Action : Mohamed Mrabet Fahsi, détenu incommunicando en Espagne
- Posté par : Benoit Priem le 15 septembre 2009
Le 10 janvier 2006, le jour de la fête musulmane de l’Aïd, Mohamed Mrabet Fahsi a été arrêté à son domicile à Vilanova i la Geltrū ( près de Barcelone) par des officiers de la Garde civile masqués. Il lui a été dit qu’il était arrêté pour être soupçonné de collaboration avec un groupe terroriste armé. Il a été emmené, les yeux bandés, à Madrid où il a été détenu incommunicando (1) dans le bâtiment de la garde Civile de Guzman el Bueno pendant 4 jours. Plusieurs autres personnes, y compris des amis et des parents de Mohamed Fahsi ont également été arrêtés dans le cadre de la même opération de police.
Mohamed et plusieurs autres ont déclaré à Amnesty International qu’ils ont été soumis à la torture et autres mauvais traitements pendant leur détention incommunicando (1), en ce compris des exercices forcés, être contraints de rester debout jusqu’à l’épuisement, la privation de sommeil, l’exposition au froid, avoir les yeux bandés, la prise de drogues hallucinogènes, les humiliations de nature sexuelle, les coups, l’asphyxie, les menaces de violence, les menaces (y compris les menaces de violence sexuelle) à l’encontre de membres de leur famille, des insultes racistes et islamophobes, des insultes et des actes d’intimidation, et l’interdiction de se laver. Mohamed savait que d’autres personnes qu’il connaissait étaient détenues car il entendait leur voix, il entendait également qu’elles étaient battues. En raison de l’absence de lumière, il a perdu tout sens du temps. Il raconte qu’il a reçu la visite d’un médecin appointé par l’Etat, et qu’il lui a dit avoir été victime de mauvais traitements : elle lui a répondu que c’était impossible et qu’il exagérait. Il n’a pas eu accès à un médecin de son choix. L’avocat commis d’office a dit à Amnesty qu’il n’avait rencontré son client que quelques heures avant sa comparution devant le juge d’instruction. Il déclare que les détenus ont les yeux bandés, sont menottés et accroupis sur le sol. Ils sont sales et débraillés et n’ont aucune idée de l’heure. Au cours de l’interrogatoire, Mohamed et son avocat n’ont pas été autorisés à se parler l’un l’autre. Un avocat représentant un autre des détenus a déclaré que lors de l’interrogatoire, elle était assise derrière son client, qui ne pouvait la voir, et il ne lui était pas permis de se retourner vers elle. Après 4 jours de détention incommunicado (1), Mohamed a été déféré devant le tribunal où le juge a ordonné une détention préventive. Il a été transféré à la prison de Soto del Real le 14 janvier, où il a pu enfin contacter sa famille.
Après plus de 3 ans en prison, Mohamed n’a toujours pas été jugé. Ses allégations de mauvais traitements ont été notifiés au juge d’instruction, au procureur, au Ministre de la Justice, au Ministre de l’Intérieur et au Premier Ministre, mais ils ont refusé d’ouvrir une enquête.
Note
(1) détention incommunicado : cela signifie que le détenu ne peut communiquer avec d’autres personnes que les personnes qui l’ont arrêté et éventuellement d’autres détenus ; il n’a en tout cas aucune possibilité de contact avec l’extérieur.Certains commentateurs estiment qu’on ne peut parler de détention incommunicado si le détenu a des contacts directs avec une juridiction indépendante. Nous utilisons ici la définition large qui comprend les situations dans lesquelles le détenu a certains contacts avec l’autorité judiciaire mais ne peut communiquer avec sa famille, ses amis, un avocat ou un médecin indépendant. Article de Association pour la prévention de la torture - 2 mars 2006
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