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Le Fil 27 — Juillet-Août 2014

ven, 29/08/2014 - 15:54

Voici « Le Fil » des mois de juillet et août 2014 consacré notamment à la suite de notre campagne mondiale contre la torture : Stop Torture !

« Le Fil » est consultable sous différents formats électroniques (cliquez ici ou voyez ci-dessous en fin d'article).

Au sommaire de ce numéro :

L'Édito. Israël et territoires occupés

Stop Torture !

  • Un espace pour guérir
  • Allemagne. Pour combattre l'oubli
  • Worldwide. Le lancement en images

Invitation à « PAS D'ACCORD, J'ASSUME » (du 17 au 21 novembre 2014)
Université d'été (13 septembre 2014 à Louvain-la-Neuve)
En cas d'urgence, appuyez sur le bouton
Inde et Bangladesh. Le mur et la peur

S.O.S. Europe. Les gens, plutôt que les frontières.

  • Construire des barrières a un coût humain

Cour pénale internationale (CPI). Veiller sur la justice mondiale
Émirats arabes unis. « Nous n'avons plus peur »



Le Fil en ligne article par article (prochainement)
Le Fil en téléchargement (version PDF)
Le Fil en ligne au format magazine (version FLASH)


Japon. Des condamnés ont été exécutés en secret tandis que les autorités font fi des appels à la réforme

ven, 29/08/2014 - 15:53

L'exécution de deux hommes au Japon vendredi 29 août va à l'encontre des appels de plus en plus nombreux en faveur de l'abolition de la peine capitale dans ce pays, a déclaré Amnesty International.

Mitsuhiro Kobayashi, 56 ans, et Tsutomu Takamizawa, 59 ans, ont été pendus tôt le matin du 29 août. Mitsuhiro Kobayashi a été exécuté au centre de détention de Sendai et Tsutomu Takamizawa au centre de détention de Tokyo. Ils avaient tous deux été déclarés coupables de meurtre.

« Il est effrayant que les autorités japonaises continuent à envoyer des condamnés au gibet en dépit des graves questions soulevées par le recours à la peine de mort dans le pays », a déclaré Hiroka Shoji, spécialiste de l'Asie de l'Est à Amnesty International.

L'absence de garanties juridiques adéquates pour les personnes sous le coup d'une sentence de mort au Japon suscite de nombreuses critiques. Cela se manifeste notamment par l'impossibilité pour les accusés de bénéficier d'une assistance juridique adéquate dès leur arrestation, l'absence d'un processus d'appel automatique dans les affaires dans lesquelles l'accusé encourt la peine de mort, et de maintiens prolongés en détention à l'isolement.

Plusieurs prisonniers souffrant de troubles mentaux ont par ailleurs été exécutés ou se trouvent toujours dans le quartier des condamnés à mort.

« Ces homicides approuvés par l'État sont le châtiment le plus cruel et inhumain qui soit. Le gouvernement doit instaurer un moratoire sur les exécutions, à titre de première étape vers l'abolition », a déclaré Hiroka Shoji.

Ces dernières mises à mort portent à trois le nombre de personnes exécutées au Japon en 2014. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe en décembre 2012, 11 personnes ont été exécutées par pendaison. En tout, 127 personnes se trouvent actuellement dans le quartier des condamnés à mort.

« Les droits humains sont mis sur la touche par le gouvernement du Premier ministre Abe. Les deux dernières années ont été marquées par une série de régressions, notamment par le refus d'agir face aux appels d'organes de l'ONU à lutter contre les violations des droits humains », a déclaré Hiroka Shoji.

De graves failles dans l'application de la peine de mort au Japon ont été mises en évidence en mars lorsqu'un tribunal a ordonné la libération provisoire d'Iwao Hakamada, qui a passé plus de quatre décennies dans le quartier des condamnés à mort à la suite d'un procès inique.

Le parquet a fait appel de la décision d'accorder à Iwao Hakamada un nouveau procès, alors même que le tribunal estimait que la police avait probablement fabriqué des preuves de toutes pièces.

Au Japon, les exécutions sont entourées de secret, les prisonniers n'étant le plus souvent informés de cette échéance que quelques heures auparavant ; il arrive également qu'ils ne soient pas prévenus du tout. En général, les familles ne sont averties qu'après l'exécution.

Amnesty International s'oppose dans tous les cas et sans aucune exception à la peine de mort, indépendamment de la nature et des circonstances du crime commis, de la culpabilité, de l'innocence ou d'autres caractéristiques du condamné, ou encore de la méthode utilisée par l'État pour procéder à l'exécution. La peine capitale bafoue le droit à la vie et constitue le châtiment le plus cruel, le plus inhumain et le plus dégradant qui soit.

La Syrie oubliée. Les disparitions forcées continuent à être monnaie courante tandis que l'ONU reste inactive

ven, 29/08/2014 - 10:21


Les disparitions forcées en Syrie se poursuivent, plus d'un an après que les Nations unies ont exigé que la Syrie mette fin à cette pratique odieuse, a déclaré Amnesty International à l'approche de la Journée internationale des victimes de disparition forcée, samedi 30 août.

« En Syrie, des personnes sont régulièrement jetées dans l'abîme de la détention secrète, ce qui prouve que les autorités recourent systématiquement aux disparitions forcées afin d'écraser l'opposition », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Bien que le Conseil de sécurité des Nations unies ait adopté en février une résolution demandant la fin des disparitions forcées et des autres violations des droits humains, d'innombrables personnes perçues comme des opposants au gouvernement syrien - notamment des militants, des journalistes, des professionnels de la santé et des avocats - sont fréquemment enlevées dans la rue ou chez elles, avant d'être avalées par un véritable trou noir. »

Les disparus sont placés au secret dans des lieux de détention inconnus à travers la Syrie. Beaucoup sont incarcérés dans des conditions inhumaines et, ayant été soustraits à la protection du droit, sont soumis à la torture ou à d'autres formes de mauvais traitements. Un nombre inconnu d'entre eux ont été tués alors qu'ils trouvaient en détention secrète.

En février, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies se sont engagés à « prendre des mesures supplémentaires » si la résolution n'était pas respectée. Pourtant, six mois plus tard, le gouvernement syrien continue à mener une implacable campagne d'intimidation à l'égard des dissidents.

« Les promesses selon lesquelles les membres du Conseil de sécurité des Nations unies prendraient des mesures contre ceux qui enfreignent de manière flagrante les termes de la résolution n'ont manifestement pas été tenues. Dans les faits, cela revient à donner au gouvernement syrien carte blanche pour poursuivre son impitoyable campagne de disparitions forcées en toute impunité », a déclaré Philip Luther.

La résolution demandait par ailleurs la levée des sièges et le libre passage de l'aide humanitaire, ainsi que la fin des détentions arbitraires et des actes de torture attribués aussi bien aux forces gouvernementales qu'aux groupes armés. Elle précise que toutes les personnes faisant l'objet d'une détention arbitraire, parmi lesquelles figurent de nombreux prisonniers d'opinion, doivent être immédiatement libérées.

Amnesty International redéploie son action afin qu'elle coïncide avec la Journée internationale des victimes de disparition forcée, de sorte à mettre en relief la difficile situation des Syriens dont on ignore le sort depuis qu'ils ont été enlevés par l'État.

Disparitions forcées en Syrie : les fantômes de la guerre

ven, 29/08/2014 - 10:09

La dernière fois que Rania (son prénom a été modifié) a parlé avec son ami Mohamed Bachir Arab, c'était le 1er novembre 2011. Médecin travaillant dur et militant politique engagé, Mohamed Bachir Arab vivait caché depuis six mois pour essayer d'échapper aux tentacules omniprésents des services de renseignement syriens, qui arrêtent régulièrement des militants pacifiques comme lui.

Le lendemain, les pires craintes de Rania étaient devenues réalité. Les informations du soir annonçaient que son ami avait été arrêté. Aucun de ses proches ne savait où il avait été emmené.

Mohamed Bachir Arab était une cible désignée. Il avait été chef de file des étudiants à l'université d'Alep, dans le nord-ouest de la Syrie. Au fil des ans, il avait organisé de nombreuses manifestations contre les politiques du gouvernement, ce qui lui avait valu des ennuis avec les autorités. En 2004-2005, il avait été maintenu plusieurs mois en détention avant d'être libéré.

Mais cette fois, ses proches et ses collègues craignaient que ce soit différent. Depuis que la crise a éclaté en Syrie en mars 2011, le nombre de personnes détenues secrètement par l'État (ou victimes de disparition forcée) a atteint des proportions démesurées.

« La stratégie des autorités syriennes concernant la dissidence est implacable : exprimez une fois votre opposition et elles vous arrêtent. Recommencez et elles vous font purement et simplement disparaître », a expliqué Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au sein d'Amnesty International.

Beaucoup des personnes assez chanceuses pour être libérées après des mois, parfois même des années, de détention portent les marques du traitement cruel auquel elles ont été soumises.

La plupart racontent être passées par certains des centres de détention qui forment le sombre labyrinthe de mauvais traitements contrôlé par les forces de sécurité et les agences de renseignement syriennes.

« Quand quelqu'un est secrètement arrêté et détenu, il est probable que cette personne va être torturée dans le but de lui soutirer des informations ou en guise de punition. Vu le passif révoltant de la Syrie, il existe un grand risque pour qu'un tel traitement affecte gravement la santé de la personne disparue, voire entraîne sa mort », a déclaré Philip Luther.

Et pour leurs proches, la douleur de ne pas savoir est intolérable.

Dès que la famille de Mohamed Bachir Arab a su qu'il avait été arrêté, elle a commencé à essayer de découvrir des indices sur l'endroit où il était détenu.

Au départ, elle a fait chou blanc. Mais après quelque temps, des renseignements ont commencé à filtrer. Plusieurs hommes libérés de l'un des centres de détention les plus tristement célèbres du pays l'ont avertie qu'ils l'avaient vu à divers endroits.

Peu après son arrestation, Mohamed Bachir Arab a été aperçu dans les locaux des services de renseignement de l'armée de l'air à Alep, puis dans un hôpital de la ville. L'homme qui a fourni ces informations a indiqué que Mohamed Bachir Arab souffrait de blessures à la tête qui auraient été dues à des actes de torture ou d'autres mauvais traitements.

Amnesty International s'est entretenue avec plusieurs personnes qui ont été maintenues dans ce centre de détention. Un homme, qui vit désormais hors de Syrie et a demandé à ce que son nom ne soit pas révélé, a confié que la vie dans le centre était si dure qu'il aurait souvent préféré être mort.

Il a expliqué que les détenus étaient souvent roués de coups, maintenus dans des cellules surpeuplées et que le manque d'eau potable les obligeait à boire l'eau des toilettes. L'absence d'hygiène était à l'origine d'épidémies de diarrhées et d'autres maladies infectieuses, ce qui a contribué à la mort de plusieurs détenus.

D'après d'autres détenus libérés, Mohamed Bachir Arab a été vu dans d'autres centres de détention, notamment à la branche d'al Ameerya des services de renseignement de l'armée de l'air, à Damas, et dans les locaux des renseignements des armées à Qaboun.

Mais les informations concernant le lieu où il pourrait se trouver sont insuffisantes. En début d'année, un autre homme a indiqué avoir vu Mohamed Bachir Arab à la prison militaire de Saydnaya, où il pourrait avoir été traduit devant un tribunal militaire, mais on ignore toujours ce qu'il est advenu de lui.

« Le fait que, près de trois ans après qu'il a été placé en détention, personne ne sache où se trouve Mohamed Bachir Arab dresse un portrait scandaleux du fonctionnement du réseau opaque de centres de détention contrôlé par les autorités syriennes. Les implacables forces de sécurité maintiennent secrètement des personnes en détention et les déplacent dans tout le pays sans même penser à l'immense angoisse dans laquelle elles plongent les familles des détenus », a déclaré Philip Luther.

Mohamed Bachir Arab n'est que l'un des noms qui figurent sur une longue liste de militants pacifiques, d'avocats, de journalistes et de travailleurs humanitaires perçus comme opposés aux politiques des autorités syriennes et détenus secrètement par les forces de sécurité. On est toujours sans nouvelle de beaucoup d'entre eux.

Sur cette liste figurent Ali Mahmoud Othman, journaliste citoyen arrêté à Homs en mars 2012, Juwan Abd Rahman Khaled, militant kurde arrêté à Damas en septembre 2012, Khalil Matouq, avocat spécialiste des droits humains vu pour la dernière fois à un poste de contrôle près de Damas en octobre 2012, ou encore Nasser Saber Bondek, poète et militant humanitaire emmené de son domicile de Damas en février 2014.

Et la liste est loin d'être complète. Ce sont les fantômes de la guerre de Syrie.

Rania, qui vit désormais hors de Syrie, compte continuer à chercher Mohamed Bachir Arab : « Je n'ai eu aucune véritable nouvelle de Mohamed depuis huit mois, mais je vais continuer à le chercher. C'est quelqu'un de vraiment pacifique alors je ne comprends pas pourquoi il est en prison. Il faut que les choses changent en Syrie. »

Il risque la mort pour avoir une chance dans la vie : parti d'Afrique, un migrant arrive en Europe au bout d'un an

mar, 26/08/2014 - 16:16


De Maxim Tucker, attaché de presse – Campagnes mondiales, questions thématiques et Nations unies.

BORGO MEZZANONE, ITALIE : Ebrima occupe un espace de cinq mètres sur cinq sous un toit en tôle ondulée. Il le partage avec un autre demandeur d'asile. Pour dormir, ils ont chacun un matelas en mousse posé sur un lit de camp. Des fils électriques pendent d'un plafonnier cassé et le sol est recouvert de poussière, de miettes et de coquillages.

Depuis six mois, il vit au centre d'accueil des demandeurs d'asile de Borgo Mezzanone, dans le sud de l'Italie. Dans cette base aérienne désaffectée convertie en centre de détention, les conditions sont rudes. Mais après un voyage pénible depuis l'Afrique, à travers le Sahara et la Méditerranée, Ebrima ne semble même pas s'en apercevoir. Il est heureux d'être là.

Il m'explique que son voyage a commencé en Sierra Leone après la mort de son père, qui était musulman. La communauté chrétienne dans laquelle il vivait voulait qu'il parte. Même la famille de sa belle-mère a essayé de le forcer à se convertir de l'Islam au Christianisme.

« Dans la famille de ma belle-mère, ce ne sont pas des gens bien. Ils m'ont violemment menacé et m'ont dit de choisir entre le Christianisme et le départ. Donc j'ai dû partir », a déclaré Ebrima quand nous nous sommes rencontrés au centre d'accueil.

Ebrima s'exprime en anglais, clairement et avec fougue. Il porte un t-shirt rouge et un short, avec une large casquette de baseball qu'il porte de travers avec style. Il refuse de se laisser intimider par les difficultés auxquelles il a fait face dans sa vie.

« J'ai 20 ans, je suis jeune. En Sierra Leone c'était le chaos. Je veux une vie meilleure, mais j'ai besoin de stabilité et il faut que j'aille à l'école. »

Les risques qu'il a été prêt à prendre pour trouver cette vie stable sont stupéfiants. Il dit qu'il est parti de chez lui sans argent et sans passeport, voyageant uniquement avec sa carte d'étudiant. Mécanicien de formation, il a pris un bus pour le Mali et, en travaillant, il a atteint au bout d'un mois le Burkina Faso, puis le Niger. Là, il a travaillé pendant encore trois mois, économisant de l'argent pour passer la frontière libyenne à travers le Sahara. C'est dans la ville poussiéreuse d'Agadez, au Niger, qu'il dit avoir pris contact avec un groupe de passeurs.

« Un Arabe m'a proposé de me faire entrer en Libye. Cela coûtait 20 dollars, payables d'avance, puis je devais travailler pour lui là-bas jusqu'à ce que je rembourse le reste (580 dollars américains). C'était beaucoup d'argent, mais j'étais déterminé. »

De peur de se faire prendre, les passeurs n'empruntent pas la route de montagne à travers l'Algérie vers Tripoli. Au lieu de cela, ils traversent péniblement en pick-up Toyota près de 2 500 kilomètres de désert saharien jusqu'à Sebha. Ebrima a une personnalité enjouée et vive, mais lorsque je lui demande comment il est arrivé en Libye, il enfonce ses mains dans ses poches et regarde ses pieds.

« C'est difficile de parler de ce voyage, dit Ebrima. Trente-sept personnes dans un pick-up, pendant sept jours de voyage. On avait un peu de nourriture et d'eau, mais le soleil brûle la peau, et le sable s'y colle. Deux hommes de notre groupe sont morts. On est passé à côté d'un, deux, trois autres corps sur la route. Ils avaient été jetés des camionnettes devant nous. Dans le désert, on n'a pas le temps d'enterrer les corps. »

Les choses n'étaient pas beaucoup plus faciles à Tripoli. En Libye, un Africain subsaharien noir est la cible immédiate des forces de sécurité, et les migrants et les demandeurs d'asile peuvent être détenus indéfiniment s'ils se font attraper. Ceux qui n'ont pas de papiers en règle sont particulièrement en danger. Ebrima dit qu'il a été forcé d'entrer dans la clandestinité, travaillant comme employé de maison, faisant la cuisine et le ménage pour rembourser le coût de son voyage à travers le Sahara, et économisant pour réunir les 1 100 dollars nécessaires pour la traversée en bateau vers l'Europe.

Une situation extrêmement dangereuse

Ebrima explique à quel point il est dangereux de travailler en Libye sans permis en règle. Au cours des quelques mois suivants, il a sympathisé avec Bubacary, un autre employé de maison africain qui était arrivé en Libye peu de temps avant lui. Un soir, alors qu'il avait économisé suffisamment d'argent pour payer la traversée, Bubacary a récupéré son salaire et rentrait discrètement du travail après la tombée de la nuit quand il a été arrêté par un groupe d'hommes armés. Ils lui ont ordonné de leur donner son argent, ce qu'il a refusé. Ils lui ont alors tiré dans la jambe, puis dans l'épaule et ont pris les 1 100 dollars.

Quand Ebrima a trouvé Bubacary, il saignait beaucoup. Ils ont cependant dû attendre des heures avant que leur employeur libyen l'emmène à l'hôpital. Tous deux étant originaires d'Afrique subsaharienne, ils craignaient qu'on ne leur demande leurs papiers, et quelque temps dans un centre de détention des services de l'immigration pouvait signifier la mort. Bubacary est décédé le lendemain.

La semaine suivante, Ebrima a fait la traversée jusqu'en l'Italie. Les passeurs l'ont entassé avec 150 autres personnes sur un petit bateau de pêche et leur ont donné une boussole et un talkie-walkie. Ils leur ont dit de se diriger vers le nord et d'appeler la Marine italienne dès qu'ils seraient au large, mais ils se sont vite perdus. Ebrima et ses compagnons ont dérivé pendant trois jours avant d'être secourus et amenés à la base italienne de Lampedusa, en Sicile.

Depuis six mois, Ebrima attend une réponse à sa demande d'asile. Si celle-ci est rejetée, on lui remettra un document lui ordonnant de quitter l'Italie sous sept jours. Il est optimiste, mais même s'il se voit accorder l'asile en Italie, son futur reste incertain. Il parle bien anglais mais pas du tout italien. Il m'a dit que ce qu'il voulait réellement c'était travailler comme mécanicien en Angleterre, et m'a demandé pourquoi il était si difficile d'immigrer au Royaume-Uni. Je n'ai pas pu lui répondre.

L'Italie sauve et héberge chaque année des milliers de personnes qui traversent la Méditerranée. C'est beaucoup plus que n'importe quel autre pays de l'Union européenne. En même temps, d'autres pays européens ferment leurs frontières, arrêtent ceux qui parviennent à passer et repoussent même des bateaux bondés à la mer. Des gens sont forcés de partir de chez eux par peur de la violence, et des histoires comme celle d'Ebrima sont remarquables d'endurance. Ils risquent tout pour trouver refuge et échouent finalement aux portes de la forteresse Europe.

Et cela ne concerne pas uniquement des jeunes hommes d'Afrique subsaharienne à la recherche d'une vie meilleure. La crise en Syrie en est un autre exemple effrayant. Seuls 2,4 % de ceux qui ont fui le pays ont réussi à arriver jusqu'à l'Union européenne et demander l'asile. L'Europe doit faire plus. Les pays du nord de l'Europe doivent renforcer les capacités de recherche et de secours en Méditerranée, afin de pouvoir identifier les embarcations en détresse et aider les personnes à leur bord. Et ils doivent traiter les gens à qui ils portent secours avec dignité, leur donner accès aux procédures de demande d'asile et mettre fin une bonne fois pour toutes aux opérations illégales visant à renvoyer les réfugiés et les demandeurs d'asile de l'autre côté des frontières.

Viêt-Nam. Des violences policières ont lieu devant un tribunal sur fond de répression du militantisme

mar, 26/08/2014 - 10:33

Les autorités vietnamiennes doivent cesser de s'en prendre à des militants pacifiques, a déclaré Amnesty International mardi 26 août, après que trois défenseurs des droits humains ont été condamnés à une peine de prison et que des policiers ont frappé et arrêté leurs sympathisants.

Les militantes Bui Thi Minh Hang et Nguyen Thi Thuy Quynh, ainsi que leur coaccusé Nguyen Van Minh, ont été condamnés à des peines allant de deux à trois ans de prison pour « troubles à l'ordre public » par le tribunal provincial de Dong Thap, au Viêt-Nam.

Des dizaines de sympathisants, dont des membres de leur famille, des blogueurs et d'autres éléments de la société civile, ont été harcelés, frappés et arrêtés par des policiers voulant les empêcher d'assister à l'audience.

« La décision de justice rendue mardi 26 août semble être une nouvelle tentative de sanctionner le militantisme pacifique au Viêt-Nam », a déclaré Rupert Abbot, directeur du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International.

Ces trois militants et 18 autres ont été agressés et arrêtés par des policiers en février 2014, alors qu'ils essayaient de rendre visite à l'ancien prisonnier d'opinion Nguyen Bac Truyen au domicile de sa fiancée.

« Le Viêt-Nam doit maîtriser sa police et mettre fin aux attaques visant les militants non violents, les familles de ceux-ci et leurs sympathisants », a déclaré Rupert Abbott.

« L'ensemble des personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux doivent être libérées immédiatement et sans condition. »

L'Université d'été d'Amnesty — 2014

lun, 25/08/2014 - 15:31

L'université d'été d'amnesty, c'est le plus grand rassemblement autour des droits humains en belgique.

Le 13 septembre 2014, nous vous donnons rendez-vous : Auditoires Socrate – Faculté de Psychologie Place Cardinal Mercier 10-12 1348 Louvain-la-Neuve

Venez avec votre famille, invitez vos amis, parlez-en autour de vous, la journée est gratuite et ouverte à toutes et tous ! INSCRIPTIONS au bas de cet article !

Encadrement toute la journée pour les enfants de 4 à 12 ans

Entrée libre Infos : acaudronatamnestyPOINTbe – 02/538 81 77

Sommaire PROGRAMME

09h15 Accueil

09h45 Quatre ateliers au choix

1 . Projection du film “Le voyage d'Aïcha” (avec le réalisateur Dominique Thibaut et Zoé Spriet, responsible des campagnes chez Amnesty)

Aicha vit au Burkina Faso. À 20 ans, elle attend son quatrième enfant. L'accoucheuse du village a détecté que l'enfant se présente par le siège. Aïcha ne dispose pas des moyens financiers pour se rendre à l'hôpital le plus proche et payer les soins. Confrontée à un accouchement à risque dans une région du monde où elle pourrait en mourir, Aïcha s'interroge sur le sens de sa vie. En suivant l'itinéraire de la jeune femme, le film pose la question du droit des femmes à leur santé reproductive dans une Afrique où 250 000 d'entre elles meurent chaque année des suites de leur grossesse.

La projection sera suivie d'un débat en présence du réalisateur Dominique Thibaut, et d'un point sur la campagne « Mon corps, mes droits » qui s'attaquera, entre autres, à la mortalité maternelle au Burkina Faso en 2015.

2. Les droits humains, ma commune et moi (avec Luc Van Gossum, militant d'Amnesty, et la commune d'Ixelles)

Les militants d'Amnesty savent comment s'adresser aux dirigeants du monde entier. Paradoxalement, pour certain-e-s il est d'ailleurs plus facile d'écrire à Poutine… que de s'adresser à son propre bourgmestre. Mais depuis 2012, des militants sont allés à la rencontre de leurs élus locaux. Objectif : mettre les droits humains au centre des politiques menées par nos villes et communes. Vous aurez ici l'illustration des démarches menées par le groupe local de la commune d'Ixelles. Présentation du “guide pratique” à tous les responsables de département de la commune, recensement de toutes les actions menées dans la commune pour améliorer les droits humains… : c'est une belle histoire, presque modèle, de collaboration entre un groupe et une commune.

3. Consultation “Objectifs stratégiques” d'Amnesty (avec les membres du Conseil d'administration d'Amnesty)

Grand moment de cogitation pour Amnesty International : sur quels thèmes allons-nous prioritairement travailler entre 2016 et 2020 ? Toutes les sections, tous les membres d'Amnesty sont appelés à donner leur avis d'ici le Conseil International d'août 2015, où les objectifs stratégiques seront votés. L'université d'été, et plus précisément cet atelier animé par les membres du Conseil d'administration d'Amnesty, sera la première étape de cette consultation. Quelles sont les violations des droits humains contre lesquelles Amnesty doit se battre en priorité et en visant quels changements ? Quels sont les thèmes qu'il faudrait laisser à d'autres associations ? À vous de nous le dire…

4. Amnesty à l'école : quand les profs et les jeunes s'en mêlent (avec Laura Lhoir, responsable Jeunes et Alexandra Mertens, animatrice et coordinatrice chez Amnesty)

Amnesty propose à toutes les écoles primaires et secondaires de rejoindre sa grande campagne “Stop torture”. Grâce à cet atelier, vous pourrez découvrir la thématique et comprendre comment l'aborder avec vos élèves. Vous repartirez avec les trucs et astuces et tout le matériel nécessaire pour mener à bien cette campagne.
Nous vous présenterons également le nouveau projet d'animateurs dans les écoles et les deux nouvelles animations pédagogiques sur les droits humains et le travail d'Amnesty pour le public primaire et secondaire.

11h15 Pause

11h30 Les migrations en Europe : « Ouvrir les frontières… de nos esprits »

Avec François Gemenne (Chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales, il enseigne également la géopolitique du changement climatique et la gouvernance des migrations à Sciences Po Paris et à l'ULB), Mikael Franssens (Chargé des politiques migratoires au Ciré) et Carmen Dupont (Coordinatrice de la campagne européenne d'Amnesty International sur les migrations)

La montée des populismes a contaminé la pensée politique et la réflexion de bon nombre de nos concitoyens, dès qu'il s'agit d'aborder la question des migrations et du droit d'asile. Nous avons parfois peur nous-mêmes d'entamer ces débats, y compris avec nos proches. Pourtant, ce sont des milliers de vies qui sont en jeu. Grâce à nos invités, nous tenterons de reconstruire nos argumentaires, et nous examinerons les axes de nos campagnes (dont SOS Europe) sur le thème.

13h00 Lunch

14h15 Les droits humains doivent-ils revenir à la mode ?

Avec Olivier De Schutter , ex-rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, il rejoindra en 2015 le Comité des droits économiques, sociaux et culturels ; Jean-Paul Marthoz , Représentant en Europe du Committee to Protect Journalists (CPJ, New York), Chroniqueur au Soir, professeur de journalisme international à l'UCL et à l'IHECS, et Conseiller de l'Institut Panos (Paris) ; Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.

Comment sera le monde dans 5, 10, 20 ans ? À quelles évolutions géopolitiques et à quels impacts sur les droits humains doit-on s'attendre ? Les réponses de trois acteurs et experts des droits humains pour noiurrir notre réflexion et tenter de répondre à la question : à quoi Amnesty devrait-elle, en priorité, consacrer son extraordinaire énergie ?

16h15 Pause

16h30 Deux conférences au choix

1. Quelle Russie aujourd'hui ?

Avec Aude Merlin (Chargée de cours en science politique à l'ULB, spécialiste de la Russie et du Caucase, membre du CEVIPOL), et Bernard De Backer (Sociologue et auteur, Bernard De Backer a voyagé dans différentes régions d'Ukraine depuis l'indépendance de 1991)

La Russie constitue un acteur important sur l'échiquier mondial, et suscite des avis ou positionnements parfois contradictoires.
Comment expliquer les évolutions de la Russie post soviétique ? Où en est la société civile russe ? Quelle y est la situation des droits et libertés ? Nous essayerons de mieux comprendre pour mieux agir.

2. Afrique du Nord et Moyen-Orient : c'était mieux avant ?

Rencontre avec Hassiba Hadjsahraoui, observatrice de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et activiste depuis longtemps, Hassiba est aussi directrice adjointe pour la région au secrétariat international. Elle passera en revue avec nous ces régions, nous aidant à viser une chose d'abord : les droits humains de tous et toutes, plutôt — parfois — que les stratégies géopolitiques.

18h Apéro estival

Comment s'y rendre ?

En train :

Deux navettes ferrovières sont assurées chaque heure entre les gares d'Ottignies et de Louvain-la-Neuve.
Aller : …h21 et …h51
Retour : …h00 et …h30
Les auditoires Socrate se trouvent à 5 minutes à pieds de la gare de LLN.
En sortant de la gare, se rendre sur la place de l'Université. Prendre la rue Charlemagne jusqu'à la Grand'Place. Prendre, tout droit, la rue Cardinal Mercier jusqu'à la place Cardinal Mercier. Vous y êtes.

En voiture :

E 411, sortie 8a.
Ensuite, choisissez entre
Parking gratuit + 10 min à pieds ?
Au rond-point, prendre à gauche.
Au rond-point suivant, prendre à droite.
Au rond-point suivant (c'est le dernier…), prendre à droite.
Après 500 m, au carrefour, se garer sur le parking public qui est sur votre droite. Rejoindre à pieds le centre de Louvain-la-Neuve par la rue des Wallons. A partir de la place de l'Université, prendre la rue Charlemagne jusqu'à la Grand'Place. Prendre, tout droit, la rue Cardinal Mercier jusqu'à la place Cardinal Mercier. Vous y êtes.
Parking payant + 1 min à pieds ?
Au rond-point, prendre tout droit direction centre. Suivre les indications et se garer dans le parking Grand-Place (12€ pour une journée entière). À partir de la Grand'Place, prendre la rue Cardinal Mercier jusqu'à la place Cardinal Mercier. Vous y êtes.

INSCRIPTIONS (jusqu'au 6 septembre 2014)

Chargement en cours...

Infos : acaudron amnesty.be — 02/538 81 77

Gaza. Le Hamas doit mettre fin aux exécutions sommaires, les « informateurs » risquant d'être passés par les armes

ven, 22/08/2014 - 16:05

Le Hamas doit mettre fin à sa campagne d'exécutions sommaires de collaborateurs présumés, a déclaré Amnesty International vendredi 22 août après qu'au moins 18 nouveaux Palestiniens ont été passés par les armes pour avoir semble-t-il fourni des informations à Israël.

Cela porte le nombre de soi-disant informateurs exécutés ces derniers jours à 21, dont plusieurs personnes arrêtées jeudi 21 août en relation avec l'homicide de trois commandants du Hamas par les forces israéliennes.

« Ces exécutions en rafale attribuées au Hamas sont d'autant plus choquantes que les victimes ont été condamnées à mort à l'issue de procès qui, lorsqu'ils ont eu lieu, étaient sommaires et contraires aux normes d'équité les plus élémentaires », a déclaré Anne Fitzgerald, directrice de l'unité Recherche et réaction aux crises d'Amnesty International.

« Le Hamas doit immédiatement et totalement cesser de recourir à la peine capitale. »

Au moins 11 personnes, dont deux femmes, ont été tuées vendredi 22 août par un peloton d'exécution dans la cour de la prison d'al Katiba, dans l'ouest de la ville de Gaza.

Sept autres ont été exécutées après la prière du vendredi devant la principale mosquée de la ville.

Un morceau de papier cloué au mur de la mosquée a annoncé qu'elles avaient fourni à l'ennemi des informations sur des tunnels, des maisons et d'autres endroits où des roquettes étaient entreposées. Ces lieux ont ensuite été bombardés, ce qui a causé la mort de nombreux combattants du Hamas.

« Le jugement du tribunal révolutionnaire a par conséquent été appliqué », expliquait la note.

L'identité des personnes exécutées n'est pas encore connue, car elles avaient la tête couverte. Les tireurs du peloton d'exécution étaient eux aussi masqués.

Le site Internet Al Rai, administré par le Hamas, a prévenu que « le même châtiment sera bientôt imposé à d'autres ». La trahison est une infraction punie de la peine de mort dans le droit palestien.

En vertu de ce dernier, toutes les condamnations à mort doivent être ratifiées par le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, mais le gouvernement du Hamas procède à des exécutions sans demander l'approbation du président.

« Ôter la vie à quelqu'un à l'issue d'une procédure sommaire et manifestement inéquitable est clairement cruel et inhumain. Le Hamas doit par ailleurs se souvenir que le droit à un procès équitable devant un tribunal compétent reste en vigueur dans les périodes de conflit armé », a déclaré Anne Fitzgerald.

Israël a tué trois commandants militaires du Hamas lors d'une frappe aérienne ayant visé une maison du sud de la bande de Gaza jeudi 21 août. Cette attaque a en outre fait sept autres morts parmi les voisins et les membres de la famille de ces hommes.

Chili. « Je ne savais pas qu'il existait deux types de justice jusqu'à ce que cela nous arrive »

ven, 22/08/2014 - 14:51

Lorsque Manuel Eliseo Gutiérrez, 16 ans, a été abattu par la police pendant une manifestation dans la capitale chilienne, la nuit du 25 août 2011, personne n'imaginait que, trois ans plus tard, ce terrible événement rouvrirait le débat sur la justice militaire du pays.

La famille de « Mane », comme l'appelait son frère Gerson, se rappelle cette nuit tragique presque comme si le temps s'était arrêté à ce moment-là.

La journée avait été très tendue parce que la Centrale unitaire des travailleurs du Chili (CUT) avait lancé un appel à la grève générale pour protester contre le manque de réponses à un certain nombre de revendications sociales. La manifestation à Santiago s'était prolongée jusqu'au soir, et quelques épisodes de violences de la part d'un groupe de manifestants avaient eu lieu.

Le soleil allait se lever quand Gerson, Manuel et un ami, qui se trouvaient à l'intersection de l'avenue Américo Vespucio Sur et de la rue Amanda Labarca et observaient les événements dans le sud de Santiago, ont entendu trois coups de feu.

« Soudain, Manuel, qui marchait à un mètre de moi, s'est effondré. J'ai vu un orifice d'environ un centimètre de diamètre au milieu de la poitrine d'où coulait évidemment beaucoup de sang », a déclaré Gerson.
Avec l'aide de riverains, Manuel a été transporté à un centre médical, où il est décédé des suites d'un arrêt cardio-respiratoire dû à une blessure par balle au niveau de la poitrine.

Le jeune étudiant n'est pas la seule victime de ces coups de feu. Cette même nuit, un autre jeune, Carlos Andrés Burgos Toledo, a également été blessé par balle, au niveau de l'épaule droite.
Manuel était fils d'artisan-pêcheur et sa mère était femme au foyer. C'était le plus jeune de quatre frères. « C'était quelqu'un de très joyeux. Il avait toujours une blague à raconter. Il voulait faire des études, faire carrière. À un moment, il voulait même être policier pour subvenir aux besoins de sa famille » a expliqué Gerson.

Justice militaire
La première réaction des autorités a été de nier la responsabilité de la police dans les coups de feu, affirmant qu'il s'agissait probablement d'un règlement de comptes entre jeunes. Cependant, les premières enquêtes ont conclu que des agents de police étaient impliqués dans les faits.

Dès lors que la participation supposée de la police a été constatée, l'affaire a été confiée à la justice militaire, qui au Chili est chargée d'enquêter sur les crimes commis par des policiers et des membres des forces armées dans l'exercice ou dans le cadre de leurs fonctions militaires, et de les sanctionner. En d'autres termes, conformément à la loi chilienne, ce sont les tribunaux militaires qui enquêtent sur les actes susceptibles de constituer des violations des droits humains. Cela met en péril le droit à un procès équitable et à une procédure régulière, étant donné le manque d'indépendance et d'impartialité de ce type de tribunaux. Cela est dû au fait que ceux-ci sont composés principalement de juges non professionnels, membres de l'institution militaire elle-même, et au manque de transparence de la procédure.

« Je n'avais jamais entendu parler de la justice militaire. Je n'avais pas la moindre idée qu'il existait deux types de justice avant que cela nous arrive », a indiqué Gerson.

L'enquête sur la mort de Manuel a été menée par le deuxième tribunal militaire de Santiago.

Le 6 mai 2014, presque trois ans plus tard, le tribunal a condamné l'ex-sergent Miguel Ricardo Millacura Cárcamo, auteur des coups de feu, à trois ans et un jour de liberté surveillée pour violence non nécessaire ayant entraîné la mort du mineur Manuel Gutiérrez, et à 60 jours pour violences non nécessaires ayant entraîné des lésions moins graves pour l'autre jeune qui avait été blessé. Le tribunal a décidé de remplacer les peines privatives de liberté par un régime de liberté surveillée pour trois ans et 61 jours. De son côté, la sous-lieutenante qui était accusée de complicité dans ces crimes a été acquittée.

Pour la famille de Manuel et ses avocats, la sentence du tribunal militaire est biaisée et vise à protéger les agents de police. Pour eux, une condamnation d'à peine plus de trois ans avec l'avantage de la liberté surveillée et l'acquittement de la personne complice des faits ne sont pas proportionnels à l'ampleur du crime. Cela envoie un message de faiblesse quant à la manière dont le Chili répond aux violations des droits humains commises par la force publique.

« Étant donné les caractéristiques et les circonstances du crime, la peine aurait pu aller jusqu'à 20 ans. Bien que le tribunal ait rejeté la légitime défense plaidée par l'accusé, il a cependant accordé des circonstances atténuantes en arguant que l'agent avait collaboré efficacement à l'enquête, ce qui est faux. L'unique but était d'accorder un traitement de faveur au principal accusé. Ce dernier a bénéficié d'un autre avantage dans la mesure où aucune des circonstances aggravantes prévues par la loi n'a été retenue. C'est pour cela que nous faisons appel. Comment le tribunal peut-il avoir accordé des circonstances atténuantes pour collaboration efficace à l'éclaircissement des faits alors que le sergent avait initialement nié, auprès de ses supérieurs, l'utilisation de l'arme cette nuit-là, l'avait nettoyée et y avait remis des munitions pour que l'on ne puisse pas découvrir qu'il l'avait utilisée ? » s'est interrogé Cristián Cruz, avocat de la famille de Manuel.
Le cas de Manuel Gutiérrez est actuellement en instance d'appel devant la Cour martiale (la cour d'appel militaire).

La famille estime qu'à ce jour, elle n'a pas reçu de réparation appropriée pour le crime. Elle estime qu'il y a eu un manque de soutien efficace de la part des autorités, un manque de soutien psychologique, une absence d'assistance économique et surtout, que justice n'a pas été faite. L'État chilien a l'obligation, en vertu du droit international, de réparer les dommages causés par ses agents.

« Nous ne voulons pas que cela se reproduise. Nous ne voulons pas qu'il y ait un autre Manuel. Nous savons ce que c'est de perdre une personne chère, perdre un fils, un frère, un petit-fils, perdre un oncle dans le cas de mon neveu. C'est la pire douleur que l'on puisse ressentir » a affirmé Gerson.

Pierre Claver Mbonimpa est un prisonnier d'opinion

ven, 22/08/2014 - 11:33

Le vendredi 22 août 2014, Amnesty International a officiellement intégré Pierre Claver Mbonimpa à la campagne Personnes en danger, qui a pour but de protéger dans le monde entier les droits des personnes touchées par des atteintes aux droits humains.

Défenseur des droits humains respecté et internationalement reconnu, Pierre Claver Mbonimpa a été incarcéré pour avoir exercé pacifiquement ses convictions légitimes, dictées par sa conscience. Il s'agit d'un prisonnier d'opinion, et les autorités burundaises doivent le mettre en liberté sans délai et sans condition.

Pierre Claver Mbonimpa, président de l'Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), une association locale de défense des droits humains, a été appréhendé vers minuit le 15 mai 2014.

Son arrestation a eu lieu à la suite d'une intervention qu'il avait faite à la radio le 6 mai 2014, indiquant que des jeunes hommes recevraient des armes et des uniformes et se rendraient en République démocratique du Congo, un pays limitrophe, pour y suivre un entraînement militaire.

Depuis lors, il a été inculpé d'atteinte à la sûreté de l'État et d'usage de faux.

Dès son arrestation, sa mise en détention a été critiquée. Pierre Claver Mbonimpa est considéré très largement comme un homme courageux, résolu à protéger et à défendre les droits humains.

Au niveau national, Pierre Claver Mbonimpa a auprès des Burundais la réputation d'être un point de contact pour les victimes d'atteintes aux droits humains et leurs proches, notamment en cas d'homicides illégaux, de torture et de violences sexuelles ou liées au genre.

Chaque journée passée en prison par Pierre Claver Mbonimpa est une journée pendant laquelle ce remarquable défenseur des droits humains se voit empêché de mener à bien un travail essentiel en faveur des droits des plus vulnérables.

Les réseaux sociaux, la radio locale et certains groupes militants burundais ont fait preuve d'une grande énergie pour réclamer sa libération. Les militants burundais font maintenant de chaque vendredi un « vendredi vert » où tous les sympathisants s'habillent en vert, couleur qui évoque les tenues de prisonnier dans ce pays, en solidarité avec Pierre Claver Mbonimpa.

Bénéficiant pour son travail d'une reconnaissance internationale, Pierre Claver Mbonimpa a reçu le prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits de l'Homme en 2007 et le prix Henry Dunant en 2011.

Pierre Claver Mbonimpa a déjà été victime d'une injustice. Ancien fonctionnaire de police avant de devenir défenseur des droits humains, il a été emprisonné entre 1994 et 1996 pour détention illégale d'une arme à feu, sur la base d'accusations sans fondement. La période passée en prison l'a incité à fonder l'APRODH une fois libéré.

Avant son arrestation, Pierre Claver Mbonimpa a fait à maintes reprises l'objet d'actes de harcèlement et d'intimidation et de convocations judiciaires en rapport avec son travail sur des questions sensibles, et notamment sur des violations commises par les services de sécurité étatiques.

Amnesty International, mouvement mondial qui regroupe 3 millions de personnes, est indépendante de tout gouvernement, de toute idéologie politique, de tout intérêt économique et de toute religion.

Les autorités irakiennes doivent enquêter sur un massacre dans une mosquée sunnite

ven, 22/08/2014 - 11:20

Il incombe aux autorités irakiennes d'enquêter en bonne et due forme sur les homicides illégaux dont plusieurs dizaines de fidèles ont été victimes, le vendredi 22 août, dans une mosquée sunnite au nord-est de Bagdad.
Environ 70 personnes auraient été tuées et plusieurs dizaines d'autres blessées lors d'un attentat suicide perpétré dans une mosquée de la province de Diyala pendant la prière du vendredi ; les informations sur les auteurs de l'attaque divergent.

« Les autorités irakiennes doivent ouvrir d'urgence une investigation indépendante sur cette tuerie et traduire en justice les responsables. Toute procédure judiciaire qui pourrait être engagée doit respecter les règles d'équité et exclure le recours à la peine de mort », a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Une fois de plus, en Irak des civils sont frappés de plein fouet par le conflit. Toutes les parties en présence doivent protéger davantage les civils. »
D'après certaines informations, l'attaque aurait été menée par des milices chiites, alors que selon l'armée irakienne elle serait le fait du groupe djihadiste sunnite État islamique (anciennement EIIL).

Arabie saoudite. La décapitation programmée par les autorités reflète leur mépris total pour les droits humains

ven, 22/08/2014 - 11:13

La forte augmentation actuelle du nombre d'exécutions en Arabie saoudite se confirme avec une nouvelle décapitation prévue pour lundi 25 août, a déclaré Amnesty International vendredi 22 août.

Cette peine, à laquelle Hajras al Qurey a été condamné, sera la 23e exécution enregistrée au cours des trois dernières semaines - bien qu'il soit possible que d'autres aient lieu samedi 23 ou dimanche 24 août. Il y a quelques jours, Amnesty International a exhorté le royaume à suspendre toutes les exécutions après que quatre membres d'une même famille ont été décapités pour avoir « reçu des stupéfiants ».

« Le fait d'exécuter des personnes pour des infractions mineures et sur la base d'“aveux” arrachés sous la torture est devenu honteusement commun en Arabie saoudite. Le mépris total des autorités saoudiennes pour les droits fondamentaux est absolument choquant », a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« L'application de la peine de mort en Arabie saoudite est si éloignée de quelconques paramètres juridiques que cela défie presque l'entendement. »

Hajras al Qurey, 53 ans, a été condamné à mort le 16 janvier 2013 dans la ville de Najran, dans le sud-est du pays, après avoir été déclaré coupable d'infractions en relation avec le trafic de stupéfiants. Il a été arrêté avec son fils Muhammad le 7 janvier 2012 à al Khadra, à la frontière avec le Yémen, lorsque des douaniers les ont soupçonnés de transporter des drogues dans leur voiture. Muhammad a été condamné à 20 ans de réclusion et 1 000 coups de fouet.

Les deux hommes affirment avoir été torturés durant leur interrogatoire et ont été privés d'assistance juridique avant leur procès. L'avocat d'Hajras al Qurey s'est plaint du fait que les seuls éléments de preuve invoqués par le parquet pour faire condamner son client étaient des « aveux » obtenus sous la contrainte, mais le tribunal n'a pas pris ses doléances en considération.

« Il est écœurant que l'État saoudien cautionne le fait d'exécuter des personnes après les avoir torturées pour les obliger à avouer des infractions, puis déclarées coupables à l'issue de procès indignes sans qu'elles ne puissent bénéficier d'une assistance juridique suffisante », a déclaré Said Boumedouha.

Le nombre d'exécutions a connu une forte hausse dans le pays depuis la fin du Ramadan, le 28 juillet, puisque l'on a recensé 22 exécutions entre le 4 et le 22 août. À titre de comparaison, 17 exécutions ont été annoncées entre janvier et juillet 2014.

Lundi 19 août, quatre hommes - Hadi bin Saleh Abdullah al Mutlaq et Awad bin Saleh Abdullah al Mutlaq, deux frères, et Mufrih bin Jaber Zayd al Yami et Ali bin Jaber Zayd al Yami, qui étaient frères eux aussi - ont été décapités.

On les aurait torturés lors de leurs interrogatoires, les soumettant à des passages à tabac et les privant de sommeil, dans le but de leur arracher de faux « aveux ». C'est largement sur la foi de ces « aveux » qu'ils ont été condamnés à la peine capitale.

Il a été ordonné à leurs familles de cesser de demander à des organisations de défense des droits humains de sauver ces hommes de l'exécution.

« Il est manifeste que les autorités sont plus soucieuses de menacer les proches des victimes dans le but de les contraindre au silence que de mettre fin à ce phénomène grotesque. »

Amnesty International s'oppose à la peine de mort dans tous les cas, sans aucune exception. Ce châtiment viole le droit à la vie, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il s'agit du châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit.

Dix faits choquants sur la peine de mort en Arabie saoudite

Plus de 2 000 personnes ont été mises à mort entre 1985 et 2013 dans ce pays.

Au moins 22 personnes ont été exécutées pour la seule période comprise entre les 4 et 22 août 2014, soit plus d'une par jour.

La peine de mort en Arabie saoudite est appliquée en violation des normes et du droit internationaux relatifs aux droits humains. Les procès des personnes passibles de la peine de mort se déroulent souvent en secret et les accusés bénéficient rarement de l'aide d'avocats.

Il est possible d'être déclaré coupable uniquement sur la base d'« aveux » obtenus sous la torture ou d'autres formes de mauvais traitements, ou par la ruse.

Le vol à main armée, l'apostasie, les infractions en relation avec les stupéfiants, le viol, la sorcellerie, et des crimes non violents tels que l'adultère sont passibles de la peine de mort.

Trois mineurs ont été exécutés en 2013, et pour l'instant un mineur a été condamné à mort cette année, ce qui est totalement contraire à la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant.

Dans certains cas, les parents de condamnés à mort ne sont pas informés à l'avance de l'exécution de leur proche.

Le nombre d'étrangers figurant parmi les personnes exécutées est disproportionné, en grande partie parce qu'ils ne bénéficient pas d'une assistance juridique adaptée ni de services de traduction adéquats. Près de la moitié des 2 000 personnes exécutées entre 1985 et 2013 étaient étrangères.

La peine capitale n'est pas épargnée aux personnes souffrant de troubles mentaux.

La plupart des exécutions se font par décapitation. Beaucoup ont lieu en public. Dans certains cas, les autorités laissent des corps sans tête sur le sol de places publiques à des fins de dissuasion.

Ukraine. Les forces séparatistes auraient menacé de procéder à un grand nombre d'« exécutions »

ven, 22/08/2014 - 10:44

Le groupe armé baptisé « République populaire de Donetsk » ne doit pas procéder à des « exécutions », et ne doit pas appliquer la menace qu'il aurait faite de tuer les prisonniers condamnés à la détention à perpétuité, a déclaré Amnesty International vendredi 22 août.

Le 22 août, le Conseil de sécurité nationale et de défense de l'Ukraine a annoncé que les combattants du groupe avaient pris le contrôle d'un établissement pénitentiaire à Donetsk et menacé de tuer tous les prisonniers condamnés à la perpétuité, contraignant les autres à rejoindre leurs rangs.

« Tuer des prisonniers est strictement interdit aux termes des Conventions de Genève, auxquels tous les belligérants doivent adhérer en période de conflit », a déclaré Denis Krivosheev, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

« Si elle est confirmée, cette menace montrera à quel point la situation anarchique échappe à tout contrôle dans l'est de l'Ukraine. »

La République populaire de Donetsk a adopté ce qu'elle appelle un Code pénal le 17 août ; il prévoit la « peine de mort » pour divers crimes, dont la trahison, le pillage et l'espionnage.

Libye. Une « exécution publique » dans un stade de football montre que le pays sombre dans le non-droit

ven, 22/08/2014 - 10:23


La vidéo d'un homicide apparenté à une exécution, organisé par un groupe armé dans un stade de football de l'est de la Libye, met en évidence l'incapacité des autorités à empêcher certaines parties du pays de sombrer dans la violence et le non-droit, a déclaré Amnesty International vendredi 22 août.

Une vidéo amateur mise en ligne sur des sites de médias sociaux montre la prétendue exécution d'un Égyptien, apparemment organisée à Derna, une ville de l'est du pays, par un groupe armé qui se fait appeler le Conseil de la choura de la jeunesse islamique.

« Cette exécution illégale concrétise les plus grandes peurs des Libyens ordinaires qui, dans certaines parties du pays, se retrouvent pris entre des groupes armés impitoyables et un État défaillant », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« De tels actes ne peuvent que mener à de nouvelles violations des droits humains à Derna, où les habitants ne disposent d'aucun recours auprès des institutions de l'État et n'ont donc aucun moyen d'obtenir justice ou une protection efficace contre les atteintes à leurs libertés fondamentales. »

« Les autorités libyennes, avec le soutien de la communauté internationale, doivent de toute urgence prendre des mesures contre l'effondrement de l'ordre public qui touche Derna et d'autres villes depuis la chute de Mouammar Kadhafi. »

Sur la vidéo publiée en ligne, la victime égyptienne, Mohamed Ahmed Mohamed, est amenée les yeux bandés sur le terrain de football dans un pick-up. Des hommes masqués et armés de fusils la forcent à s'agenouiller sur une civière.

Une déclaration lue à voix haute avant sa mise à mort indique que cet homme est accusé d'avoir poignardé à mort un Libyen, Khalid al Dirsi. Selon la déclaration, lors de son interrogatoire par le Comité légitime pour la résolution des différends, un organe apparemment placé sous l'autorité du Conseil de la choura de la jeunesse islamique, Mohamed Ahmed Mohamed aurait reconnu s'être rendu coupable de meurtre et de vol.

Toujours selon la déclaration, le Comité a jugé que cet homme devait être « exécuté » à moins d'être pardonné par la famille de sa victime. Sur la vidéo, la famille refuse visiblement de lui accorder le pardon.

Une arme de poing est alors remise à un homme en civil au visage découvert, que l'on pense être le frère de Khalid al Dirsi. On peut le voir abattre Mohamed Ahmed Mohamed par-derrière, sans doute d'une balle dans la tête ou dans la nuque.

Amnesty International a également étudié des photos de la scène postées sur des sites de médias sociaux, sur lesquelles on peut voir une foule conséquente assister à cet homicide depuis les gradins du stade.

Des sources à Derna ont informé Amnesty International que ces faits avaient eu lieu le 19 août aux abords de la ville.

« Il s'agit d'un acte illégal et odieux de vengeance, pas de justice », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

« Les autorités libyennes doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour rétablir les institutions d'État et l'état de droit à Derna et ailleurs dans le pays. »

L'État n'a pas su imposer son autorité sur Derna depuis que le conflit qu'a connu la Libya en 2011 a pris fin.

Il n'y a aucune présence policière ou militaire depuis lors et la Cour d'appel de Derna a été suspendue en juin 2013, à la suite de l'assassinat d'un haut magistrat survenu alors que des juges recevaient des messages de menace récurrents de la part de groupes armés.

Des membres de l'appareil judiciaire ont refusé de se présenter à leur poste à moins que l'État leur fournisse la protection et les systèmes de sécurité nécessaires, ce qu'il ne fait pas.

Ce vide sécuritaire a été exploité par divers groupes armés, notamment Ansar al Sharia, qui exerce un contrôle de fait sur la ville.

Au cours des deux dernières années, des agents de services de sécurité, des personnalités politiques et religieuses et des juges ont été victimes d'homicides ciblés à Derna. Ces crimes n'ont pour l'instant pas fait l'objet d'une enquête approfondie.

Un certain nombre de groupes armés islamistes agissant dans la ville semblent avoir profité de l'effondrement de l'état de droit pour en prendre le contrôle, apparemment dans le but de faire appliquer leur propre interprétation de la charia, la loi islamique.

Les homicides s'apparentant à des exécutions, comme celui que l'on peut voir dans cette vidéo, vont à l'encontre du principe fondamental d'humanité inscrit dans le droit international humanitaire.

Chine. Un condamné à mort est libéré au bout de six ans de procès et d'appels

ven, 22/08/2014 - 09:50

L'acquittement d'un condamné à mort en Chine, où cet homme a langui en prison pendant six années rythmées par les procès et les appels, est un fait rare et rappelle à quel point il est nécessaire de mettre immédiatement fin à toutes les exécutions et d'abolir la peine de mort dans le pays, a déclaré Amnesty International.

Nian Bin, ancien propriétaire d'un étal de nourriture, a recouvré la liberté vendredi 22 août après qu'un tribunal de la province de Fujian l'a acquitté du chef de « placement de produits dangereux » faute d'éléments à charge, après que cet homme a fait appel trois fois en six ans.

« Cet acquittement, qui est exceptionnel, est une nouvelle illustration frappante de la nécessité de l'abolition de la peine de mort, et l'éternel risque d'exécuter des innocents est l'un des nombreux arguments irréfutables contre ce châtiment », a déclaré Anu Kultalahti, spécialiste de la Chine à Amnesty International.

« La justice chinoise présente de graves failles et il faut en faire davantage pour remédier dans les meilleurs délais aux abus ayant caractérisé ce cas, en particulier examiner les allégations de torture. Il est consternant que Nian Bin et sa famille aient dû vivre pendant six ans sous la menace d'une exécution en dépit de l'absence criante d'éléments à charge. »

Nian Bin a été accusé d'avoir empoisonné ses voisins avec de la mort-aux-rats dans le village d'Aoqian (comté de Pingtan County, province de Fujian) en juillet 2006. Deux enfants sont morts et quatre autres ont été blessés. Nian Bin a affirmé qu'on l'a torturé afin de lui faire « avouer » ce crime lors d'un interrogatoire de police.

Depuis l'ouverture de son premier procès en février 2008, Nian Bin a connu un jugement en première instance, trois appels, un examen devant la Cour populaire suprême et trois nouveaux procès, qui ont tous eu lieu en raison d'une absence d'éléments à charge.

En octobre 2010, la Cour populaire suprême s'est prononcée contre sa condamnation à mort à l'issue de son examen de l'affaire, estimant qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves et que certains faits étaient ambigus. Elle a également ordonné un nouveau procès. Le tribunal intermédiaire de la ville de Fuzhou a cependant fait fi de ce jugement et a de nouveau condamné Nian Bin au terme de son deuxième procès en novembre 2011.

Le dernier procès s'est déroulé devant le tribunal populaire supérieur de la province de Fujian le 4 juillet 2013. Le tribunal a demandé à plusieurs reprises que le procès soit prolongé, avant de rendre sa décision vendredi 22 août et de libérer Nian Bin.

« Dans ce cas, le système chinois consistant à soumettre à la Cour populaire suprême toutes les condamnations à mort pour un réexamen a au bout du compte empêché une erreur judiciaire. Mais Nian Bin et sa famille n'auraient pas eu à endurer un processus d'aussi longue durée, fait d'une succession de nouveaux procès et d'appels, si le tribunal de Fuzhou avait réellement pris en considération les jugements des juridictions supérieures selon lesquelles il n'y avait pas suffisamment d'éléments à charge », a déclaré Anu Kultalahti.

Hongrie : les habitants de tout un quartier de Miskolc pourraient devenir des sans-abri

jeu, 21/08/2014 - 12:18

De Barbora Èernušáková, chercheuse spécialiste de la Hongrie pour Amnesty International, et Áron Demeter, coordonnateur Campagnes d'Amnesty International Hongrie.

Tibor est habillé en noir et il a les larmes aux yeux.

Il est l'un des premiers habitants du quartier de Számozott utcák, littéralement les « rues numérotées », de la ville de Miskolc, dans le nord-est de la Hongrie, à avoir reçu une décision de justice confirmant la date à laquelle lui et sa famille seront expulsés.

Les autorités locales ont pour projet de construire un stade de football dans cette zone, bien que certains pensent que la vraie raison de ces expulsions soit liée à une volonté de « nettoyer » la ville des Roms qui représentent 80 pour cent de la population.

« Avant, nous faisions partie de la ville, mais maintenant, ils font de nous des “indésirables”, des boucs émissaires » a déclaré l'un des militants manifestant contre la façon dont la municipalité de Miskolc traite les Roms. »

« Un jour, toutes les familles du quartier seront des sans-abri », a prédit un autre militant.

Tibor dispose maintenant d'un peu plus d'une semaine pour trouver un nouveau logement pour lui, sa fille et les 3 enfants de sa fille. Le 28 août 2014, à 9 heures, après avoir vécu 25 ans dans le quartier, ils pourraient devenir des sans-abri.

D'après les habitants à qui nous avons récemment parlé, une cinquantaine d'autres familles du quartier, presque toutes roms, pourraient bientôt se retrouver dans la même situation. Au cours des trois dernières années, la municipalité a lancé des procédures d'expulsion contre les personnes qui ont contracté des dettes de logement ou ne peuvent justifier d'un titre foncier en règle dans le quartier. Les résidents n'ont obtenu ni indemnité ni solution de relogement.

Depuis maintenant plusieurs années, la plupart des habitants du quartier sont gravement affectés par la fermeture des usines de la ville. Depuis qu'ils ont perdu leur emploi, beaucoup d'entre eux ont du mal à subvenir à leurs besoins essentiels et ont commencé à accumuler les dettes.

« J'ai travaillé dans l'usine d'à côté pendant 30 ans. Le seul type d'emploi que j'ai réussi à obtenir depuis était un emploi temporaire pour la municipalité » a expliqué Tibor.

Quand sa femme est décédée récemment, la situation a empiré. « J'ai dû vendre beaucoup de choses pour couvrir le coût de ses funérailles et il ne me restait plus d'argent pour le loyer. »

Sans emploi et devant subvenir aux besoins de sa fille et des enfants de celle-ci, âgés de 14, sept et quatre ans, Tibor a maintenant des arriérés de loyer d'environ 200 000 forints hongrois (630 euros). Lorsqu'il a essayé d'obtenir un échelonnement des remboursements, on le lui a refusé.

Selon Zoltan, un autre habitant, environ 80 pour cent des personnes vivant dans ce quartier ont déjà des arriérés de loyer ou risquent d'en avoir. Il semble que ce ne soit qu'une question de temps avant qu'ils ne soient expulsés.

Raser un quartier de la carte

Les autorités locales et les médias qualifient ce quartier de « bidonville ». Ce terme ne correspond pas du tout à ce que nous avons pu voir.

Le quartier est composé de plusieurs rangées de maisons en briques qui sont jolies, bien qu'en mauvais état, et qui accueillaient naguère les ouvriers des usines voisines. Les rues sont propres, pleines de femmes de tous âges surveillant du coin de l'œil de jeunes enfants qui jouent et font du vélo.

Les premières tentatives des autorités de raser le quartier de la carte remontent au 8 mai 2014, date d'adoption d'un décret mettant fin aux baux de location. Le décret prévoit que les personnes n'ayant pas d'arriéré de loyer ou ayant un contrat de location valide peuvent prétendre à une indemnité s'ils quittent Miskolc (environ 1,5 à 2 millions de forints hongrois, soit entre 4 800 et 6 300 euros).

La plupart des habitants du quartier risquent d'être expulsés sans indemnité et par conséquent, de devenir des sans-abri. La municipalité n'a pas organisé de consultation authentique avec les habitants.

Les expulsions ont déjà commencé. Il y a deux semaines, une femme âgée et handicapée a perdu son logement et une mère et ses trois jeunes enfants ont été jetés à la rue. Cette dernière affirme qu'elle a remboursé ses dettes et qu'elle avait conclu un accord verbal avec la municipalité qui s'était engagée à renouveler son bail. Cela n'a cependant pas suffi. L'autre cas d'expulsion concerne une femme âgée.

En continuant de traverser le quartier, nous avons rencontré Mária. Son expulsion est fixée au 25 août 2014. Mária n'est pas rom et vit dans une maison avec sa fille et ses deux petits-enfants. Elle trouve la décision injuste, déclarant qu'elle avait remboursé ses dettes à ses créanciers. « Ils font de nous des sans-abri. Pourquoi font-ils cela ? N'y a-t-il pas suffisamment de sans-abri déjà ? »

Les projets de la municipalité représentent une violation des droits humains. Personne ne devrait être expulsé de force, à moins qu'une consultation en bonne et due forme n'ait été organisée et que des solutions de remplacement adaptées n'aient été proposées. Les gens ne devraient pas se retrouver sans logement.

Amnesty International prie le maire de mettre fin à toutes les expulsions et d'organiser immédiatement des consultations.

Q&R - Soudan du Sud : une nation où les armes pullulent

jeu, 21/08/2014 - 10:02

Les récents combats qui opposent les troupes du gouvernement aux forces de l'opposition dans l'État d'Unity, au Soudan du Sud, exposent une nouvelle fois les civils et menacent l'accord chancelant de cessation des hostilités signé au mois de janvier. Début août, les membres d'une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU envoyée au Soudan du Sud auraient averti que les belligérants continuent de se procurer des armes. Elizabeth Deng et Geoffrey L. Duke, membres d'Amnesty International et du South Sudan Action Network on Small Arms (SSANSA, Réseau d'action sur les armes légères au Soudan du Sud) expliquent pourquoi il faut faire d'un embargo sur les armes une priorité.

Pourquoi faut-il un embargo sur les armes au Soudan du Sud ?

Les armes foisonnent au Soudan du Sud et des milliers de personnes sont mortes, alors que les forces gouvernementales et les forces de l'opposition commettent des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et de graves violations des droits humains.

Depuis le début des combats en décembre 2013, des personnes qui s'étaient réfugiées dans des hôpitaux et des lieux de culte ont été tuées. Un million et demi de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer, dont plus de 400 000 vers les pays voisins.

Les affrontements impliquent généralement l'utilisation d'armes légères et de petit calibre, mais un large éventail d'armes conventionnelles et d'équipements militaires est en circulation. Un embargo permettrait de bloquer l'afflux d'armes qui se retrouvent entre les mains des forces du gouvernement et de l'opposition et contribuerait à prévenir de nouvelles atrocités.

D'où proviennent ces armes ?

Les armes affluent au Soudan du Sud en provenance de divers pays. Au cours des dernières années, d'importantes cargaisons d'armes traditionnelles et de munitions ont été importées d'Ukraine. Récemment, Amnesty International a pu confirmer qu'en juin 2014, NORINCO, entreprise publique chinoise qui fabrique des articles de défense, a livré au gouvernement du Soudan du Sud plus de 1 000 tonnes d'armes légères et de petit calibre, pour une valeur de 28 millions d'euros. Cette cargaison incluait des lance-roquettes, des milliers de fusils automatiques et de lance-grenades, 20 000 grenades, des centaines de pistolets et de mitrailleuses, et plusieurs millions de cartouches.

En outre, selon le Small Arms Survey (SAS), les forces de l'opposition ont probablement reçu des munitions de groupes soudanais ou étrangers depuis le début du conflit. Le SAS a notamment analysé des munitions retrouvées après le massacre de 200 personnes à la mosquée de Bentiu, dans l'État d'Unity, et a conclu que certaines présentaient des marques prouvant qu'elles avaient été fabriquées au Soudan en 2014, après le début de la guerre civile.

Les armes légères et les munitions illicites importées clandestinement au Soudan du Sud ou revendues dans le pays par des groupes non autorisés sont un autre problème, tout comme le détournement d'armes vers des groupes non autorisés. Ce phénomène est aggravé par la corruption généralisée, la mauvaise gestion des stocks officiels et les vols.

Le gouvernement n'a-t-il pas le droit d'acheter des armes ?

Les gouvernements peuvent vendre, acheter et posséder légalement des armes à des fins d'application des lois et de sécurité nationale. Cependant, ils sont tenus de respecter le droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Nous demandons l'instauration d'un embargo sur les armes, parce que les forces armées du Soudan du Sud ont commis de graves violations des droits humains. Les armes et munitions supplémentaires serviront probablement à perpétrer et faciliter de nouvelles violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. L'embargo doit être maintenu jusqu'à la mise en place de mesures visant à protéger les civils.

La communauté internationale soutient-elle un embargo sur les armes ?

Les États-Unis ont suspendu toute aide militaire à destination du Soudan du Sud peu après les affrontements qui ont éclaté en décembre 2013. L'Union européenne maintient l'embargo sur les armes qui a été imposé au Soudan en 1994, et étendu au Soudan du Sud en 2011.

L'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), l'Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies ont menacé les parties au conflit de sanctions – notamment d'un embargo total sur les armes – si elles ne s'engageaient pas réellement dans les négociations de paix. Cependant, toute initiative du Conseil de sécurité visant à imposer cet embargo nécessiterait le soutien de la Chine, principal fournisseur d'armes du Soudan du Sud, mais aussi du Soudan, depuis quelques années.

Au mois de mai, le Conseil de sécurité s'est dit préoccupé par la menace que font planer sur la paix et la sécurité le transfert illicite, l'accumulation déstabilisante et la mauvaise utilisation des armes légères. Dans son rapport sur le Soudan du Sud soumis en juillet 2014 au Conseil de sécurité, le secrétaire général Ban Ki Moon a appelé toutes les parties au conflit à « mettre fin à la mobilisation de leurs troupes, aux achats d'armes et aux activités politiques qui ont pour but de les renforcer face à l'autre partie ».

Pourquoi demandez-vous à l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) de se mobiliser en faveur d'un embargo sur les armes ?

En tant qu'organisme régional en charge de la réponse internationale au conflit, l'IGAD doit publier un communiqué instaurant un embargo sur les armes à destination du Soudan du Sud par ses États membres. L'IGAD doit ensuite recommander au Conseil de sécurité d'adopter une résolution déclarant un embargo total et obligatoire sur les armes à destination du Soudan du Sud.

L'appui des États membres de l'IGAD, notamment des États voisins du Soudan du Sud, permettrait d'assurer un soutien politique plus large pour imposer cet embargo et l'appliquer efficacement. Les pays voisins sont bien placés pour surveiller sa mise en place et rendre compte des risques ou des violations transfrontalières.

Les embargos sur les armes sont-ils efficaces ? Un tel embargo serait-il respecté ?

Un embargo sur les armes fonctionne s'il bénéficie d'un large soutien politique, et s'il est bien formulé et bien appliqué. Son succès dépend également de son caractère global et de l'adoption de mesures par les États concernés pour sa mise en place efficace.

Pour qu'il s'avère efficace, il faut que les gouvernements de la région et les principaux États de la communauté internationale, notamment la Chine, qui a fourni de grandes cargaisons d'armes au Soudan du Sud cette année, fassent preuve de volonté et de consensus.

En outre, il faut des mesures adaptées aux difficultés particulières, comme la longueur et la porosité des frontières du Soudan du Sud. Cet État est frontalier de six pays : le Soudan, l'Ouganda, le Kenya, l'Éthiopie, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo (RDC). Ces frontières offriraient au gouvernement du Soudan du Sud et aux forces d'opposition la possibilité de contourner un embargo sur les armes.

La frontière la plus longue, très poreuse et difficile à sécuriser, est celle avec le Soudan. Fabricant d'armes, ce pays en fournit au Soudan du Sud et abrite de nombreux groupes armés et milices.

Il importe de ne pas oublier qu'il faut généralement du temps pour qu'un embargo sur les armes ait un impact sur le terrain. Les armes et les munitions foisonnent déjà au Soudan du Sud, suffisamment sans doute pour alimenter le conflit pendant quelques temps.

Zimbabwe. Le président Mugabe prive des millions de personnes de leurs droits humains

jeu, 21/08/2014 - 09:48

Robert Mugabe continue de priver des millions de Zimbabwéens de leurs droits les plus fondamentaux, a déclaré Amnesty International un an après la prestation de serment du président et sa promesse de faire respecter la nouvelle Constitution.

« Un an après son investiture, Robert Mugabe n'a toujours pas mis la législation nationale en conformité avec la nouvelle Constitution, et des lois pénales ou relatives à la sécurité ou à l'ordre public sont utilisées pour priver certaines personnes de leur droit à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique », a déclaré Noel Kututwa, directeur adjoint d'Amnesty International pour l'Afrique australe.

« Le Zimbabwe doit ouvrir l'espace qui permettra à ses citoyens de jouir de leurs libertés fondamentales comme le prévoit la nouvelle Constitution, qu'ils ont massivement approuvée l'an dernier. »

Cet appel est lancé alors qu'un groupe de partisans de l'opposition a été roué de coups par la police un peu plus tôt dans la semaine pour avoir manifesté contre le manque de perspectives économiques dans le pays.

Ils ont fui les monts Sinjar. Et maintenant ?

jeu, 21/08/2014 - 09:38

Par Donatella Rovera, principale conseillère d'Amnesty International pour les situations de crise, depuis le nord de l'Irak.

Après avoir fui dans des conditions très éprouvantes, d'abord de la ville de Qahtaniya, où ils habitaient, puis des monts Sinjar (où ils ont été bloqués pendant huit jours, sans avoir de nourriture ni d'eau en quantité suffisante), Suleiman Shaibo Sido, son épouse et leurs huit enfants, tous membres de la minorité yézidie, ont trouvé refuge avec plus de 20 autres familles sous un pont, à Dohuk, une ville du nord de l'Irak.

L'endroit est poussiéreux, bruyant et dangereux. Les véhicules circulent à grande vitesse de jour comme de nuit sur la route principale qui passe sous le pont. « Nous devons être vigilants en permanence pour que les enfants ne s'élancent pas sur la route, m'explique-t-il. Les voitures et les camions roulent très vite. » Ils n'ont ni eau courante, ni installations sanitaires, ni électricité. « Nous allons chercher l'eau à la mosquée qui se trouve à proximité, et les gens nous apportent de la nourriture. Nous sommes très reconnaissants aux habitants de Dohuk, ce sont de vrais frères, constate Suleiman. Lorsque nous sommes arrivés, nous n'avions pour toute affaire que les vêtements que nous portions. Des gens et une organisation nous ont apporté des couvertures et d'autres affaires. Cela nous suffit pour le moment. Le plus important c'est d'être en sécurité. »

Après avoir réussi à échapper à une offensive lancée le 3 août par l'État islamique contre la ville où ils habitaient, dans la région de Sinjar, Suleiman et sa famille se sont retrouvés bloqués dans les monts Sinjar avec plusieurs dizaines de milliers d'autres civils. Encerclés par des militants, qui avaient coupé toutes les routes d'accès aux montagnes, ils ont passé huit jours dans une chaleur accablante, au bord de l'épuisement. « J'ai mangé des feuilles et de l'herbe, déclare Suleiman. Lorsque nous avons fui, nous avions emporté autant d'eau que possible. Les plus petits portaient un litre d'eau, moi 15 litres et mon fils aîné 20 litres. Nous nous sommes rationnés très sévèrement pendant que nous étions dans les montagnes, c'est comme ça que nous nous en sommes sortis. »

Quand le siège a enfin été brisé, essentiellement par des combattants kurdes de Syrie, qui ont ouvert un corridor sécurisé sur le versant nord des monts, des milliers de personnes désespérées ont quitté massivement la zone. « Il n'y avait pas suffisamment de place pour tout le monde dans les véhicules envoyés pour nous évacuer. J'ai dû marcher 13 heures avec ma famille, raconte Suleiman. Mon cadet est tombé malade. Lorsque nous avons rejoint le camp de réfugiés, en Syrie, il a été hospitalisé pendant deux jours. Il n'a même pas un an, il fêtera son premier anniversaire le 1er septembre. » Depuis quelques jours, le fils de Suleiman est de nouveau malade. La situation est encore aggravée par les conditions insalubres et dangereuses dans lesquelles vit la famille sous le pont.

Quelles mesures sont prises ? Le 19 août, l'agence des Nations unies pour les réfugiés a annoncé qu'elle préparait une grande opération humanitaire pour aider les personnes déplacées par le conflit dans le nord de l'Irak (estimées à un demi-million) et, la semaine dernière, les Nations unies ont relevé au maximum le niveau de l'urgence humanitaire dans le pays, c'est-à-dire au niveau 3, prenant ainsi acte du temps qui a déjà été perdu pour réagir et promettre des ressources supplémentaires.

Ces ressources supplémentaires sont attendues de toute urgence par plusieurs dizaines de milliers de personnes déplacées qui, comme Suleiman et sa famille, vivent dans des conditions déplorables et n'ont aucun espoir de rentrer chez elles à court terme.

Suleiman, comme de nombreux autres membres de minorités, affirme qu'il ne veut plus rester en Irak. « Cela fait des années que les yézidis sont persécutés. Ma fille porte encore les cicatrices de la blessure qu'elle a subie lors des attentats du 14 août 2007 contre notre ville. Nous avons perdu nos maisons, tout ce pour quoi nous avions travaillé toute notre vie. Nous n'avons aucune raison de retourner là-bas. »

Des chrétiens déplacés de Sinjar et de Mossoul m'ont tenu les mêmes propos. Fadi Khachik, un chrétien qui habitait à Sinjar et qui a aujourd'hui trouvé refuge avec sa femme et sa famille dans un village situé à proximité de Dohuk, déclare :

« Le 2 août, j'ai quitté ma maison à Sinjar pour me marier non loin de là, à Bartallah, la ville de ma femme. L'État islamique a attaqué Sinjar le jour suivant, puis Bartallah quelques jours plus tard. Nous vivons maintenant comme des réfugiés. Nos maisons et nos biens ont été pillés. Je ne pense pas que je puisse un jour rentrer chez moi. Il vaut mieux que nous allions dans un autre pays, où nous serons en sécurité. »

Le docteur Houda
, qui travaille à l'hôpital de Mossoul et a fui la ville après l'ultimatum lancé par l'État islamique le 18 juillet, m'a raconté que des militants de l'organisation lui avaient dérobé de l'argent et des bijoux lorsqu'elle avait quitté Mossoul et que d'autres chrétiens avaient eux aussi été volés. Elle a ajouté qu'elle ne pouvait pas imaginer revenir à Mossoul après ce qui s'était passé.

Les conditions dans lesquelles vivaient les minorités dans le nord de l'Irak s'étaient déjà gravement détériorées ces dernières années, poussant de nombreux membres de celles-ci à quitter le pays. La situation s'est transformée en crise de grande ampleur : des hommes armés de l'État islamique ciblent systématiquement les communautés musulmanes non sunnites, les contraignant à quitter les zones sous leur contrôle. Ils s'en sont d'abord pris aux Turkmènes et Shabaks chiites. Puis aux habitants chrétiens de Mossoul, leur donnant jusqu'au 18 juillet pour se convertir à l'interprétation faite par l'organisation de l'islam, payer une taxe spéciale, quitter la ville ou être tués. Depuis le début du mois, l'État islamique attaque les yézidis, qu'il considère comme des « adorateurs du diable », et exige qu'ils se « convertissent », sans quoi ils seront exécutés.

La vie de nombreuses personnes du nord de l'Irak ne tient plus qu'à un fil.

Les minorités d'Irak et des milliers d'autres personnes déplacées ont désespérément besoin d'un abri sûr et d'une assistance humanitaire. La communauté internationale doit tout faire pour répondre sans délai à ces besoins.

Mali. Les adolescents continuent de payer un lourd tribut dans le conflit

jeu, 21/08/2014 - 01:00

Les mineurs accusés d'être des membres de groupes armés dans le cadre du conflit qui perdure au Mali croupissent dans des prisons pour adultes, tandis que les violations des droits humains se poursuivent, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public jeudi 21 août.

Intitulé Mali. Halte aux violations persistantes des droits humains par toutes les parties au conflit, ce document présente les conclusions d'une mission de recherche visant à évaluer la situation des droits humains dans le pays.

« Les mineurs paient un lourd tribut dans ce conflit. Certains d'entre eux, âgés de 16 ans seulement, sont recrutés comme enfants soldats et ceux qui sont accusés d'appartenir à des groupes armés sont enfermés avec des adultes, sans pouvoir consulter un avocat ni recevoir de visites de leur famille », a déclaré Gaetan Mootoo, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.

Dans son rapport, Amnesty International présente de nouveaux cas d'enfants arrêtés entre mi-2013 et 2014. Accusés d'appartenance à des groupes armés et de possession illégale d'armes et de munitions, ils sont actuellement maintenus en détention avec des adultes, en violation des obligations internationales relatives aux droits humains incombant au Mali, et du protocole d'accord signé entre le gouvernement malien et les Nations unies.

Depuis le début du conflit en janvier 2012, des dizaines d'adolescents ont été recrutés par les milices pro-gouvernementales comme par les groupes armés d'opposition. Les autorités maliennes ont arrêté des mineurs soupçonnés d'appartenir à des groupes armés et les maintiennent en détention dans la prison civile et au Camp I de la gendarmerie, à Bamako. Ils n'ont pas pu consulter d'avocat ni recevoir la visite de leur famille, notamment parce qu'ils sont incarcérés très loin de chez eux.

Le rapport d'Amnesty International, qui présente les conclusions d'une mission de recherche menée au Mali en juin 2014, met en lumière des éléments attestant des cas de mort en détention et de violences infligées à la population civile par les groupes armés.

Amnesty International a enquêté sur les affrontements qui ont eu lieu en mai 2014 à Kidal, dans le nord du Mali, recueillant des informations sur l'insécurité et sur les violences infligées aux civils par les groupes armés d'opposition, notamment le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA).

Les groupes armés d'opposition ont pris le contrôle de la ville de Kidal depuis le début du conflit. L'administration gouvernementale n'a pas recommencé à fonctionner et les écoles restent fermées, de même que les organes judiciaires.

La délégation d'Amnesty International a confirmé en s'appuyant sur de multiples sources - notamment des témoins oculaires - les homicides délibérés commis par des membres de groupes armés au bureau du gouverneur de Kidal, où ces individus ont pénétré le 17 mai, assassinant huit civils, dont six représentants du gouvernement.

Amnesty International demande que des enquêtes approfondies, impartiales et efficaces soient menées dans les meilleurs délais sur toutes les allégations de crimes de droit international, et que les auteurs présumés de ces actes soient traduits en justice dans le cadre de procès équitables.

« Il est temps que les autorités maliennes cessent de bafouer les droits humains. Quant aux groupes armés d'opposition qui contrôlent le nord du pays, ils doivent mettre fin aux enlèvements et aux homicides intentionnels visant des civils, ainsi qu'aux prises d'otages », a déclaré Gaetan Mootoo.

« Les adolescents actuellement détenus dans des prisons pour adultes doivent être transférés vers des agences gouvernementales ou des organismes qui leur garantiront les protections spéciales que prévoit le droit international. »


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