Action : Il faut mettre fin aux expulsions forcées de Roms en Slovaquie
- Posté par : Benoit Priem le 23 juin 2010
J'ai du mal à croire que dans la Slovaquie d'aujourd'hui, un pays qui fait partie de l'Union européenne, il [le maire du village de Plavecký Štvrtok] soit autorisé à jeter 600 personnes à la rue. Aneta, habitante du quartier rom.
Dans le village de Plavecký Štvrtok, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de la capitale slovaque Bratislava, les autorités locales prévoient d'expulser de force quelque 90 familles roms de leurs maisons situées en lisière du village, dans les semaines qui viennent.
Les Roms vivent à Plavecký Štvrtok sur les mêmes terres depuis plusieurs générations. Pourtant, ces derniers mois, la municipalité leur a demandé de prouver la légalité de leurs constructions, en fournissant des preuves telles que des permis de construire, des certificats de propriété et autres documents.
Ils ont été avertis que s'ils ne pouvaient fournir les documents requis, leurs maisons feraient l'objet d'avis de démolition. Dans la plupart des cas, les Roms ne sont pas détenteurs de ce type de documents, car ils ne sont pas propriétaires des terrains sur lesquels ils vivent.
Depuis janvier 2010, la municipalité a adressé des avis à 18 familles leur notifiant de démolir elles-mêmes leurs maisons dans un délai de trois mois, parce qu'elles n'avaient pas fourni les documents requis. Si elles n'obtempèrent pas, la municipalité fera intervenir des bulldozers pour procéder aux démolitions.
Darina, l'une des habitantes du quartier rom a déclaré à Amnesty International : Nous n'avons nulle part où aller. C'est notre foyer. Chaque maison qui se trouve ici a été construite par les gens eux-mêmes, sans aucune aide. L'État ne nous a pas gentiment donné les clés de nos nouvelles maisons. Chacun des habitants a dû construire sa maison avec sa propre sueur.
Cette expulsion sera menée sans aucune considération pour les centaines de personnes, dont des familles avec enfants, qui n'ont pas été consultées afin d'identifier des solutions pour éviter l'expulsion et des options de réinstallation, pas plus qu'elles n'ont été correctement informées sur une éventuelle expulsion, a déclaré David Diaz-Jogeix, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.
Selon les autorités locales, ce projet d'expulsion forcée est notamment motivé par des préoccupations liées à la sécurité publique, car sept maisons sont construites dans la zone de protection fixée à huit mètres de part et d'autre d'un gazoduc, tandis que la plupart des autres habitations se trouvent à l'intérieur du périmètre de sécurité plus vaste établi à 50 mètres.
Toutefois, il semble que des normes différentes soient appliquées aux Roms et aux non-Roms. Aucune des familles non-roms qui habitent également dans cette zone de protection n'ont reçu un avis de démolition ou n'ont été visées de quelque manière par la municipalité. Cette situation pose la question du traitement discriminatoire.
Dans le même temps, les autorités n'envisagent même pas de solution de relogement, bafouant les engagements internationaux relatifs aux droits humains de la Slovaquie.
Dans son édition du 19 avril, le journal Slovak Spectator a relaté les propos du maire de Plavecký Štvrtok, selon lequel les responsables municipaux avaient rejeté la solution consistant à construire des logements sociaux, parce qu'ils représenteraient un lourd investissement pour le village et que les logements seraient municipaux. Leur gestion coûterait très cher et nous savons très bien la valeur que ces citoyens accordent au logement – dans quelques années, tout serait cassé.
Ces propos dénotent un mépris absolu de l'obligation qui incombe à la Slovaquie de garantir le droit à un logement convenable à tous ses citoyens, sans discrimination, a expliqué David Diaz-Jogeix.
Les autorités doivent veiller à ce que personne ne se retrouve sans domicile ou exposé à d'autres atteintes aux droits humains à la suite d'une expulsion. Elles doivent en particulier offrir à ces familles des voies de recours judiciaires et notamment prévoir des indemnisations pour la destruction de leurs foyers et de leurs biens.
Il est du devoir du gouvernement slovaque de veiller à ce que les autorités de Plavecký Štvrtok respectent le droit international relatif aux droits humains.












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