Chen Guangcheng : mise à jour du 17 septembre 2009

 

Voici une lettre envoyée par l’épouse de Chen Guangchen, Yuan Weijing, le 31 août :

Cher Guangcheng,

Comme je n’ai pas pu te voir depuis très longtemps, je suis donc très heureuse de pouvoir au moins t’écrire cette lettre. Mais je sais, bien sûr, que tu n’as pas encore reçu la lettre que je t’ai envoyée en novembre de l’année dernière. Une autre année va bientôt s’écouler. J’espère que tu pourras recevoir cette lettre.
Ton mauvais état de santé au cours de l’année passée nous remplit d’inquiétude. Bien que nous t’ayons aidé à plusieurs reprises à demander une libération provisoire pour raisons médicales, aucune de ces demandes n’a, pour le moment, été acceptée. Cela nous rend très anxieux et, dans le même temps, nous sommes si tristes de ne pas pouvoir t’aider. La seule chose qui me fasse du bien c’est de savoir que tu continues à utiliser tes connaissances de médecine et de techniques de massages pour tenter de traiter et de soulager tes problèmes de santé. Nous craignons que le problème de diarrhée dont tu souffres depuis longtemps ne soit lié à la nourriture que tu reçois en prison. Mais, en réalité, je suis encore plus inquiète au sujet de ton état émotionnel et psychologique. Certains membres de notre famille m’ont dit que tu semblais avoir un bon moral après qu’ils soient venus te voir en prison et certains m’ont même dit que tu avais tenté de nous réconforter. Mais je sais que, au cours des dernières années, tu n’as pas été autorisé à lire des livres ni à recevoir [toutes] tes lettres. Je ne sais ce que tu dois ressentir d’être en prison jour après jour.

Concernant les lettres de plainte que tu as envoyées à la Cour populaire suprême, au Parquet populaire suprême, à l’Assemblée populaire nationale, etc., ça ne sert à rien de trop y penser maintenant que tu les as envoyées. Tu as fait ce que tu devais faire en les envoyant ; laisse-nous faire le reste du travail. Nous allons faire notre possible. Mais, bien sûr, nous n’avons aucun pouvoir de contrôle pour savoir si ces efforts seront efficaces.

Nos amis se font beaucoup de soucis à propos de toi et de notre famille même s’ils sont confrontés à toutes sortes de difficultés dans leur vie quotidienne. Nous tentons tous de faire de notre mieux. Il y a de nombreuses dates spéciales qui vont arriver et je ne crois pas que notre situation va s’améliorer pour le moment. En particulier, les 11e Jeux athlétiques nationaux auront lieu à Shandong en octobre. C’est peut-être pour cela que les membres de notre famille n’ont pas été autorisés à te rencontrer en mai dernier. Tu dois prendre soin de toi en prison. Sors et sens la chaleur du soleil chaque fois qu’ils te permettent de quitter ta cellule. Utilise ton ouïe sensible pour écouter les divers sons de la nature. Ne te souviens-tu pas qu’à la maison, avec moi, tu aimais écouter les bourdonnements des différents insectes?

Nos deux enfants sont pleins de vie. Pour être exacte, ils sont même un peu coquins. Ils se battent souvent à propos d’un petit jouet, de baguettes de taille différente ou de chaises de hauteur différente lors du dîner. Lorsque parfois j’interviens pour faire cesser leurs querelles, celui qui « perd » du fait de mon intervention me dit : Maman, tu n’es pas juste. Kerui est entré à l’école primaire après les vacances d’été. Comme je ne suis pas libre de mes mouvements, nous avons dû l’envoyer dans une école près du domicile de ma sœur aînée et celle-ci m’aide donc à prendre soin de lui. Kesi a, depuis longtemps, atteint l’âge d’aller au jardin d’enfants mais elle ne peut tout simplement pas y aller d’abord parce que je ne suis pas libre de mes mouvements et, ensuite parce qu’elle ne peut pas présenter de certificat d’enregistrement des ménages et n’a donc pas le droit d’aller dans un jardin d’enfants public. Les enfants ne cessent de me demander : Quand est-ce que Papa rentre ? Il me manque. Je leur dis toujours que tu vas bientôt rentrer.

Je continue d’être privée de ma liberté. Je suis soumise à une étroite surveillance 24 heures sur 24. Mais, depuis le 8 juillet, je peux rendre visite à mes parents même s’ils me suivent. Ils ne me permettent pas de rester chez eux plus de trois jours. Cependant, même ce petit bout de liberté me rend si heureuse, moi qui suis placée sous étroite surveillance depuis des années. C’est mieux que de gagner à la loterie. Je me souviens que lorsque j’ai appris qu’ils me permettaient d’aller voir mes parents, j’ai dansé de joie dans la maison et puis j’ai appelé mes amis et ai envoyé des courriers pour leur faire savoir à quel point cette bonne nouvelle m’avait rendue heureuse. J’imagine toujours la scène de nos retrouvailles lorsque tu reviendras à la maison et que nous serons réunis à nouveau.

Donc, ne t’inquiète pas. Nous sommes bien à la maison. Ta maman est également en bonne santé. J’espère que tu pourras recevoir ce courrier et j’espère que tu pourras bientôt revenir à la maison avec nous.

Ta femme qui t’aime,

Weijing


 

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