événements organisés par le parti au pouvoir sont autorisés.

En novembre 2014, un journaliste a été détenu pendant 11 jours pour avoir critiqué la réaction à la crise d'Ebola. En avril 2015, huit personnes de Kono ont été détenues sans inculpation pendant six mois, à la suite de troubles liés à un cas présumé d'Ebola. Au mois d'avril, un homme a été inculpé d'insulte envers le président, après avoir transmis un message Whatsapp dont il n'était pas l'auteur.

Dans tous ces cas, sauf le dernier, la police a justifié son action en invoquant les pouvoirs que lui confèrent les dispositions d'urgence.

« Toutes les restrictions relatives aux droits humains imposées notamment au titre des dispositions d'urgence doivent respecter le droit international et les normes internationales, et ne doivent pas être appliquées de manière arbitraire ni discriminatoire. Certains droits, comme le droit à un procès équitable ou l'interdiction des mauvais traitements, ne doivent pas être dénigrés, même dans le cadre de l'état d'urgence. Au lieu de chercher à étouffer la dissidence, les autorités doivent s'efforcer de lutter contre l'épidémie d'Ebola », a déclaré Sabrina Mahtani.

Amnesty International exhorte le gouvernement de la Sierra Leone à réviser la législation d'exception et à garantir que chacun puisse exercer son droit à la liberté d'expression et de réunion, conformément au droit international et régional relatif aux droits humains. Elle demande également qu'une enquête indépendante et impartiale soit menée sur les allégations de recours excessif à la force par la police à Kenema, lors de la Fête de l'Indépendance.

Big Brother est de retour : cinq faits inacceptables à propos de la surveillance de vos communications que la France veut mettre en place

lun, 04/05/2015 - 12:03

Avec le nouveau projet de loi qui va être soumis en première lecture au Parlement mardi 5 mai 2015, qui élargit fortement le pouvoir du gouvernement d'espionner les comportements des gens sur Internet et ailleurs, la France est sur le point de se transformer en un « État de surveillance ».

Selon les autorités, cette loi est nécessaire pour mieux prévenir le terrorisme et « toute forme d'ingérence étrangère », ainsi que pour promouvoir les « intérêts majeurs de la politique étrangère ». Cependant, ses définitions beaucoup trop générales risquent de laisser la porte ouverte aux abus.

Voici quelques-unes des mesures que les autorités françaises pourront prendre sans demander l'autorisation préalable d'un juge.

Intercepter toutes vos communications en ligne

Les autorités françaises pourraient être autorisées à espionner secrètement les courriels que les gens envoient, les informations qu'ils stockent dans le Cloud et leurs données personnelles en ligne, telles que leurs rendez-vous médicaux ou les recherches qu'ils effectuent sur des moteurs de recherche, comme Google.


Regarder avec qui vous êtes en contact

Les autorités françaises pourront pirater secrètement les ordinateurs et les appareils mobiles pour espionner les courriels et les écrits de toute personne « soupçonnée » d'être en contact avec quelqu'un qui est impliqué dans des activités suspectes, même si la personne en question n'est pas au courant de ces activités et n'a pas l'intention d'y participer.

Contrôler tout ce que vous tapez sur votre clavier

Les autorités pourront installer secrètement des dispositifs espions dans les claviers afin de voir tout ce qu'une personne tape sur son ordinateur ou ses appareils mobiles, y compris ses messages privés.

Obliger les entreprises de télécommunication et les fournisseurs d'accès à
Internet à révéler des informations sur leurs clients

Les autorités françaises auront le pouvoir de forcer ces entreprises à leur fournir des informations sur la date, l'expéditeur et le destinataire de tout message personnel envoyé en ligne.

Utiliser la technologie pour savoir où vous êtes, à tout moment

Les autorités pourront utiliser des « capteurs de proximité » dans leurs opérations de surveillance sur le terrain afin d'identifier certaines personnes et de déterminer où elles se trouvent, et même placer des dispositifs d'écoute dans les voitures et les appartements. Aucun endroit ne sera à l'abri.

République centrafricaine. La nouvelle Constitution ne doit laisser aucune place à l'impunité

lun, 04/05/2015 - 10:30

Les autorités de République centrafricaine doivent modifier les dispositions du projet de Constitution susceptibles de compromettre la lutte contre l'impunité, a déclaré Amnesty International à la veille du forum sur la réconciliation nationale à Bangui.

Dans une lettre ouverte aux délégués qui assisteront au Forum de Bangui débutant le 4 mai, l'organisation fait valoir que le projet de Constitution pourrait permettre à un président en exercice de se soustraire aux poursuites pour tous types d'accusations, excepté celle de « haute trahison ». De même, les anciens présidents pourraient être exonérés de poursuites en leur qualité de membres honoraires de la Cour constitutionnelle.

« Les amnisties et les immunités ne font que perpétuer le cycle du conflit et de l'injustice. Il convient de modifier le projet de Constitution afin de préciser que chacun, quelle que soit sa position, peut être tenu pour responsable de crimes relevant du droit international », a déclaré Steve Cockburn, directeur régional adjoint du programme Afrique centrale et de l'Ouest d'Amnesty International.

« La population de la République centrafricaine réclame haut et fort la fin de l'impunité et les autorités ont pris récemment des mesures positives en mettant sur pied un nouveau tribunal chargé de juger les auteurs présumés de crimes de droit international. En veillant à ce que la nouvelle Constitution consolide cette mesure, au lieu de la fragiliser, les autorités de transition lègueraient un précieux héritage. »

Si le Code pénal centrafricain proscrit l'impunité pour les auteurs présumés de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de crimes de génocide, le projet de Constitution n'empêche pas les futurs parlements d'adopter des lois d'immunité pour ces crimes et d'autres crimes.

Dans une lettre ouverte aux autorités de transition, Amnesty International met en avant le fait que la justice doit être au cœur du processus de réconciliation, et leur demande d'ouvrir des enquêtes sur les auteurs présumés de graves violations des droits humains et d'apporter leur appui au Tribunal pénal spécial récemment mis sur pied.

Dans une série de recommandations adressées aux délégués du forum, Amnesty International déclare que la Constitution doit reconnaître que le droit international, notamment les traités ratifiés par la République centrafricaine et le droit international coutumier, prime sur la législation nationale et la Constitution, conformément à la Convention de Vienne sur le droit des traités, à laquelle la République centrafricaine est partie.

Lors des consultations menées auprès de la population à travers le pays à l'approche du Forum de Bangui, les citoyens ordinaires ont répété que la justice était une condition nécessaire à la réconciliation.

Complément d'information

Le 16 février 2015, le Conseil national de transition (CNT) a adopté un projet de Constitution qui remplacera la Charte de transition actuellement en vigueur. Le Forum de Bangui est une plateforme réunissant des délégués issus de milieux très divers, notamment des responsables politiques, des groupes armés, des représentants de la société civile et des dignitaires religieux, en vue de débattre de l'avenir de la République centrafricaine, y compris du projet de Constitution. La Constitution sera ensuite soumise à un référendum national avant les élections, qui doivent avoir lieu aux mois de juillet et août.

France. Halte à la course à la surveillance

lun, 04/05/2015 - 10:13

Les autorités françaises se verront accorder des pouvoirs très étendus afin de surveiller les citoyens, sur Internet et ailleurs, si l'Assemblée nationale approuve un nouveau projet de loi relatif au renseignement mardi 5 mai, a déclaré Amnesty International.

L'organisation a estimé qu'habiliter le Premier ministre à autoriser des mesures de surveillance sans l'aval d'un juge ne permettrait pas de respecter le principe d'équilibre des pouvoirs.

« Ce texte rapprocherait la France d'un État espion où rien n'est secret sauf la surveillance elle-même. Même les journalistes, les juges, les politiciens et les personnes entrées à leur insu en contact avec des suspects sont susceptibles d'être soumis à une surveillance intrusive », a déclaré Gauri van Gulik, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

« Les autorités françaises pourraient bientôt poser des dispositifs d'écoute chez les gens, dans leur voiture ou sur leur ligne téléphonique sans l'accord d'un juge, même lorsqu'il n'existe aucune raison de soupçonner qu'ils aient fait quelque chose de mal. »

Si le gouvernement présente le projet de loi relatif au renseignement comme une mesure de lutte contre le terrorisme, celui-ci permettrait également au Premier ministre d'autoriser des mesures de surveillance intrusives ayant plusieurs autres finalités générales et mal définies, parmi lesquelles les « intérêts essentiels de la politique étrangère ». On ne sait pas clairement ce que recouvrent ces termes vagues. Ils pourraient par exemple viser des personnes organisant des manifestations non violentes.
Sur ordre du Premier ministre, les autorités françaises pourraient pirater des ordinateurs ou appareils mobiles, suivre des personnes grâce à la géolocalisation et espionner les courriels, SMS et autres communications d'une personne susceptible d'être en contact, volontairement ou non, avec un individu impliqué dans des activités suspectes.
Le projet de loi permettrait à des membres des forces de sécurité, entre autres, d'installer des dispositifs d'enregistrement à bord des voitures et dans les logements, d'utiliser des capteurs de proximité pour suivre les mouvements des personnes, et de placer des enregistreurs de frappe sur les ordinateurs afin de savoir en temps réel ce qui est écrit à l'aide du clavier. Tout cela sans l'aval de la justice.
Dans le but de prévenir le terrorisme, le projet de loi obligerait par ailleurs les fournisseurs d'accès à Internet et les opérateurs téléphoniques à ajouter des « boîtes noires » à leurs infrastructures afin d'enregistrer les « métadonnées » - c'est-à-dire à qui les internautes écrivent et quand.

Au lieu de solliciter l'autorisation d'un juge pour approuver des mesures de surveillance, le Premier ministre serait tenu de consulter la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement », un organe nouveau. Celle-ci est cependant uniquement habilitée à émettre des recommandations non contraignantes, et n'a pas le pouvoir d'empêcher une surveillance illégitime.

Il est en outre très important de noter que le nouveau projet de loi permettrait au Premier ministre d'autoriser l'interception de communications électroniques « émises ou reçues à l'étranger ». Cela est suffisamment flou pour ouvrir la voie à une surveillance de masse sans discrimination de l'utilisation d'Internet lorsque les serveurs - comme ceux de Google - sont situés dans un autre pays. Cela concernerait la surveillance des courriels - même si ceux-ci sont envoyés à des personnes résidant dans le même pays -, d'informations sensibles présentes sur les « nuages » informatiques, d'informations confidentielles en ligne - notamment les rendez-vous médicaux - ou de données sur les recherches Internet.

La question des conditions qui seraient requises pour que cette surveillance soit mise en place sera précisée plus tard dans un décret public. Les techniques employées pour mener cette surveillance à bien seraient définies par un autre décret, secret celui-là.

« Ce projet de loi est trop vague, sa portée trop vaste, et il laisse trop de questions sans réponse. L'Assemblée nationale doit veiller à ce que des mesures censées protéger les citoyens contre le terrorisme ne portent pas atteinte à leurs droits fondamentaux », a déclaré Gauri van Gulik.

Contexte

Si les députés français se prononcent en faveur du projet de loi, celui-ci sera alors soumis à un autre vote au Sénat. Il est possible qu'une commission spéciale soit créée afin d'analyser ce texte avant qu'il ne soit promulgué. Le projet de loi a été débattu à l'Assemblée nationale entre les 13 et 16 avril, après avoir fait l'objet d'une discussion en commission le 1er avril.

Il dresse la liste de sept domaines d'intérêt public pour lesquels les services du renseignement peuvent effectuer une surveillance. Ceux-ci incluent la promotion d'« intérêts essentiels de la politique étrangère », et la prévention de « toute forme d'ingérence étrangère », des « violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique » ou de la « criminalité organisée ».

Amnesty International a engagé une action en justice contre les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni afin de contester leurs pratiques de surveillance de masse sans discrimination, qui présentent certaines similitudes avec celles que le gouvernement français souhaite adopter.

Le 10 mars, l'Union américaine pour les libertés publiques a saisi la justice contre les États-Unis au nom d'un vaste groupe d'organisations parmi lesquelles figure Amnesty International États-Unis. Le 10 avril, des groupes de défense des droits humains, dont Amnesty International, ont annoncé qu'ils intentaient une action auprès de la Cour européenne des droits de l'homme contre le gouvernement du Royaume-Uni.

PASSEZ À L'ACTION

Le 18 mars, Amnesty International a donné le coup d'envoi de sa campagne mondiale, #UnfollowMe, demandant aux gouvernements d'interdire la surveillance de masse.

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Action urgente : Roumanie. Des familles roms risquent d'être expulsées de force

lun, 04/05/2015 - 09:32

AU 102/15, EUR 39/1556/2015, 29 avril 2015

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 JUIN 2015 .

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

Huit familles roms risquent d'être expulsées de force à Eforie, dans le sud-est de la Roumanie d'ici au 30 avril. Les autorités doivent mettre en place des garanties internationales relatives aux droits humains et veiller à ce que personne ne subisse d'expulsion forcée.

La municipalité d'Eforie, commune du sud-est de la Roumanie, envisage d'expulser – pour la troisième fois en moins de deux ans – une trentaine de Roms installés dans un bâtiment au numéro 80 de la rue Mihai Viteazu d'ici au 30 avril. Les familles concernées vivent à cet endroit depuis octobre 2013, date à laquelle elles avaient été expulsées de force des logements qu'elles occupaient de longue date rue Agricola, dans la même commune, et s'étaient retrouvées sans abri. Elles avaient ensuite déménagé au numéro 80 de la rue Mihai Viteazu, dans un ancien pensionnat. Depuis lors, elles craignent constamment une nouvelle expulsion car elles ne jouissent d'aucune sécurité d'occupation.

La municipalité n'a pas mis en place les principales garanties internationales relatives aux droits humains qui empêchent les expulsions forcées. Ainsi, les intéressés n'ont pas été véritablement consultés au sujet des solutions permettant d'éviter l'expulsion. Le 14 avril, ils ont reçu des avis de la municipalité leur demandant de régler « toutes leurs dettes » et de libérer le bâtiment. Dans ces avis, il est indiqué que, après le paiement des dettes, la « commission chargée du logement fournira un hébergement d'urgence dans les limites du budget dont dispose la municipalité ». Les familles roms concernées n'ont reçu aucune information supplémentaire sur les dettes mentionnées dans l'avis et on ne leur a pas assuré avant l'expulsion qu'elles bénéficieraient d'une solution de relogement.

La dernière menace en date s'inscrit dans une série d'expulsions forcées de familles roms lancée par la municipalité d'Eforie. En octobre 2013, 101 personnes, dont 55 enfants, ont été expulsées de force de leurs logements situés rue Agricola et se sont retrouvées sans abri. Certaines familles ont accepté un hébergement temporaire après avoir passé quatre jours, par très mauvais temps, dans un lycée voisin dont le bâtiment n'était pas adapté. Les huit autres ont déménagé dans le pensionnat situé au numéro 80 de la rue Mihai Viteazu. En juillet 2014, 10 des familles installées dans le lycée ont été de nouveau expulsées de force. Sept ont été transférées dans des conteneurs non aménagés à cet effet et les trois dernières ont été laissées sans toit.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en roumain ou dans votre propre langue :

- exhortez les autorités à empêcher toutes les expulsions tant que les habitants d'Eforie concernés, en particulier ceux du numéro 80 de la rue Mihai Viteazu, n'auront pas été véritablement consultés dans le but d'étudier toutes les possibilités autres que l'expulsion et les solutions de relogement envisageables, et tant qu'un autre logement, conforme aux exigences du droit international relatif aux droits humains, n'aura pas été fourni à toutes les personnes touchées ;

- exhortez-les à faire en sorte que toutes les personnes expulsées de force en 2013 et 2014 puissent bénéficier de recours utiles, y compris une solution de relogement convenable.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 JUIN 2015 À :

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

Maire d'Eforie-Sud

Mr Ion Ovidiu Brailoiu

Primaria Oras Eforie

Str. Progresului nr. 1, 905360

Constanta, Roumanie

Fax : 0040 241 748 979

Courriel : secretariat primariaeforie.ro

Formule d'appel : Dear Mayor, / Monsieur le Maire,

Préfet du comté de Constanta

Mr Constantin Ion

Prefectura Constanta

Bld Tomis nr.1

Constanta, Roumanie

Fax : 0040 241 617 245

Courriel : cancelarie prefecturaconstanta.ro

Formule d'appel : Dear Prefect, / Monsieur le Préfet,

Copies à :

Premier ministre roumain

Victor Ponta

Prim Ministru Romania

Palatul Victorie, Piata Victoriei nr.1

Bucharest, Roumanie

Fax : 0040 213 143 400

Courriel : xdrp gov.ro

Veuillez également adresser des copies à : Ambassade de Roumanie

Rue Gabrielle 105, 1180 Bruxelles

eMail : secretariat roumanieamb.be

Fax 02.346.23.45

COMPLEMENT D'INFORMATION

Amnesty International craint que l'expulsion en question ne s'apparente à une expulsion forcée si les garanties internationales relatives aux droits humains ne sont pas immédiatement mises en place et si les personnes concernées se retrouvent sans abri. Il s'agit d'un nouveau cas d'expulsion forcée de Roms par les autorités locales en violation des normes internationales relatives aux droits humains que la Roumanie est tenue de respecter. Elle vient s'ajouter à la longue liste d'expulsions forcées recensées par Amnesty International et d'autres organisations, montrant les conséquences de l'incapacité du gouvernement roumain à bannir cette pratique, pourtant interdite aux termes du droit international, et à faire en sorte que toutes les expulsions soient accompagnées des garanties adéquates.

La Roumanie est partie à divers traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains qui exigent absolument qu'elle interdise les expulsions forcées, s'abstienne d'y avoir recours et les empêche. Parmi ces traités figurent le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention relative aux droits de l'enfant et la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels [Nations unies] a souligné dans son Observation générale n° 7 que les expulsions forcées ne doivent être effectuées qu'en dernier ressort, après examen de toutes les autres solutions envisageables lors d'une véritable consultation avec les intéressés. Même lorsqu'une expulsion est considérée comme justifiée, elle ne peut avoir lieu que si des garanties de procédure adaptées sont en place, et si une indemnisation pour toutes les pertes occasionnées et une solution de relogement convenable sont offertes aux personnes concernées.

En décembre 2014, le Comité a constaté, à l'occasion de son examen périodique, que la Roumanie était loin de respecter ses obligations internationales, en particulier la protection du droit à un logement convenable et l'interdiction des expulsions forcées. Dans ses observations finales, il a recommandé l'adoption de toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que les groupes défavorisés et marginalisés, notamment les Roms, aient accès à un logement convenable. Il a exhorté les autorités roumaines à modifier la législation nationale de façon à ce que les personnes vivant dans des quartiers informels jouissent d'une certaine sécurité d'occupation et à adopter un texte destiné à garantir que toutes les expulsions soient conformes aux normes internationales relatives aux droits humains. En particulier, les expulsions forcées de Roms doivent être évitées « tant que ceux-ci n'auront pas été consultés, ne bénéficieront pas des garanties d'une procédure en bonne et due forme et ne se verront pas proposer de solution d'hébergement ou d'indemnisation leur permettant d'acquérir un nouveau logement ».

Nom : Familles risquant d'être expulsées de force dans la commune d'Eforie

Hommes et femmes

AU 102/15, EUR 39/1556/2015, 29 avril 2015

Action urgente : Chine. Craintes pour le moine tibétain Choephel Dawa , en détention

lun, 04/05/2015 - 09:19

AU 101/15, ASA 17/1551/2015, 29 avril 2015

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 JUIN 2015.

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

On est sans nouvelles du moine tibétain Choephel Dawa depuis qu'il a été arrêté par la police le 28 mars. On ignore où il est retenu et quelles sont les charges pesant sur lui, et il risque fortement de subir des actes de torture et d'autres mauvais traitements.

Le moine tibétain Choephel Dawa, 27 ans, a été arrêté par la police locale dans le comté de Sog (préfecture de Nagchu, région autonome du Tibet), dans la soirée du 28 mars. On ignore où il est détenu. Par ailleurs, il n'a pas pu consulter d'avocat ni avoir de contacts avec sa famille. Bien que l'on ne connaisse pas le motif de sa détention, des habitants des environs sont convaincus que celui-ci est lié au fait que ce moine a publié des photos du dalaï-lama sur WeChat, une plateforme de messagerie très utilisée en Chine.

Choephel Dawa vit au monastère de Sok Tsanden, situé dans la commune de Yagla (comté de Sog). Le monastère et les habitants du village sont étroitement surveillés par les autorités chinoises car des actions militantes ont été menées à cet endroit par le passé. Choephel Dawa avait déjà été arrêté en janvier 2012 et avait purgé une peine de deux ans d'emprisonnement parce que son téléphone portable contenait des photos de Tibétains en train de s'immoler pour protester contre le régime chinois.

La torture et autres mauvais traitements demeurent endémiques dans tous les lieux de détention en Chine, et les personnes qui ne sont pas autorisées à voir leur famille ou à consulter un avocat sont davantage exposées au risque de subir ces sévices.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en chinois, en anglais ou dans votre propre langue :

- exhortez les autorités chinoises à révéler immédiatement où se trouve Choephel Dawa et quelle est sa situation juridique ;

- demandez-leur de veiller à ce que cet homme puisse régulièrement s'entretenir avec sa famille et son avocat, et soit protégé de la torture et des autres formes de mauvais traitements ;

- appelez-les à le libérer immédiatement et sans condition, à moins qu'il ne inculpé d'une infraction dûment reconnue par le droit international.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 JUIN 2015 À :

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

Directeur du bureau administratif de la préfecture de Nagqu

Tan Yongshou

Nagqu Prefectural Administrative Office

No.26, Zhejiang West Road, Naqu Zhen, Nagqu County, Nagchu Prefecture,

Tibet Autonomous Region, 852000

Chine

Président de la région autonome du Tibet

Losang Jamcan

The People's Government of the Tibet Autonomous Region,

No. 1, Kangang East Road,

Chengguan District,

Lhasa City,

Tibet Autonomous Region, 850000

Chine

Copies à :

Ministre chinois de la Sécurité publique

Guo Shengkun

Ministry of Public Security of the People's Republic of China,

No. 14, East Changan Street,

Beijing, 100741

Chine

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Chine dans votre pays

Ambassade de la République populaire de Chine

Avenue de Tervueren 443-445

1150 Bruxelles

eMail : embcn hotmail.com

eMail : chinaemb_bel mfa.gov.cn

Fax 02.779.28.95

Fax 02.762.99.66

COMPLEMENT D'INFORMATION

En Chine, les Tibétains sont en butte à des discriminations et à des restrictions de leurs droits aux libertés de religion, d'expression, d'association et de réunion. Depuis les manifestations de grande ampleur organisées en 2008 contre le régime chinois, les autorités chinoises ont intensifié la répression dans les zones tibétaines et imposé des contrôles militaires et de sécurité intrusifs à la population locale. Les autorités continuent par ailleurs à soumettre les Tibétains à des programmes d'« éducation patriotique », qui les forcent à dénigrer le dalaï-lama et à exprimer leur soutien au Parti communiste chinois. Les monastères et les couvents tibétains sont l'une des cibles principales de ces campagnes.

Nom : Choephel Dawa

Homme

AU 101/15, ASA 17/1551/2015, 29 avril 2015

Action urgente : Russie. Tamerlan Eskerkhanov, un prisonnier, se voit refuser des soins médicaux

lun, 04/05/2015 - 09:06

AU 94/15, EUR 46/1509/2015, 29 avril 2015

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 JUIN 2015 .

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

L'un des suspects dans l'affaire du meurtre de Boris Nemtsov, éminent militant politique russe, se plaint que les autorités lui refusent des soins médicaux adaptés et lui infligent des mauvais traitements, ce qui suscite des craintes quant à l'équité de son procès.

Tamerlan Eskerkhanov, l'un des cinq principaux suspects dans l'affaire du meurtre du militant politique Boris Nemtsov, a été appréhendé par la police le 7 mars 2015 à Moscou. Cet homme est maintenu en détention sur décision du tribunal du district de Basmanny, qui s'est prononcé sur ce cas le lendemain matin.

Son avocate a confié à Amnesty International qu'elle n'avait pas pu s'entretenir avec lui pendant sa première semaine de détention. Elle affirme que les autorités refusent à son client le traitement dont il a besoin, celui-ci souffrant d'une insuffisance rénale des suites d'un accident survenu alors qu'il servait dans la police en 2007. Elle a essayé à plusieurs reprises de lui faire passer ses médicaments mais l'administration du centre de détention ne l'y a autorisée que deux semaines après l'arrestation de son client. Tamerlan Eskerkhanov souffre également d'un problème au coccyx. Son état s'est aggravé depuis qu'il est en détention et il a besoin d'une intervention chirurgicale, d'après son avocate.

En raison de sa santé défaillante, cet homme a fait un malaise lors d'une audience le 24 avril dernier. Une ambulance est arrivée et les médecins ont annoncé qu'il avait besoin de soins de toute urgence, mais le juge a décidé de poursuivre l'audience.

Tamerlan Eskerkhanov s'est également plaint d'avoir été privé de sommeil, d'eau et de nourriture pendant les deux premiers jours de sa détention. Il affirme qu'en une occasion, alors qu'il était conduit du centre de détention au tribunal, un policier a mis le feu à sa barbe et des agents ont resserré ses menottes et l'ont insulté, ainsi que sa femme. En outre, il a indiqué que lors de la fouille corporelle à l'entrée du tribunal, des policiers ont pris des photos de lui nu avec leurs téléphones portables.

Cet homme a été transféré vers différents centres de détention. Il se trouve actuellement au centre de détention provisoire FKU SIZO n° 6 à Moscou.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en russe ou dans votre propre langue :

- exhortez les autorités à permettre à Tamerlan Eskerkhanov de bénéficier immédiatement des soins médicaux dont il a besoin ;

- appelez-les à diligenter une enquête minutieuse, impartiale et efficace sur ses allégations de mauvais traitements, et si ceux-ci sont avérés, à traduire les responsables présumés en justice dans le cadre d'une procédure équitable ;

- engagez-les à respecter toutes les garanties en matière d'équité des procès, y compris le droit d'être conseillé par l'avocat de son choix à toutes les phases de la procédure.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 JUIN 2015 À :

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

Président du Comité d'enquête de la Russie

Aleksandr Ivanovich Bastrykin

Investigation Committee

Tekhnicheskii pereulok, dom 2

105005 Moscow, Russie

Fax : +7499 265 90 77/ +7499 265 97 75

Formule d'appel : Dear Chairman of the Investigation Committee, / Monsieur,

Procureur général

Yurii Yakovlevich Chaika

Prosecutor General's Office

ul. B. Dmitrovka, dom 15a

125993 Moscow GSP- 3, Russie

Fax : +7 495 6921725

Formule d'appel : Dear Prosecutor General, / Monsieur le Procureur général,

Copies à :

Directrice du centre de détention provisoire

Tatyana Vladimirovna Kirillova

Pre-trial detention facility FKU SIZO No.6

ul. Shasseynaya, dom 92109383 Moscow, Russie

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Russie dans votre pays

Ambassade de la Fédération de Russie

Avenue De Fre 66

1180 Bruxelles

eMail : amrusbel skynet.be

eMail : rusconsbru gmail.com

Fax 02.374.26.13

COMPLEMENT D'INFORMATION

Boris Nemtsov, qu'Amnesty International considérait comme un prisonnier d'opinion lorsque celui-ci purgeait une peine de « détention administrative » en janvier 2011 à la suite d'une manifestation pacifique, a été abattu le 27 février 2015 dans le centre de Moscou (voir https://www.amnesty.org/en/articles/news/2015/02/russia-murder-of-boris-...). Son meurtrier s'est enfui. Vladimir Poutine a déclaré qu'il surveillerait personnellement l'avancée de l'enquête.

En mars 2015, le tribunal de Basmannyi, à Moscou, a autorisé l'arrestation de cinq suspects : Zaour Dadaïev, Anzor Goubachev, Chaghid Goubachev, Khamzat Bakhaïev et Tamerlan Eskerkhanov. Eva Merkatcheva et Andreï Babouchkine, membres de la Commission de surveillance publique, leur ont rendu visite en détention le 10 mars dernier et signalé les allégations de torture et d'autres mauvais traitements formulées par Zaour Dadaïev et Chaghid Goubachev. Le Comité d'enquête de la Russie auprès du parquet général a déclaré que rapporter ces propos pourrait s'apparenter à une « ingérence dans le travail des enquêteurs, dans le but d'empêcher une enquête approfondie et objective sur cette affaire ». Ces deux défenseurs des droits humains risquent d'être inculpés de charges pénales, ce qui suscite des craintes quant à l'impartialité de l'enquête (voir https://www.amnesty.org/en/articles/news/2015/03/russian-activists-threa...), de même que les allégations de mauvais traitements formulées par les suspects dans cette affaire, à moins qu'elles ne fassent l'objet sans délai d'une enquête minutieuse, efficace et impartiale.

Nom : Tamerlan Eskerkhanov

Homme

AU 94/15, EUR 46/1509/2015, 29 avril 2015

Action urgente : Paraguay. La vie d'une fillette de 10 ans enceinte en danger

lun, 04/05/2015 - 08:52

AU 100/15, AMR 45/1554/2015, 28 avril 2015

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 9 JUIN 2015. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

La vie d'une fillette de 10 ans, enceinte après s'être fait violée par son beau-père, est en danger. Malgré le risque élevé que représente cette grossesse et la requête de la mère de l'enfant, les autorités n'ont pas encore autorisé l'accès à une procédure d'avortement.

Le 21 avril 2015, une fillette de 10 ans est arrivée accompagnée de sa mère à l'Hôpital mère-enfant de la Trinité à Asunción, la capitale du Paraguay, en se plaignant de douleurs à l'estomac. L'examen a révélé qu'elle était enceinte de 21 semaines. Cette grossesse résulte d'un viol commis par le beau-père de la fillette.

Le directeur de l'hôpital a reconnu publiquement que la vie de l'enfant était en danger bien qu'elle soit en bonne santé. Quelques jours plus tard, le ministère public a ordonné l'admission de la fillette à l'Hôpital de la Croix Rouge pour y passer des examens.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et les professionnels de la santé à travers le monde affirment qu'une grossesse chez une jeune fille dont le corps n'est pas totalement développé représente un danger particulier, y compris pour la vie de la personne concernée. Par conséquent, toutes les options, notamment une procédure d'avortement, doivent être proposées.

Le 28 avril, la mère de la fillette a déposé une demande administrative à l'hôpital en réclamant une interruption de grossesse pour sa fille. Néanmoins, rien n'indique que l'hôpital envisage cette solution. Au contraire, selon les informations dont nous disposons, la fillette sera envoyée dans un centre pour jeunes mères.

Au Paraguay, l'avortement n'est légal que lorsque la vie de la personne enceinte est en danger. Aux termes de la Convention relative aux droits de l'enfant, l'intérêt supérieur de l'enfant doit toujours primer et les États sont tenus de garantir l'accès à une procédure d'interruption de grossesse dans une situation pareille.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en espagnol ou dans votre propre langue :

- exhortez les autorités à sauver la vie de la fillette en lui accordant l'accès à un avortement réclamé par sa mère ;

- rappelez-leur que selon les agences des Nations unies, une grossesse chez une jeune fille représente un risque particulier et peut avoir des conséquences physiques et mentales à long terme sur la personne concernée ;

- appelez-les à diligenter une enquête indépendante et impartiale sur le viol subi par la fillette et à traduire l'auteur de ces faits en justice.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 9 JUIN 2015 À : Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

Ministre de la Santé publique et du Bien-être social

Antonio Barrios

Pettirossi Esq. Brasil

Asunción,

Paraguay

Fax : +595 21 207 328

Courriel : ministro mspbs.gov.py

Formule d'appel : Estimado Sr Ministro, / Monsieur le Ministre,

Procureur général

Javier Diaz Veron

Chile c/ Ygatimí

Asunción,

Paraguay

Tél./Fax : +595 21 415 6152

Courriel : fdiaz ministeriopublico.gov.py

Formule d'appel : Estimado Sr Fiscal General, / Monsieur le Procureur général,

Copies à :

CLADEM Paraguay

Courriel : coordi cladem.org

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Paraguay dans votre pays

Ambassade de la République du Paraguay

Avenue Louise 475 boîte 21

1050 Bruxelles

eMail : embapar skynet.be

Fax 02.647.42.48

COMPLEMENT D'INFORMATION

Au Paraguay, l'avortement n'est autorisé que si la vie de la personne enceinte est en danger. Cette procédure est interdite si ce n'est pas le cas, y compris si la grossesse résulte d'un viol ou si le fœtus présente une grave malformation, ce qui est contraire au droit international.

En mars 2015, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a appelé le Paraguay à modifier sa législation relative à l'avortement pour assurer sa compatibilité avec d'autres droits, comme celui à la santé et à la vie.

Selon les chiffres récemment publiés par le Fonds des Nations Unies pour la population, 2,13 % de la mortalité maternelle au Paraguay correspond à des filles de 10 à 14 ans. Dans cette tranche d'âge, on compte deux naissances par jour.

L'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant dispose : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. » Ce texte appelle les États, y compris le Paraguay, à donner aux jeunes filles au moins l'accès à une procédure d'avortement lorsque leur santé et leur vie sont en danger, ainsi que dans les cas de viol.

Dans son rapport Avortement sécurisé : Directives techniques et stratégiques à l'intention des systèmes de santé (2012), à destination des États, l'OMS note que les lois et les services relatifs à l'avortement doivent protéger la santé et les droits humains de toutes les femmes, y compris les adolescentes, et ne pas pousser celles-ci à chercher à avorter clandestinement, en tenant particulièrement compte des besoins des jeunes filles, notamment celles qui ont été victimes de viol.

Personne concernée : fillette de 10 ans (nom gardé secret)

enfant

AU 100/15, AMR 45/1554/2015, 28 avril 2015

Mise à jour : Inés Fernández Ortega & Valentina Rosendo Cantú (Mexique) 29 avril 2015

sam, 02/05/2015 - 21:47

Veuillez noter que les données concernant la Procureur Générale et le Ministre de l'Intérieur ont été modifiées.

Mise à jour Alejandro Solalinde Guerra (Mexique) 29 avril 2015

ven, 01/05/2015 - 22:54

Veuillez noter le changement dans l'adresse du Ministre de l'Intérieur, le nom du Procureur Général de la République et celui du Président de la Commission nationale des droits de l'homme.

Mise à Jour : Populations de Bhopal (Inde) 28 avril 2015

ven, 01/05/2015 - 22:22

Le 14 novembre 2014, le gouvernement indien a déclaré aux groupes de survivants de Bhopal qu'il allait réviser le bilan des décès et des blessés pour lesquels il demande une indemnisation additionnelle à Union Carbide, suite à la catastrophe causée par la fuite de gaz de 1984 ; cette révision s'appuierait sur les recherches médicales et les informations fournies par les hôpitaux.

Il s'agit là d'un développement extrêmement positif et, si le gouvernement respecte cet engagement, un pas important aura été accompli afin de faire en sorte que les entreprises versent une indemnisation qui reflète la véritable ampleur de la catastrophe.

Cette décision a été prise en grande partie en raison de la pression des militants locaux en Inde. Cinq femmes qui ont survécu à la catastrophe ont entamé une grève de la faim, le 10 novembre 2014, afin d'exiger que le gouvernement verse une indemnisation adéquate aux survivants. Cette action a bénéficié d'une importante couverture médiatique dans le pays et a, sans nul doute, exercé une pression sur les autorités. Leur action a été fondamentale mais elle s'inscrivait également dans l'incroyable et infatigable campagne menée par les survivants de Bhopal et les militants en Inde. Les groupes locaux ont également entamé désormais un dialogue direct avec les représentants du gouvernement central et ont des réunions régulières avec le ministère de Produits chimiques et le ministère de l'Environnement. Ce dialogue, qui n'avait pas pu avoir lieu précédemment, constitue un autre développement très positif, qui devrait conduire à de nouveaux progrès sur les autres questions qui doivent encore être abordées.

Cette décision constitue sans aucun doute une grande victoire pour les militants locaux et elle est survenue avant le lancement des activités menées dans le cadre de l'Action Écrire pour les droits (Write For Rights) qui ciblaient le gouvernement indien. Cependant, la campagne menée par Amnesty International a joué un rôle important afin de rallier un soutien national et international pour cette lutte. La campagne d'Amnesty International a également abouti à une couverture approfondie et très médiatisée de cette question par les principaux médias nationaux et internationaux. Notre travail médiatique a permis que les souffrances endurées par les survivants ainsi que leurs messages parviennent à un large public et a contribué à propulser cette question sur le devant de la scène mondiale. Cela a été facilité par l'élaboration de matériels solides, tels que les témoignages de survivants et les photos commandées à Raghu Rai.

Ces efforts médiatiques ont culminé avec la visite du Secrétaire général d'Amnesty International, Salil Shetty, à Bhopal pour le 30e anniversaire de la catastrophe. Cette visite a généré une très grande couverture médiatique en Inde et a accru la pression sur le gouvernement indien. Élément encore plus important encore, la présence de Salil a fourni une démonstration puissante et symbolique de l'engagement à long terme d'Amnesty en faveur de cette cause et elle a été très bien accueillie par les communautés et les militants car cette visite a eu lieu à un moment extrêmement important pour ces populations. Salil a rencontré des représentants de la communauté et des ONG clés et a pris part à l'un de leurs principaux événements. Cette preuve de solidarité de haut niveau a joué un rôle incroyablement précieux en apportant un soutien à leur campagne en cours.

Les membres et sympathisants d'Amnesty International ont mené plus de 220 000 actions ciblant le gouvernement indien dans au moins 33 pays à travers le monde. Bien que nous n'ayons pas reçu de signes concrets que ces messages ont été enregistrés par les autorités, nous pensons que ce haut niveau d'action a retenu leur attention. Cela a permis, au niveau mondial, d'ajouter des voix aux appels qui venaient d'Inde et nous espérons que cela aura un impact sur la campagne en cours.

AI a toujours voulu contribuer à la très longue campagne menée en Inde de manière efficace et engagée. Il était important que nos efforts se fassent en collaboration avec les communautés et les militants locaux et les réactions que nous avons reçues indiquent que cet objectif a été atteint. Les représentants communautaires et les ONG partenaires ont dit à quel point elles appréciaient l'apport d'Amnesty International au cours de toute cette période anniversaire ; ces acteurs ont notamment salué les activités menées dans le cadre de l'Action Écrire pour les droits (Write For Rights) et ont été très heureux de constater que de nombreux matériels ont été élaborés en total partenariat avec eux, y compris en matière de conception des appels de la campagne et des activités menées dans le cadre de l'Action Écrire pour les droits (Write For Rights). Des exemples de textes écrits dans le cadre de cette action ont été envoyés à la communauté ; par ailleurs, Rampyari Bai et Safreen Khan, qui figurent sur les photos de cette campagne, étaient vraiment heureuses de cette initiative. Sanjay Verma, un autre militant et survivant de Bhopal, était ravi de se rendre en France et Italie en décembre ; il y a rencontré les militants d'AI dans ces pays et a participé à l'Action Écrire pour les droits. Les sections ont, pour leur part, indiqué que sa présence était extrêmement précieuse. Il ne fait aucun doute que la campagne d'AI a notamment réussi à amplifier la voix des survivants de Bhopal et des militants locaux, et non à dominer ou à éclipser leur action.

Si le gouvernement respecte sa promesse de réviser le bilan des décès et des blessés pour lesquels il demande une indemnisation supplémentaire, cela constituera, pour les communautés, un grand pas dans leur lutte pour la justice ; d'ailleurs, l'un des appels clés de notre campagne concernait le versement d'une indemnisation adéquate. Toutefois, ceci ne constitue que l'une des questions qui doivent être abordées car le site de Bhopal demeure fortement contaminé et les communautés continuent à faire face aux conséquences de la pollution, d'une mauvaise prestation des soins de santé et d'une absence d'obligation de rendre des comptes des acteurs des entreprises impliquées. Les activités et les communautés locales poursuivront donc leur campagne, et nous allons examiner les prochaines étapes de notre action afin de veiller à ce que le gouvernement respecte sa promesse et aborde les autres questions en suspens.

Mise à jour Pierre Claver Mbonimpa (Burundi) 30 avril 2015

ven, 01/05/2015 - 22:06

Le défenseur des droits humains, Pierre Claver Mbonimpa, a été arrêté à la Maison de la Presse, une maison des médias, le 27 avril, et a été détenu pendant une journée avant d'être libéré.

La raison de son arrestation et de sa détention demeure inconnue. Cependant, cette arrestation pourrait être liée à la répression menée par le gouvernement à l'encontre de la société civile et de certains membres des partis d'opposition qui ont appelé à des manifestations pacifiques. Ces personnes voulaient protester contre la décision prise, le 25 avril, par le parti au pouvoir, le Congrès national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), de choisir l'actuel président Pierre Nkurunziza comme candidat à la prochaine élection présidentielle de juin 2015. Le Président Pierre Nkurunziza sera candidat à un troisième mandat en violation flagrante de la Constitution qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux. Beaucoup considèrent également cette décision comme une violation de l'Accord d'Arusha, qui a mis fin à la guerre civile au Burundi après plus d'une décennie de conflit.

Plusieurs manifestations ont éclaté dans plusieurs villes au Burundi et, dans certains cas, la police a recouru à un usage excessif de la force ; dans d'autres cas, cependant, l'armée est intervenue et a protégé les manifestants.

Les grands médias font également l'objet d'une vaste répression et le gouvernement a coupé la diffusion, en dehors de Bujumbura, des programmes des grands médias privés. Le gouvernement du Burundi a accusé les médias d'avoir incité à un mouvement insurrectionnel. Les autorités ont également entravé le recours aux médias sociaux et l'utilisation générale d'Internet dans le pays.

Retrait de la violence conjugale des priorités de la police - « Une gifle pour les milliers de victimes »

jeu, 30/04/2015 - 18:46

La police souhaite que la violence domestique ne soit plus considérée comme une priorité dans le Plan national de sécurité. « Une gifle pour les plus de 40.000 victimes qui ont osé faire cette démarche chaque année », a déclaré Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty International. « Et pour beaucoup d'autres également, parce que la grande majorité des faits ne sont pas déclarés. »

Une carte de la violence conjugale montre qu'une personne n'est considérée comme victime qu'après une moyenne de 35 incidents, selon l'Institut pour l'égalité entre les femmes et les hommes, lorsque sa vie est en danger ou lorsque les enfants encourent un risque. En 2013, la violence conjugale a été fatale pour 162 personnes en Belgique. La violence domestique est un problème social majeur.

Au cours des dernières années, plusieurs efforts ont été faits dans la lutte contre la violence domestique. « L'approche s'est en effet améliorée au cours des dernières années, mais pas globalement et cela dépend souvent de l'engagement personnel des parties prenantes locales. Le processus n'a pas encore été structurellement intégré. Aujourd'hui, de nombreuses victimes sont toujours dans la souffrance. Toutes les victimes ne sont pas connues, toutes les procédures ne sont pas parfaites, trop de monde ignore ce problème. Le nombre de signalements est un des plus élevés dans les statistiques de la police. Cette situation reste scandaleuse », a déclaré Philippe Hensmans.
Dans le plan de sécurité précédent, la violence entre partenaires a été traitée sous la rubrique « violence domestique et violence contre les femmes ». Amnesty International est extrêmement préoccupée par le fait que cette position de la police pourrait compromettre l'attention prioritaire que promettent tous les accords de gouvernement pour lutter contre le viol. Les chiffres officiels pour le viol dans notre pays sont élevés à un point tel que cela en devient hallucinant.. Chaque jour, huit plaintes pour viol sont soumises. 90% des infractions sexuelles ne sont même pas déclarées.

La police a affirmé que son approche fonctionne et est efficace. Cela est en contradiction avec ce qui s'observe sur le terrain et les conclusions qu'elle en tire sont illogiques.

« Les priorités du plan de sécurité ne devraient pas être choisies simplement parce que ce sont de nouveaux défis, mais elles doivent être une expression de la mesure et l'importance sociale accordée à un type particulier de crime », a déclaré le directeur d'Amnesty International.

De plus, la police n'est qu'une pièce du puzzle. Le Plan de sécurité a en effet des implications importantes pour les poursuites et le suivi juridique des plaintes. Là également, beaucoup reste à faire pour améliorer la réponse à la fois la violence du partenaire et la violence sexuelle. En outre, un nouveau plan d'action contre la violence contre les femmes est en train d'être élaboré. Cette proposition de la police mine la possibilité d'élaborer un plan solide. Une attention constante est nécessaire. Amnesty International appelle le gouvernement à maintenir à la fois la lutte contre la violence domestique et la violence sexuelle comme une de ses priorités.

Fin du communiqué

Raif Badawi. Poursuite de la mobilisation pour le « défenseur de la liberté d'expression »

jeu, 30/04/2015 - 15:44

Des militants d'Amnesty International ont manifesté une nouvelle fois jeudi 30 avril devant l'ambassade d'Arabie Saoudite pour la libération et l'annulation des peines de Raif Badawi et de son avocat, Waleed Abu al Khair. Le blogueur saoudien, condamné notamment à 10 ans de prison et à 1000 coups de fouet, a reçu ce dimanche à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse et dans le cadre de la première édition du « Difference Day » le titre honorifique de « défenseur de la liberté d'expression » décerné par la VUB et l'ULB.

« Nous sommes très heureux que Raif ait été choisi pour recevoir le titre de défenseur de la liberté d'expression. Cette distinction est une nouvelle occasion de remettre la lumière sur son cas et sur celui de tous les activistes et défenseurs des droits humains persécutés en Arabie saoudite. En ce qui nous concerne, nous maintenons la pression et continuons de manifester pour réclamer la libération de Raif et de son avocat et l'annulation de leurs peines », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.

Le cas de Raif Badawi continue d'entraîner une très forte mobilisation, avec la participation il y a quelques semaines des étudiants de l'ULB, puis la présence d'une dizaine de parlementaires aux côtés des militants. Par ailleurs, depuis son lancement, la pétition demandant l'annulation de la condamnation et la libération de Raif Badawi et de son avocat a récolté plus de 1 100 000 signatures à l'échelle mondiale et près de 35 000 au niveau de la section belge francophone d'Amnesty International.

Raif Badawi a été flagellé une première fois le 9 janvier dernier. Les flagellations qui devaient avoir lieu les 16 et 23 janvier derniers ont été reportées pour raisons médicales. Depuis lors, aucun autre coup n'a été porté au blogueur, mais les autorités se sont abstenues de motiver les neuf derniers reports (6, 13, 20 et 27 février ; 6, 13, 20 et 27 mars ; 3, 10, 17 et 24 avril). Il est pour l'heure impossible de savoir si Raif Badawi sera flagellé ce vendredi 1er mai.

Complément d'information

Raif Badawi a été condamné le 7 mai 2014 par le Tribunal pénal de Djedda à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet, assortis d'une interdiction de voyager pendant 10 ans à l'issue de sa peine, d'une interdiction d'utiliser les médias et d'une amende de 1 million de riyals saoudiens (environ 226 000 euros). Ce jugement est lié à la création de son site internet « Libérez les libéraux saoudiens » (dont la Cour a ordonné la fermeture), et à des accusations selon lesquelles il aurait « insulté l'islam ». Raif Badawi était initialement inculpé d'« apostasie », infraction passible de la peine de mort en Arabie saoudite. Malgré les efforts de son avocat, Waleed Abu al Khair, également en prison en raison de son militantisme pacifique, la Cour d'appel de Djedda a confirmé la condamnation de Raif Badawi le 1er septembre. Selon la décision finale de cette instance, Raif Badawi doit recevoir 50 coups de fouet consécutifs à un intervalle d'une semaine. La première séance a eu lieu en public le 9 janvier dernier.

Waleed Abu al Khair, l'avocat de Raif Badawi, a été jugé le 6 juillet 2014 par le Tribunal pénal spécial coupable d'avoir « désobéi au souverain et cherché à lui ôter sa légitimité », « insulté le pouvoir judiciaire et remis en cause l'intégrité des juges », « créé une organisation non autorisée », « nui à la réputation de l'État en communiquant avec des organisations internationales » et « rédigé, enregistré et envoyé des informations troublant l'ordre public ». Il a alors été condamné à 15 ans de prison, à une interdiction de voyager de la même durée et à une amende s'élevant à 200 000 riyals (environ 45 000 euros).

Le 12 janvier 2015, il a vu sa condamnation confirmée en appel. Le juge a par ailleurs ordonné qu'il purge l'intégralité de sa peine en raison de son refus de présenter des excuses pour les faits qu'on lui reproche. Il continue par ailleurs de contester la légitimité du Tribunal pénal spécial, un tribunal d'exception jugeant des affaires en rapport avec la sécurité et la lutte contre le terrorisme et dont la compétence et les règles internes n'ont pas été précisées.

De façon générale, les autorités saoudiennes continuent de mener une campagne de persécution de grande ampleur à l'encontre des défenseurs des droits humains et des militants de la société civile, en engageant des poursuites judiciaires contre eux et en adoptant des mesures arbitraires telles que l'interdiction de voyager.

Pour agir

La pétition à l'attention du roi d'Arabie saoudite et du Premier ministre saoudien est disponible ici

La manifestation a lieu chaque jeudi à 17 h devant l'ambassade d'Arabie saoudite : Avenue Louise 326 à 1050 Bruxelles.

Burundi. Les défenseurs des droits humains harcelés à l'approche des élections

jeu, 30/04/2015 - 15:37

Amnesty International a lancé jeudi 30 avril 2015 une nouvelle campagne en solidarité avec les défenseurs des droits humains burundais, qui sont l'objet d'actes d'intimidation et de harcèlement à l'approche des élections présidentielles prévues dans le pays en mai.

Cette campagne, intitulée Komera, Turikumwe (Courage, nous sommes avec vous), dénonce la répression croissante dont sont victimes les défenseurs des droits humains et les voix dissidentes de la part des autorités, en particulier depuis l'annonce, le 25 avril 2015, de la candidature du président burundais Pierre Nkurunziza à un troisième mandat.

« À l'approche des élections, et tandis que se poursuivent les manifestations contre la décision du parti au pouvoir de désigner Pierre Nkurunziza comme candidat, les autorités ne cessent de harceler les défenseurs des droits humains et ne mènent pas d'enquêtes sur les menaces sont ils font l'objet », a déclaré Sarah Jackson, directrice adjointe du programme Afrique de l'Est d'Amnesty International.

« Avec cette campagne, les membres d'Amnesty International et le grand public vont témoigner leur solidarité aux militants burundais, dont la sécurité est aujourd'hui de plus en plus menacée. »

Dans le cadre de sa campagne, Amnesty International sensibilisera chaque semaine à la situation d'un défenseur des droits humains en particulier et mènera des actions en direction des autorités. Des messages de solidarité seront notamment envoyés par les membres d'Amnesty International, et des actions médiatiques seront menées pour exiger que cesse le harcèlement des défenseurs des droits humains.

Plusieurs militants de premier plan sont confrontés à de longues procédures judiciaires au Burundi, ce qui restreint leur liberté d'action et leur capacité à effectuer librement leur travail en faveur des droits humains.

C'est le cas par exemple de Pierre Claver Mbonimpa, président de l'Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), et de Bob Rugurika, directeur de la Radio publique africaine (RPA).

Pierre Claver Mbonimpa a été arrêté le 15 mai 2014 après avoir dit à la radio que des jeunes hommes recevaient des armes et des uniformes et se rendaient en République démocratique du Congo voisine afin d'y suivre un entraînement militaire. Il a été inculpé d'atteinte à la sûreté de l'État et d'usage de faux.

Il a été libéré pour raisons médicales en septembre 2014, mais son procès n'a toujours pas eu lieu et il n'a pas le droit de quitter la capitale, Bujumbura. Lundi 27 avril 2015, il a été de nouveau arrêté par la police à la Maison de la Presse, à Bujumbura. Détenu par les Services de renseignement, il n'a été relâché que le lendemain après-midi. Quant à la Maison de la presse, elle est toujours fermée.

En outre, le 26 avril, les autorités ont interdit aux radios privées indépendantes RPA, Bonesha FM et Radio Isanganiro d'émettre en dehors de Bujumbura. Le lendemain, elles ont fermé les locaux de la RPA.

Les autorités burundaises avaient déjà arrêté Bob Rugurika, directeur de la RPA, le 20 janvier 2015, à la suite de la diffusion par cette radio d'informations complémentaires sur le meurtre de trois religieuses italiennes en septembre 2014.

Il est resté en détention jusqu'au 19 février 2015, date à laquelle il a été libéré sous caution. Il n'a pas le droit de quitter le pays sans autorisation.

« Dans un pays où les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique sont sérieusement menacés, il ne faut pas sous-estimer le rôle des défenseurs des droits humains », a déclaré Sarah Jackson.

« Ces militants vivent sous la menace constante des arrestations et des actes d'intimidation, de harcèlement et de violence, mais ils continuent de faire leur travail avec un courage remarquable face à l'adversité. »

D'autres défenseurs des droits humains sont couramment harcelés par les autorités burundaises.

Le 24 mars 2015, des policiers ont encerclé l'habitation de Maître Armel Niyongere, éminent avocat qui défend Pierre Claver Mbonimpa. N'ayant pas de mandat, ils n'ont pas pu pénétrer à l'intérieur.

Le 10 avril 2015, à Bujumbura, une grenade a été lancée contre la maison du journaliste Égide Ndayisenga, qui avait récemment dénoncé un possible coup monté dans la désignation d'un suspect après la découverte d'une cache d'armes. Il avait aussi évoqué le cas de citoyens qui ne voulaient pas voter pour leurs parlementaires locaux.

La police enquête sur l'attaque à la grenade mais personne n'a encore été arrêté.

Amnesty International a déjà exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation face à la détérioration de la situation des droits humains au Burundi, notamment en ce qui concerne les droits à la liberté d'expression, de réunion et d'association. Elle a prié instamment le gouvernement burundais de respecter pleinement ces libertés.

À propos de la campagne

La campagne Komera Turikumwe mettra un coup de projecteur sur le travail des défenseurs des droits humains menacés pendant la période électorale au Burundi.

Elle est menée en solidarité avec ces défenseurs et exige l'arrêt immédiat des actes de harcèlement à leur encontre.

Dans son rapport de 2014 intitulé Burundi. Le verrouillage , Amnesty International a recensé des violations des droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique commises par le gouvernement burundais.

Ce rapport dénonce des cas de harcèlement de défenseurs des droits humains et de membres de l'opposition pris pour cibles par des membres des autorités burundaises ou du parti au pouvoir.

Restituez les terres volées en Colombie !

jeu, 30/04/2015 - 13:39

Le contrôle des terres est une des causes fondamentales du conflit en Colombie. Huit millions d'hectares ont été abandonnés et volés à leurs propriétaires légitimes ! Il n'y aura pas de paix durable dans ce pays tant que cette question n'aura pas été réglée.

« La guérilla était à l'intérieur, les paramilitaires à l'extérieur… et nous, nous étions au milieu ».

Los Playones de Pivijay sont des terres que l'État a cédées à 75 femmes paysannes, organisées au sein de l'Association de femmes en milieu rural (ASOMUPROCA), au titre d'un projet gouvernemental visant à augmenter les revenus des femmes « chef de famille ».

Mais, lorsque les femmes sont arrivées, les terres étaient déjà sous le contrôle de la guérilla et, rapidement, la présence paramilitaire s'est fait également sentir. Vivre au milieu du conflit a eu des conséquences immédiates : homicides, disparitions forcées, recrutements forcés, menaces, maisons brûlées. En octobre 1999, une incursion paramilitaire dans une petite ville à proximité a fait trois morts, dont une femme qui a eu les seins mutilés. « Le 14 octobre 1999, nous avons toutes dû partir, en laissant tout derrière nous, ils étaient trop près. Ils ont brûlé nos fermes et ont volé tout le bétail et les animaux que nous avions pour nous nourrir » .

Suite au déplacement forcé, les femmes se sont dispersées. Malgré cela, les persécutions ont continué, et deux femmes ont même été assassinées là où elles s'étaient installées.

Au début, les autorités ont refusé leur déclaration « en tant que population déplacée » et elles ont privé les femmes de leurs terres « pour cause d'abandon ». Les parcelles ont été occupées par des tiers et exploitées économiquement. Il a fallu une décennie de luttes et de soutien juridique de la part de l'organisation de défense des droits humains « Asociacion colectivo mujeres al derecho » (ASOCOLEMAD) pour que la Cour Constitutionnelle reconnaisse ce groupe de femmes ainsi que leurs droits.

Leurs cas figurent dans le processus mis en place par la Loi sur les victimes et les restitutions des terres, mais on craint que des retards administratifs compliquent le retour de ces femmes sur leurs terres. Entretemps, les menaces de mort, les appels téléphoniques intimidants et la surveillance se poursuivent.

L'exemple de Playones de Pivijay n'est qu'un des nombreux cas de communautés paysannes, indigènes et d'ascendance africaine expulsées de leurs terres pendant le conflit armé. Huit millions d'hectares ont été abandonnés et volés. Près de six millions de personnes ont dû abandonner leurs foyers. Dans 45 % des cas, c'est une femme qui est à la tête de ces foyers de familles déplacées.

Exigez du gouvernement colombien qu'il rende les terres volées et qu'il garantisse un retour durable aux propriétaires légitimes.


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